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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 18:02
Norton Gutierrez et le collier d'Emma Tzampak

"Mon grand échalas, c'est l'heure de ton antibiotique.

_ Maman ! C'est juste le meilleur moment !

_ Ah, Norton, toujours avec ces bêtises.

_ Non, pas ça, je ne suis pas malade.

_ Mais mon petit, tu es si fragile, tu pourrais tomber malade à tout moment.

_ (une cuiller dans la bouche) Et le marfien fantaftique n'est pas une bétive !

_ Nortoooon, descends aider ! Nortooon, dépêche-toi, larve inutile !"

Bienvenue dans le monde de Norton Gutierrez, benjamin (sans doute) malingre d'une famille d'épiciers de Buenos Aires (sans doute aussi).

Dos voûté, perché sur d'immense et grêles jambes, il a grandi (un peu de travers, donc) entre une mère surprotectrice qui l'aime bien comme on aimerait le dernier chaton chétif de la portée et un père qui lui préfère ses deux aînés, plus grands, plus forts, plus capables, bref, plus préférés.

Mais comme l'a dit le poète (ou Indiana Jones, je ne sais plus), l'aventure nous attend au coin de la rue et daigne s'arrêter même quand on la frôle en triporteur (véhicule nécessaire pour livrer une gousse d'ail à toute heure, on n'arrête pas le progrès).

En l'occurrence l'aventure tombe sur notre pauvre épicier sous la forme d'un vieil homme qui meurt presque dans ses bras en lui murmurant un message énigmatique, donc intrigant : "La carte de l'île de Bimini est dans le collier d'Emma Tzampak... Quand le cercle rouge se formera, ils tomberont du ciel... Empêchez-les, je vous en prie..."

Quoi ?? Bimini ? Comme l'île mythique - et accessoirement cinématographique - que cherche el Marciano Fantastico, héros d'une mythique (elle aussi) série télé inachevée dont Norton dévore les épisodes ?

Quand la réalité dépasse la fiction (et vice-versa), il ne faut pas hésiter...

Mais Norton n'est pas du genre à foncer dans réfléchir.

Alors le destin lui force une nouvelle fois la main en la personne de Lolo, gros costaud qui traînait par là et qui l'enjoint de se rendre au Teatro Solis où justement, ce soir, la grande cantatrice Emma Tzampak (oui, oui, celle du titre et de la dernière citation) donne un concert à guichet fermé.

Quelle coïncidence quand même !

D'ailleurs, la petite famille de Norton y sera, pour se changer les idées, avant un bon repas au restaurant.

Sans lui, bien sûr, puisque personne ne l'aime.

Bon, ok, j'arrête les sarcasmes.

L'aventure ne fait évidemment que commencer pour le jeune homme qui croisera sur sa route un spécialiste des Mayas très bavard (et un brin vantard), une capitaine intrépide (ou presque) au jolis minois, une bande de malfrats (oui oui, ce mot désuet est volontairement choisi), le Triangle des Bermudes, une descendante des vrais Mayas...

Graphiquement, Juan SAENZ VALIENTE, dont je ne connaissais pas le travail (sa première BD, une collaboration avec Carlos TRILLO, daterait de 2005), semble avoir opté pour une ligne claire plutôt inhabituelle (il faudrait que je plonge dans le tome 2 de Papier, sorti il y a peu, pour comparer un peu) chez lui, et résolument orientée vers les années 50-60.

L'ombre d'HERGE plane derrière bon nombre de cases, ce qui n'est certes pas un mal mais nuit parfois à l'originalité des images (les rochers des abords de Bimini n'auraient pas dépareillé dans l'Île Noire).

Tout est bien net (sic), détaillé comme il faut et tous les petits codes propres au genre graphique sont là, méticuleusement appliqués : onomatopées, lignes cinétiques, symboles... Seuls les visages ont une allure un peu à part qui les démarque de la "Tintinie",

Seul petit bémol peut-être : les queues des bulles, qui passent leur temps à passer un peu partout, l'auteur ayant choisi des bulles très grosses... ou coincées dans des cases un peu petites : malgré le grand format des planches, les cases se multiplient. Le découpage est parfois d'ailleurs un peu trop "pas à pas". Travers d'un auteur d'abord passé par l'animation ?

Le tout est toutefois bien fait, efficace, d'une grande lisibilité (hormis pour les queues de bulles, donc...).

Un trait classique, en somme, au service d'une histoire qui l'est tout autant et qui, de fait, peine à séduire : pas de suspens, pas de véritable surprise, une petite touche de métaphysique assez inattendue en plein coeur d'un temple en ruines (esprit du vol 714 es-tu là ?) et au final la naissance d'un héros d'une manière un peu trop caricaturale et appuyée.

Vous me trouvez difficile ?

Disons qu'en ayant en tête certains albums parus ces derniers mois, Norton Gutierrez et le collier d'Emma Tzampak souffre de la comparaison : BRÜNO et son Lorna ou Francesco FRANCAVILLA et son Black Beetle jouent des références avec davantage de brio, tandis que le duo CLERISSE et SMOLDEREN a su réinventer une époque et un genre avec leurs Souvenirs de l'Empire de l'Atome.

Gentillet.

Voilà le mot qui me vient pour essayer de résumer cet album.

Il a été choisi par K-BD pour inaugurer un mois de mars placé sous le signe de l'Argentine.

Certes, Juan SAENZ VALIENTE fait partie de la nouvelle génération d'auteurs argentins qui nous rappellent que ce pays est depuis longtemps la patrie d'une BD vivante qui ne se limite pas à Mafalda (que j'adore).

Mais Diagnostics, présenté ici il y a un mois seulement, et fruit du travail de deux autres auteurs argentins, aurait peut-être été plus représentatif de cette nouvelle génération et de son potentiel créatif.

L'auteur a-t-il été desservi par sa volonté de rendre hommage aux auteurs qui ont marqué sa jeunesse ou a-t-il été écrasé par leur héritage alors que, pour la première fois, il s'attaquait à un scénario de son propre cru ?

La couverture était prometteuse, l'objet-livre alléchant, le contenu trop convenu n'en est que plus décevant.

Dommage.

Champimages sous influence.

Norton Gutierrez et le collier d'Emma Tzampak
Norton Gutierrez et le collier d'Emma Tzampak
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