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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 18:33
Prophecy T1

"Dérive de la société et anticipation". Tout un programme pour la nouvelle année sur K-BD ! Mais qu'à cela ne tienne, il m'en fallait plus pour me défiler.

Le mois déjà bien entamé par Punk Rock Jesus propose, entre autres, Prophecy T1. Le titre m'était déjà passé entre les mains au moment de sa sortie dans le cadre d'un Raging Bulles, mais je dois dire qu'il ne m'avait pas plus attiré que ça.

Qu'à cela ne tienne, K-BD vaut bien que je revienne sur un livre - à défaut de revenir sur un avis, comme Bride Stories a pu vous le faire comprendre.

Tokyo, au printemps, après 2010.

Le département anti-cybercriminalité de la préfecture de police est sur les dents. Pas tant après les jeunes mettant en ligne du jeux piratés qu'à cause des vidéo qu'un certain Paperboy poste depuis quelques temps, provoquant une lame de fond sur la toile.

Son audience est encore faible, ses propos suscitent davantage de dégoût que d'enthousiasme, mais ses prophéties sont inquiétantes : "C'est depuis cette cellule puant la sueur que je vais changer le monde".

"Voici mes prévisions pour demain ! La cible du jour est cette entreprise responsable d'une intoxication alimentaire de masse le mois dernier. Non contents d'avoir envoyé plusieurs personnes à l'hôpital, ses dirigeants ont eu le culot de se réfugier derrière un vide juridique et de jouer les victimes devant les caméras ! Ces fumiers méritent une sanction ! Ceux qui ne respectent pas la nourriture... je me charge de les faire cuire à point !"

Le principal problème, lorsque le lieutenant Erika Yoshino découvre cette vidéo, ce n'est pas tant la menace directe qu'elle représente que le fait que c'est déjà la troisième que Paperboy poste.

Difficile de trouver trace des deux précédentes, supprimées au-delà du 5000ème visionnage, mais le département compte dans ses rangs quelques cracks en informatique capables de les retrouver - le fait qu'elles aient été reprises par d'autres internautes n'y étant sans doute pas pour rien.

Elles donnent matière à s'inquiéter aux forces de l'ordre, autant parce que les prophéties qu'elles annonçaient semblent s'être réalisées, que parce qu'il semblerait que l'engouement internautique pour Paperboy aille croissant... Il faut dire que le criminel (appelons un chat un chat !) joue la carte de la séduction en se posant en défenseur des opprimés et représentant des sans-voix - dont les rangs sont nombreux au Japon comme ailleurs.

La traque peut donc commencer, entre une police mise à mal par les talents d'informaticien de l'homme au masque de papier journal - d'où son pseudo - ou raillée par les fans du vengeur masqué, et cet esprit calculateur qui sait éviter les caméras de surveillance, multiplier les écrans devant lui et s'attirer les bonnes grâces d'un public toujours plus important.

C'est sans doute peut-être ce qui inquiète le plus les agents, d'ailleurs : la rapidité avec laquelle une réputation peut se défaire, mais aussi se faire, grâce aux réseaux sociaux et à leur réactivité.

Les messages de soutien s'accumulent, tout le monde attend ses prophéties avec de plus en plus d'impatience : le phénomène risque, par son ampleur, de devenir incontrôlable - quand bien même les arguments de Paperboy sont démagogiques au possible, s'appuyant certes sur la frustration légitime que bon nombre de "petites gens" peuvent éprouver face au broyeur d'une société humiliante et destructrice, mais quand même.

Autre épine de taille dans le talon des enquêteurs : le fait que les rares images montrant le criminel dévoilent... des silhouettes différentes.

"Ce serait un homme de plus ou moins 20 ans. Peut-être 30 ans... Voire dans la quarantaine... Taille estimée entre 1m65 et 1m70, voire 1m80... Il peut être mince, de corpulence moyenne, ou même un peu enveloppé, c'est bien ça ? Pfff... En gros, on nous demande de contrôle tous les hommes qui passent..."

Qui es-tu, Paperboy ? Quel chemin de vie a pu t'amener jusqu'ici ? Tsutsui TETSUYA lève peu à peu le voile, par petites touches, à l'aide de flashbacks qui ne seront pas sans rappeler, entre autres, XXth Century Boys.

S'appuyant sur les inquiétudes légitimes que tout une partie de la population - pas seulement japonaise - éprouve face aux nouvelles technologies, le mangaka a décidé d'en illustrer une des facettes les moins rutilantes : la mise en scène anonyme d'actes condamnables - quelle que soit leur justification - et l'engouement que cela peut provoquer. Sous prétexte d'incarner les invisibles et les sans-voix, Paperboy peut à loisir, presque sous les bravos, régler des comptes sans mauvaise conscience. Le justicier du XXI°siècle a bien piètre allure.

Et le police alors ? Débordée par l'affaire - en tout cas dans le premier tome - elle est menée par une lieutenant dans le principal intérêt est sans aucun doute de donner aux lecteurs (nous nageons en plein seinen, ne l'oublions pas) de belles images d'une silhouette bien faite et des regards ténébreux séduisants (non, assurément non, j'ai du mal à croire que l'auteur fasse d'Erika Yoshino une militante pour l'égalité des sexes au Japon) un peu trop stéréotypés.

L'un des agents, moins au fait des nouvelles technologies que les autres, permet par ses questions d'apporter aux lecteurs quelques détails et connaissances en la matière. Toujours ce petit souci pédagogique propre à bon nombre d'autres japonais.

Graphiquement, le tout se tient avec efficacité mais sans personnalité. On pourra même de-ci de-là trouver des erreurs de proportions, mais passons.

Bilan ? A moins que la série n'aspire à courir au long de multiples tomes et ménage, de fait, de nombreux retournements de situations, elle semble déjà se livrer un peu trop dans ce premier opus. Bien sûr, le nombre de victimes à venir, les réactions des fans de Paperboy restent inconnus, mais de nombreuses clefs sont déjà données dans ce tome. Etrange.

En voulant s'attaquer aux angoisses de la société contemporaine, Tsutsui TETSUYA reste peut être un peu trop proche de ses modèles apparents (Naoki URASAWA, mais aussi Satoshi KON, dont la silhouette du "shonen bâto" de Paranoïa Agent n'est pas loin) et lasse tout de même assez vite : l'angoisse ne monte pas assez, l'enquête et les informations s'enchaînent de manière un peu mécanique, et j'avoue ne pas avoir envie d'aller plus loin.

Un tort sans doute, mais quand on voit la quantité de titres à lire, il est dommage de devoir attendre plus de 200 pages pour peut-être être surpris.

Une autre fois, donc.

Champimages qui cognent mais qui déçoivent.

Prophecy T1

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