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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 10:35
Diagnostics*

Agnosie. Claustrophobie. Synesthésie. Aphasie. Akinétopsie. Prosopagnosie.

On pourrait presque vous proposer de trouver l'intrus - et il y en a bel et bien un, d'ailleurs ! - au sein de cette liste étrange, intrigante et résolument médicale.

Car derrière chaque de ces mots chantants (sauf un, donc) se cache une affection (magie de la polysémie !) due à des lésions cérébrales.

Déficit de perception du mouvement. Impossibilité de reconnaître un objet. Trouble du langage. Trouble de la perception des sensations. Incapacité à identifier un visage connu (les définitions sont bien sûr données dans le désordre, non mais !).

Autant de maux qui peuvent frapper chacun d'entre nous suite à un choc (le plus souvent physique).

Autant d'histoires courtes mettant en scène des héroïnes dont le rapport au monde est à jamais bouleversé.

Pour Eva, l'univers n'est plus qu'un maelström visuel où tout fusionne, change, agresse.

Pour Soledad, le monde se résume toujours à quatre murs oppressants.

Pour Lola, les sons laissent une empreinte résiduelle dans l'environnement.

Pour Miranda, les mots n'ont de sens que s'ils sont écrits.

Pour (impossible de trouver son prénom), le mouvement n'existe plus que sous la forme d'instants figés.

Pour Olivia, rien ne ressemble plus à un passant qu'un autre passant.

Six maux, six mots et six personnages en butte à un environnement qui ne répond plus aux règles habituelles. Rapport aux formes, à l'espace, aux mots, au mouvement, à la ressemblance ou la dyssemblance (sic, et alors ?). Tout cela ne vous évoque rien ?

Des images qui s'amalgament, des cases qui enferment, des onomatopées et des bulles que l'on peut relire encore et encore, des mots écrits plutôt que prononcés, du mouvement résumé à des poses intermédiaires, un écart plus ou moins important à la représentation réaliste... Bienvenue dans le monde de la bande dessinée !

Chacune des maladies présentées dans Diagnostics rentre en résonance directe avec le médium bande dessinée, offrant ainsi aux auteurs l'occasion de marier le fond et la forme.

Tout porte donc à penser que Diego AGRIMBAU n'a pas seulement choisi les maux pour leurs noms exotiques mais surtout pour la manière dont ils pouvaient questionner les codes de la BD, et donc la manière dont la BD pouvaient les restituer de la meilleure manière possible.

Si la qualité des histoires est inégale (leur format bref les condamne à une certaine forme d'inachèvement, et le récit sur l'akinétopsie est clairement en dessous des autres) leur sujet comme leur traitement sont originaux et, par les jeux sur les codes qu'ils offrent, ne pouvaient que me séduire (je ne vous refais pas l'historique de mon attrait pour l'OuBaPo, rassurez-vous).

Graphiquement, Lucas VARELA ne saurait désavouer ses influences étasuniennes (et pas des moindres !) : CLOWES, MAZZUCCHELLI, BURNS sont tour à tour invoqués, conférant aux récits les ambiances décalées, froides et dérangeantes auxquelles ils nous ont habitués.

Le résultat est donc très efficace mais totalement dépourvu d'identité.

Saluons cette brillante collaboration de deux auteurs argentins, même si le potentiel narratif et graphique de Diagnostics n'a peut-être pas été complètement exploité.

Ultime remarque : je ne pense pas que les auteurs ont choisi de ne mettre en scène que des héroïnes par sexisme ou envie de dessiner des silhouettes féminines. Chacune d'entre elle, derrière son prénom aux consonances latines, n'est-elle pas simplement l'incarnation de ces affections à l'étymologie grecques ?

Champimages malades

(alors, cet intrus, vous l'avez trouvé ?)

Diagnostics*
Diagnostics*

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