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  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 15:15
Spaghetti Brothers T1

Dans la famille Centobucchi, je voudrais...

Amerigo, l'aîné. Déjà dégarni, ventripotent, toujours bien mis, la moustache bien taillée, et les ennemis bien noyés dans le port de New York. Dans le milieu des "affaires", on ne plaisante pas avec les règles. Ni avec la "mama", qu'Amerigo vénère plus que tout.

Caterina, la première puînée. Belle brune au regard de braise, elle enflamme le monde du cinéma (et ses producteurs véreux) par son talent à remplir les sales et alimenter les fantasmes par (entre autres) son prétendu passé de princesse gitane.

Francesco et Carmela, les jumeaux cadets. Lui rentré dans les ordres, portant fièrement soutane et brandissant fougueusement crucifix, elle menant la vie bien ordonnée - et ordinaire - de femme au foyer.

Antonio, enfin, le benjamin, né pendant la traversée de l'Atlantique. A endossé l'uniforme de policier pour redresser les torts - nombreux - d'une époque sans pitié. Peut-être aussi pour porter secours à ceux qui, comme lui, ont à endurer la violence d'un aîné, Amerigo n'ayant jamais pardonné à Tony la mort en couches de leur mère.

Cinq destins latins lâchés dans le grand Nouveau Monde, en quête d'une vie meilleure, sous quelque forme que ce soit. Mais le rêve "américain" (sic), aussi polymorphe soit-il, n'en a pas moins un goût amer...

Nostalgie acide, règlements de compte, violence conjugale, querelles de clochers, trafics, manipulations, faux-semblants, coups de sang, lâchetés, bassesses, mensonges, silences ou éclats de voix font le sel quotidien de cette famille pas ordinaire mais tellement humaine : les erreurs des uns, les égarements des autres constituent le ciment du solide mortier familial qui les unit, même si tout, parfois, les oppose.

Chacun protège l'autre à tour de rôle, ou interfère - parfois bien malgré lui ou elle - dans la fragile partition de sa vie : cinq vies liées par les mille croisements des fils du destin.

Grand marionnettiste au-dessus de cette incroyable galerie, feu Carlos TRILLO (que j'avais d'abord découvert avec la géniale et méconnue série Cybersix, dont il faudra que je vous parle ici un jour) manie à merveille l'art du comique de situation et surtout celui des récits et des vies croisées : pas une seule fausse note, tout sonne juste dans ce chassé-croisé permanent des vies mouvementées de ses cinq héros et héroïnes.

Bien que les couvant sans aucun doute avec une grande bonté paternaliste, il ne leur épargne toutefois aucun coup du sort, aucune humiliation, aucune douleur non plus, enrichissant à chaque histoire courte leurs vies déjà bien chargées : d'anciens secrets ressurgissent, d'autres voient le jour, certains disparaissent à jamais (le corps lesté d'un bloc de béton ou deux), le tout se tricotant et détricotant avec minutie et efficacité.

Le format court de chaque histoire (plus d'une vingtaine par tomes, dans la première édition française) nécessite un rythme toujours soutenu et un sens du raccourci et de l'essentiel que TRILLO maîtrise avec brio (ah ah).

A la plume, Domingo MANDRAFINA partage cet art de l'ellipse et du condensé : pas une case de trop dans ces récits tracés au cordeau et mis en page avec la rigueur du gaufrier de six cases (rarement chahuté).

Son trait, lui aussi extrêmement rigoureux, presque un peu old school à première vue, est d'une redoutable efficacité : des décors justes, réalistes, jamais envahissants, des visages parfaitement maîtrisés avec le soupçon d'exagération nécessaire pour rendre la violence des sentiments (ah, Méditerranée, quand tu nous tiens...), et une mise en scène parfaite des compositions et des postures.

Rien à redire.

Les flash-back sont figurés par la disparition des aplats noirs au profit de hachures grises du plus bel et discret effet. Agrémentés parfois de vieilles photographies qui ne jurent pas avec le reste.

Du noir, du blanc, du gris.

La quintessence de la BD (si, si) surtout quand elle veut mettre en images une époque (les années 30) et un genre (le genre "roman noir", un peu, quand même) qui s'y prêtent autant.

Se pose donc une nouvelle fois la question de la mise en couleur postérieure à la première édition française : pourquoi, après le Grand Pouvoir du Schninkel, Bloodline ou Silence, continuer à massacrer de magnifiques œuvres en noir et blanc en les sacrifiant sur l'autel de la couleur à tout prix ?

Non, Spaghetti Brothers ne gagne rien à sa mise en couleurs, et je ne suis pas sûr qu'un public plus important y ait eu accès grâce à cela.

D'ailleurs, si la couleur était un véritable argument de vente, les manga ne se vendraient pas autant.

Allons bon, voilà que je me paie un coup de sang digne des Centobucchi ! Ça doit être contagieux à la lecture !

Celle des quatre tomes de la première édition ou de l'intégrale désormais disponible, mais aussi celle de Vieilles Canailles, la suite des aventures de ces enfants terribles, de nombreuses années après. Plaisir intact de retrouver de vieux amis toujours d'attaque, toujours bancals, donc toujours parfaits.

Merci à K-BD et à son mois de mars argentin de m'avoir permis de me replonger dans cette perle noire très drôle malgré la gravité du contexte (non, la vie n'était pas marrante aux Etats-Unis dans les années 30) et la violence des histoires.

En prime, comme bon nombre de ses compatriotes, TRILLO a su évoquer de manière détournée l'Histoire de son pays à travers les péripéties politiques d'un des cousins de la famille Centobucchi. Pour que personne n'oublie jamais.

Après cette lecture, plongez-vous dans celle d'une autre œuvre phare du scénariste : Cybersix, mise en images par le regretté Carlos MEGLIA.

Espérons qu'un jour les éditeurs français donneront une nouvelle vie cette BD méconnue et, pourquoi pas, traduiront les premiers livres de Carlos TRILLO, qui collabora, dans les années 70, avec certains de ses plus fameux compatriotes.

De bien belles heures de lecture à venir !

Spaghetti Brothers T1
Spaghetti Brothers T1
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commentaires

L
Ahhh, tu m'apprends que Vieilles canailles est la suite, il ne m'en faut pas plus pour le noter sur ma (trop grande) liste d'achat ! Je trouvais la fin trop abrupte (taillée non plus par Trillo mais par Saccomono) et surtout orpheline d'Amerigo et Caterina et bancale des histoires de Carmela ! Ahhh, il me le faut !
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C
Ceci étant, ça fait un moment que je ne l'ai pas lue, donc gare à la possible semi-déception !
Non, non, impossible d'être déçu par cette famille terrible... Faut que je relise ça dans la foulée !! :D