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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 11:40
The Grocery T1

"Tu crois que tout ça c'est un jeu comme ton quizz à l'école ? Ouvre les yeux, Elliott !!"

Il a raison, Sixteen.

La vie est tout sauf un jeu à Baltimore.

Ou alors un jeu très dangereux.

D'un bloc à l'autre, les gangs se font la guerre pour un oui pour un non, surtout pour un bout de trottoir et quelques doses de drogues vendues en plus. Il n'y a pas de petits profits. Mais plus rien ne se règle à mains nues ou à la batte : armes automatiques et armes lourdes occupent le terrain, et les blessés de cette guerre de caniveau n'encombrent plus les urgences vu qu'ils ont été remplacés par des morts.

Plus simple, plus rapide, plus radical.

Le retour d'Ellis One, l'homme qui a survécu à la chaise électrique ("Et même avec leurs générateurs de secours, ils ont pas réussi à me griller !"), ne va rien arranger : une fois remises à l'heure les pendules de Mushroom et Lefty ("T'as transformé mon bizness en un putain de vidéoclub !") et après avoir rappelé, lors d'une brève mais mémorable partie de bowling, qu'il était bel et bien de retour, il a des vues sur l'immeuble au rez-de-chaussée duquel est installée l'épicerie ("The Grocery", dans la langue de TARANTINO) du père d'Elliott. Lequel ne veut bien sûr pas s'en séparer.

Pendant ce temps, Washington rentre d'Irak, avec ses petits compagnons. Il est le seul à avoir voyagé assis, les autres ayant préféré rester couchés. Dans leurs cercueils.

"Tu parles, la plupart du temps y a rien dans les cercueils ! Les gusses, quand ils ont sauté sur une mine, y reste à peine de quoi remplir une boîte à chaussure..." (sic)

Sa grand-mère est placée dans un établissement trop cher pour elle comme pour lui, la maison familiale est en vente, personne ne le respecte... Washington n'en mène pas large. Mais un autre vétéran, lors d'une distribution de soupe populaire, l'aiguille vers "Reclaim Our Homes", mouvement d'aide et de protestation en faveur des plus démunis mené par Marnie Adams, femme d'un riche diplomate.

Ajoutons à cette galerie de personnages déjà bien dense les hommes de main, les paumés (dont les monologues et dialogues ont parfois un petit air de Amer Béton), les militaires reconvertis en miliciens (nuance), les pensionnaires de la maison de retraite, la nuée d'enfants et d'ados qui traîne autour de Sixteen, les néo-nazis, et les présentations sont presque complètes : The Grocery essaie de réunir tous les ingrédients de la série urbaine dense et sans répit.

L'univers violent et sans pitié construit par Aurélien DUCOUDRAY est riche de références souvent explicites : The Wire (notez le clin d'oeil sur un des écrans de télé, d'ailleurs), Requiem for a dream (la télé, encore et encore...), Pulp Fiction (la Bible citée à tout bout de champ par le tueur attitré d'Ellis One), et j'en manque sans doute un paquet. Toutes font mouche, bien sûr, toutes renforcent le réalisme de l'histoire, malgré une certaine impression de surenchère parfois, mais elles nuisent peut-être un peu à l'originalité du récit. Un petit air de "déjà-vu" flotte au fil des pages, même si c'est un air réussi et prenant qui nous permet de ne pas voir le temps passer malgré l'épaisseur (126 pages) de ce premier tome.

On peut être dérouté par la multiplicité des personnages et des situations à suivre, mais l'intensité générale l'emporte et le lecteur suit.

Graphiquement, Guillaume SINGELIN a opté pour un style étrange qu'il qualifie lui-même de "Muppet Show urbain" : lézards, oiseaux, "patates" tiennent lieux de protagonistes principaux. Une bonne manière de prendre de la distance avec la représentation de la violence, et de la rendre plus supportable, mais un moyen de semer la confusion chez le lecteur tant, parfois, certains personnages se ressemblent.

Le dessinateur réussit toutefois le tour de force de rendre ses créatures expressives, attachantes, résolument humaines.

Les décors savent s'imposer quand il le faut, disparaître quand les personnages prennent le dessus.

La couleur est souvent utilisée de manière expressive, rehaussant gestes ou inserts. Avec ses airs d'aquarelle (traditionnelle ou numérique, je ne sais), elle baigne Baltimore d'une sorte de pâleur désabusée qui colle parfaitement au récit.

Le découpage est efficace, les plans variés, et SINGELIN n'hésite pas à inclure une page de publicité, de fausses affiches de films ou un fac-similé de journal intime. Tous les outils du récit graphique sont convoqués à bon escient.

Intrigué par cet album lors de sa sortie en 2011, je n'avais toutefois pas franchi le pas. Le thème de novembre sur K-BD, "Label 619", d'Ankama, m'en donne enfin l'occasion.

Incontestablement, The Grocery est un album dans lequel les auteurs ont mis une bonne partie des images et des sujets qui les intéressent ou leur tiennent à coeur.

En parfaitement adéquation avec le monde dur et ultra-référencé de Mutafukaz (sous l'égide duquel le Label 619 a vu le jour), l'album de DUCOUDRAY et SINGELIN brasse la plupart des figures et des grands thèmes de l'étude de moeurs urbaines aux Etats-Unis qui caractérise le label. Mais autant RUN a décidé d'aborder le genre sous l'angle de l'humour et du surnaturel, autant le duo à l'oeuvre ici a pris le parti du réalisme et, de fait, de la violence sous toutes ses formes.

Un parti pris qui aurait pu être desservi par le dessin très décalé qu'ils ont choisi, mais qui au final conserve toute sa force malgré des personnages cartoonesques. Le détachement qu'il offre permet même de plonger plus efficacement dans la violence et d'en être d'autant plus submergé.

S'il faut passer outre la densité du récit et regretter le manque d'originalité de bon nombre de scènes et de personnages, il faut toutefois lire The Grocery pour se laisser emporter par ce récit fleuve et dynamique, en espérant que les auteurs aient réussi à ternir l'exercice sur la durée.

Les tomes suivants nous le diront.

Champimages qui claquent.

The Grocery T1
The Grocery T1

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