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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 17:12
Vanille ou Chocolat ? *

« Vanille ou Chocolat ? voit le jour sous la forme d'une série de sept organigrammes à la complexité croissante. L'asymétrie des embranchements suppose de mettre au point une notation spécifique pour les trois derniers organigrammes. Une fois tracé le plan de l'intrigue, un algorithme informatique est rédigé en vue de déterminer la méthode qui transposera ce plan en livre avec un maximum d'efficacité. Cependant, le problème s'avère NP-complet. Grâce à un algorithme heuristique V-opt qui tourne douze heures durant sur une bécane SGI, une solution est trouvée au printemps 2000. Ce n'est qu'après six mois supplémentaires de travail que la maquette est bouclée, une fois encore grâce à des algorithmes bricolés maison. Au terme d'une année d'élaboration, la production démarre et le livre est achevé un an plus tard. »

Vous l'aurez compris, Vanille ou Chocolat ? n'est pas un livre qui a été conçu à la légère.

Il n'est d'ailleurs pas non plus à lire à la légère, comme nous le rappelle le sous-titre : « Un livre, 3 856 histoires possibles ».

Impossible, direz-vous ?

Tournez deux pages pour en être convaincu : des onglets de type « intercalaires » dentellent les bords des feuilles et le livre, vu de la tranche « interne », ressemble davantage à un piano qu'à un ouvrage ordinaire.

Et vous n'avez encore rien vu.

« Vanille ou Chocolat ? » s'interroge le héros devant l'alléchant étal du marchand de glaces. Qu'à cela ne tienne, les deux choix seront possibles, ouvrant chacun sur un futur différent aux ramifications infinies – ou presque.

Ainsi en va-t-il de la vie de ce petit bonhomme – déjà croisé, lui ou son clone, d'ailleurs, qu'importe, dans les pages de Bookhunter ou Fleep – faite de choix successifs entre lesquels il ne peut trancher. C'est donc au lecteur-démiurge de choisir pour lui et de suivre les fils d'un destin sans cesse renouvelé.

Vanille ? Bon appétit !

Chocolat ? Bon appétit aussi !

Je vous laisse découvrir les différences par vous-mêmes...

La voie de la vanille commence par un fil blanc, la voie du chocolat par un fil noir.

Logique.

Des fils dans un livre ?

Disons plutôt des chemins tracés de case en case et surtout de page en page pour ne pas vous perdre – un Minotaure n'y retrouverait pas ses petits – et, de croisement en croisement, parcourir l'une ou l'autre des 3 856 trames narratives proposées par Jason SHIGA.

Donc oui, c'est possible, mais complètement fou.

Pouvait-il en être autrement d'un auteur aussi original que celui que Scott McCLOUD (excusez du peu !) qualifie ainsi : « Crazy + Genius = Shiga » ?

Pouvait-il en être autrement d'un diplômé de mathématiques dont les premiers travaux graphiques furent... des labyrinthes pour la revue McSweeney's Quarterly ?

A mi-chemin entre le livre dont vous êtes le héros (les numéros de chapitres étant remplacés par des chemins bel et bien figurés) et le labyrinthe (ici en trois dimensions, avec un petit air de Perplexus !) Vanille ou Chocolat ? offre une expérience de lecture innovante, déroutante et, parfois, un peu décourageante.

Innovante car jamais livre n'avait eu telle allure. Outre l'auteur et ses années d'investissement, on ne peut que féliciter les éditeurs étasunien (Amulet Books) et français (Cambourakis) pour la qualité de l'objet : les pages sont rigides et glacées (indispensable pour survivre aux nombreuses manipulations à venir !), les onglets bien placés et agréables à saisir et le tout offre un spectacle enchanteur avant même la première lecture. Les amateurs de livres-objets seront ravis.

Déroutante car les fils narratifs (qui ont un petit air de Trois Chemins, en plus embrouillé bien sûr !) nous baladent jusqu'à nous donner le tournis : un pas en avant, deux en arrière, trois sur le côté, la partie de cache-case nous entraîne entre toutes les pages dans tous les ordres possibles et imaginables et l'impression d'être parfois passé deux fois au même endroit nous plonge presque physiquement dans la trame labyrinthique. Fascinant.

De plus, d'une histoire à l'autre, notre regard ne peut s'empêcher d'apercevoir d'autres cases, d'autres pistes, d'autres vies (mais que fait ce calmar géant ici ??) que l'on a hâte de croiser, lors d'une prochaine lecture peut-être.

Mais on a beau les enchaîner, les accumuler, les répéter, ces lectures ne nous mènent pas toujours là où nous l'aurions souhaité. Voilà en quoi l'entreprise peut parfois être un peu décourageante pour les lecteurs : les boucles, les chausses-trappes, les impasses (apparentes) et autres précipices qui émaillent la route peuvent donner envie de baisser les bras et refermer le livre.

Un abattement qui ne dure qu'un temps : la curiosité l'emporte toujours, ainsi que l'envie de savoir ce que l'auteur a bien pu inventer pour nous conduire là où il nous conduit.

Bien sûr, on pourrait lui reprocher l'usage de la machine à voyager dans le temps qui permet bon nombre de pirouettes narratives (et la boucle et bouclée !) mais l'usage d'un tel artefact est un délicat exercice auquel il se livre avec brio.

Deux mots peut-être sur le dessin que d'aucuns jugeront simplistes mais que, pour ma part, je qualifierai de minimalisme efficace : l'essentiel est dans le propos et dans la virtuosité narrative, pas dans les effets graphiques.

De la bande dessinée plus que de l'illustration, en somme.

Vanille ou Chocolat ?, un opus que l'OuBaPo ne renierait sans doute pas, une aventure narrative hors des sentiers battus (rarement le livre avait été mis à profit de la sorte, à part peut-être chez Marc-Antoine MATTHIEU) qui a toute sa place dans la sélection d'avril de K-BD et son « petit laboratoire d'exploration séquentielle ».

On pouvait difficilement tomber plus juste !

Champimages à suivre, à suivre, à suivre...

Vanille ou Chocolat ? *
Vanille ou Chocolat ? *

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