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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 13:20
Jérémiah T1

Une page pour basculer d'un monde à l'autre.

Une seule page.

Quatre longues cases résumant montée des tensions, guerre civile et paysage en ruines en découlant.

Le parti-pris d'HERMANN était osé (c'est à cela qu'on reconnaît l'homme, d'ailleurs !), en cette année 1979, mais il avait le mérite d'être efficace (quelques années avant MEZIERES et CHRISTIN avaient, en une couverture d'anthologie de Valérian, plongé New York sous les eaux. L'air (et l'eau, donc) du temps...).

Il l'est toujours, et peut-être d'autant plus à une époque où l'heure (sic) n'est plus à la synthèse et à l'ellipse.

Du passé faisons vite table rase (ou en tout cas ponctuée de restes de villes, de routes, de civilisation) et plongeons-nous dans le semi-présent (qui vient de souffler ses 32 bougies, ne l'oublions pas !) de Jérémiah.

Un monde empruntant autant au Western qu'au post-apocalyptique (d'où le choix de ce titre pour le mois toujours d'actualité de K-BD sur les "dérives de la société et l'anticipation") dans lequel la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Fable des temps modernes, La nuit de rapaces, premier tome d'une série qui en compte aujourd'hui 32 (le Caïd, paru en 2013, prouvant l'attachement de l'auteur pour cette série), tient en effet du conte traditionnel remis au goût du jour : des souris (les hommes), des fauves (pourvus de fusils) et des rapaces survolant le tout.

Heureusement que quelques renards se cachent parmi les hommes, suffisamment rusés pour échapper aux fauves et garder sous leur aile (si, si !) les souris les plus faibles. Qui dit aile dit plume, et celle qui orne le chapeau de Kurdy, éternel et indispensable second rôle de la série, en dit long sur le fait qu'il ne compte pas être le dindon de la farce.

Autre espèce invitée dans ce grand carnaval des animaux : le chien fidèle et un peu bête, coeur trop grand et donc trop bon pour ce monde tanné et damné. Ainsi est Jérémiah - tout au moins dans ce premier tome - qui, malgré toute sa bonne volonté et son indignation, cultive la maladresse.

Parti à la recherche des rares survivants du pillage de son village, il ne doit sa survie qu'à l'improbable rencontre avec Kurdy le casqué, lequel lui évite de croiser trop tôt la route de Monsieur Birmingham.

Du haut de son imprenable tour, le tyran (et esclavagiste) local, drapé dans son obèse silhouette et son teint blafard (une allure qui n'aurait pas dépareillé dans les Eaux de Mortelune, autre série post-apocalyptique des années 80) n'a d'yeux que pour les rapaces qu'il entretient à grands frais et caisses de rongeurs. Une activité coûteuse financée par la vente de main-d'oeuvre bon marché aux membres de la Nouvelle Nation Rouge.

Injustice sociale, trafics en tout genre, eaux troubles, révoltes... Autant d'ingrédients qu'HERMANN a toujours aimé manier, avec plus ou moins de succès et surtout plus ou moins de métaphore (rappelez-vous Sarajevo Tango ! ).

Pour l'auteur, chaque tome de Jérémiah est l'occasion de confronter son héros (en devenir dans ce premier opus) à une nouvelle situation de violence intolérable qu'il tente de régler. S'attaquant ici à la tyrannie et la décadence, il a, au fil des albums, abordé des questions très variées flirtant souvent avec la politique, la sociologie ou l'éthique.

Profitant des pires travers que le contexte post-apocalyptique a fait ressortir chez ses personnages, l'auteur peut livrer des portraits à charge et s'en prendre, souvent avec violence, à ceux (et parfois celles) qui exploitent leurs semblables.

Pour HERMANN, tous les moyens sont bons pour donner des leçons de vie - et surtout de résistance.

Graphiquement, la facture est des plus classiques - l'auteur nous a habitué à bien autre chose depuis son passage à la couleur directe dans les années 90 - mais elle est rudement efficace (malgré quelques travers, au niveau des expressions des visages notamment).

Le découpage parfois très elliptique fait la part belle aux vues très maîtrisées (plongées et contre-plongées au cordeau) mais souffre souvent d'une mise en page qui nécessite de faire appel à des petites flèches pour éviter de perdre les lecteurs.

Dommage.

Hachures et aplats noirs donnent volume et surtout matière aux décors bancals et poussiéreux. On s'y croirait.

Jérémiah souffre, lorsqu'on se replonge dans les premiers tomes, du temps qui passe - logique pour une série post-apo, non ? Les visuels sont un peu vieillots, le propos manque parfois de subtilité, et certains ressorts scénaristiques ont une belle épaisseur.

Pourtant (mais c'est peut-être la nostalgie qui parle ? ) ces albums ne semblent rien avoir perdu de l'énergie qu'HERMANN avait dû leur insuffler - et qu'il s'évertue à insuffler dans chacune de ses oeuvres.

Aventures de bonne facture, ces histoires sont également pétries d'humanité et, derrière la rage de l'auteur, d'un appel à ne jamais se laisser faire.

Un message peut-être parfois simpliste mais jamais inutile.

Champimage en résistance.

Jérémiah T1
Jérémiah T1

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