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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 10:54
Paco les mains rouges

"Mon nom c'est Paco !! Paco, vous m'entendez ?!"

"On n'allait pas me coller un surnom de gonzesse. Parce qu'au bagne, un blaze c'est presque plus dur à enlever qu'un tatouage."

Et des tatouages, il y en a des tas, "comme des bandes dessinées sur la peau" des condamnés au bagne.

Violeurs, voleurs, meurtriers, petites frappes ou grands caïds, les voilà tous dans le même bateau, direction la Guyane, sans grand espoir de retour.

"J'en revenais toujours pas d'avoir échappé à la guillotine. (...) Perpétuité en Guyane... Laisse-moi te dire que d'un seul coup ça prenait tout son sens."

L'Enfer vert sous des petits airs de Paradis.

Des petits airs qui ne durent guère.

L'enfer du palu, de la moiteur, des parasites.

L'enfer des co-détenus surtout, face auxquels il faut s'affirmer en permanence pour ne pas finir "bonniche" ou, pire, "môme".

Patrick, ancien instituteur, nouveau condamné, l'a vite compris : "Il y a des fois où la peur donne du culot." Alors il va voir Armand, dit La Bouzille, grand tatoueur mutique monté à Alger avec les "Joyeux" de Biribi. Pas des drôles. Des tatoués. Des tout brûlés de l'intérieur. Armand qui le marque à l'encre noire d'une "mort qui fauche" ricanante dans le dos.

Mais le tatouage ne fait pas l'homme : à peine mis pied à terre, Patrick se fait coincer dans les douches et violer par trois hommes.

"Bonne nuit pâquerette."

Surtout rectifier le tir vite fait pour ne pas devenir la petite fleur de tout Saint-Laurent.

Frapper vite, bien, fort et si possible rouge.

Patrick devient définitivement Paco et ses mains se teintent à jamais de la couleur de son surnom.

Personne ne l'a aidé, soutenu, prévenu, à part Pierrot, un Bourguignon comme lui, qui lui a fait glisser en douce l'instrument de la vengeance. Mais Armand, lui, n'a pas bronché.

Ne se fier à personne, jamais.

Donc Paco ne peut compter que sur sa belle gueule et son éducation, de quoi lui permettre de devenir garçon de famille pour Alberti, un broussard qui a dompté la jungle. De quoi passer le temps du moins mal possible, loin des violences pénitentiaires, mais jamais loin des magouilles indispensables à la survie dans un "pays" sans repos, sans douceur.

En apparence.

Paco les mains rouges nous entraîne donc dans la moiteur de la longue nuit des bagnards envoyés en Guyane dans les années 30.

Un pays de violence marqué par l'hostilité de l'environnement mais surtout des hommes : gardiens, colons, bagnards, même combat, chacun pour soi.

Pas facile de survivre dans un monde où "l'espérance de vie d'un fagot dépasse pas cinq ans."

Alors faut forcément être plus malin, plus fort, plus audacieux, plus égoïste et surtout plus fermé que les autres.

Pas de place pour le doute, encore moins pour les sentiments.

Juste penser à sa gueule.

Un univers dur et introspectif comme les aime Fabien VEHLMANN : peu d'espoir, des ambiances pesantes et des relations complexes entre les personnages. L'histoire semble très documentée et concentre le pire d'une période historiquement chaotique. Pourtant, le dépaysement provoqué par la distance nous plonge presque hors du temps, loin des affres de l'Europe de l'entre-deux Guerres, mais malgré tout en enfer.

Chaque pas, chaque souffle s'arrache de haute lutte, nécessaire pour "faire mentir les statistiques."

Paco puise dans des ressources insoupçonnées, mû sans doute par une force qui nous échappe encore mais à propos de laquelle la lecture du tome 2 nous éclairera peut-être.

Graphiquement, Eric SAGOT semble se situer au carrefour de nombreuses influences que le cahier graphique accompagnant l'album confirme : une touche de BRÜNO sur un fond de BERBERIAN et une ombre de David B. composent un cocktail faussement naïf, élégant et efficace par le décalage qu'il provoque avec le propos.

Les visages sont simples et vont droit au but, les décors se font parfois abstraits, le tout est nimbé de tons sépias qui baignent l'histoire autant dans les brumes du souvenir quand dans les éclats de boue de la jungle guyanaise.

Raconté à la première personne à un auditeur encore inconnu, Paco les mains rouges nous plonge dans la violence de l'univers pénitentiaire sans jamais verser dans l'ultra-violence, le voyeurisme ou l'apitoiement : l'histoire, comme les personnages, doit avancer coûte que coûte, si possible sans larme verser et avec pour but un horizon pâle et lointain qu'il ne faut jamais perdre de vue sous peine de sombrer.

Chronique d'un fragile équilibre, Paco les mains rouges tient bon sur le tumultueux Maroni en emportant à son bord suffisamment de non-dits pour que l'on s'embarque aussi.

Espérons que le second volet du diptyque sera aussi subtil et mouvementé.

Champimages moites.

Paco les mains rouges
Paco les mains rouges
Paco les mains rouges

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