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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 17:56
une histoire d'hommes

Quatre garçons dans le vent, teint rose sur fond bleu, marchent vers le lecteur.

Au fond, Franck. Cheveux ras, larges poches, sweater sportif, regard un peu tombant. Un air presque grave, étonnant pour le boute-en-train du groupe.

Devant lui, JB. Cheveux mi-longs, lunettes, grand imper claquant au vent, main en visière au-dessus des yeux pour voir un peu mieux, et un peu plus haut. Vers l'horizon, peut-être, ou juste vers les nuages.

Un peu plus en avant, sur la droite, coupé par le cadrage, Yvan. Cheveux en bataille, poing serré, blouson en cuir ouvert sur un t-shirt en toute simplicité. Yeux fermés. Tristesse, colère ?

Au premier-plan, enfin, sur la gauche, lui aussi coupé par le cadrage (mais sa silhouette se déploie en fait sur la quatrième de couverture), Sandro. Visage légèrement empâté. Mèche soignée. Veste classieuse et foulard entortillé autour du coup. Les yeux un peu perdus, un peu morts.

Quatre "copains" (et plus, car affinités génétiques) qui ne se sont pas vus depuis longtemps, voire très longtemps : "Tu veux dire que tu ne l'as jamais revu depuis la BBC ?"

La BBC.

Le Jools Holland Show.

L'occasion, enfin, pour les Tricky Fingers (le groupe qu'ils formaient alors tous les quatre, dans les années 90) de percer.

Le tout était de ne pas faire de fausse note.

C'aurait été impardonnable.

Ce le fut.

JB se tourna vers l'entreprise belle-familiale, Franck vers la restauration, Yvan... Yvan se tourna et se retourna dans son amertume.

Sandro, lui... "Sandro parlait bien. Sandro était charismatique. Sandro décrocherait la lune... et il le savait."

Et il le fit.

Une lune qui a aujourd'hui des airs de lande battue, quelque part en Angleterre.

Une lune comme un manoir planté au milieu de rien d'autre que des souvenirs.

Beaucoup de bons (les photos sur les murs en témoignent) mais quelques mauvais aussi.

Et pas des moindres.

Flottant entre deux mondes, entre deux frères, Annie est là elle aussi.

Tantôt distante, tantôt absente, tantôt souriante malgré tout.

Béa est restée en arrière, elle.

Normal, c'est une histoire d'hommes.

Et c'est entre hommes qu'elle doit finir.

On connaissait le goût de ZEP pour la musique : l'Enfer des concerts (1999), Chansons pour les pieds (pour Jean-Jacques GOLDMAN, 2001), et bien sûr ses différents groupes (Zep'n'Greg, Blük Blük).

La voilà cette fois au coeur d'une histoire longue (l'homme nous a plutôt habitués à des formats courts) loin de l'humour qui naît entre ses doigts le reste du temps.

La gravité du récit est d'ailleurs appuyée par bon nombre d'éléments : le décor, perdu et grisâtre. Les drames profonds de chacun. Les regards, les silences. Le soleil ne semble plus briller depuis longtemps pour les quatre héros.

Seul le plus conventionnel du lot (bon père de famille à la situation professionnelle aussi stable que sa vie de couple) semble finalement goûter au bonheur. Non, le bonheur n'est pas dans les frasques, les concerts, la route, la gloire, il est dans le train-train.

Pas très rock'n roll tout ça.

Graphiquement, ZEP a adopté un trait réaliste parfaitement maîtrisé, même si les expressions sont parfois un peu outrées et les regards un peu trop appuyés.

Les couleurs, assez délavées, noient l'histoire dans des tons chagrins, soulignant elles aussi la gravité de l'ensemble. Quitte peut-être à en faire trop.

L'absence de bords de case semble diluer chacune d'entre elle dans le blanc (éclatant) de la page.

Contraste.

Je sais, ma prose ne fait montre de beaucoup d'enthousiasme jusque-là.

Est pour cause.

Malgré une construction travaillée (des flash back réguliers) et la maîtrise graphique, ça ne prend pas.

Rien de très nouveau sous les nuages, une fin assez plate, et une variation de plus sur la filiation (ah ah) création-paternité.

Bien sûr que la vie est pleine d'obstacles, de blocages, de déceptions, de rêves piétinés, mais l'on pouvait s'attendre à ce que ZEP en tire quelque chose de plus.

Paie-t-il en cela la rançon de son succès ?

Mais peut-être devait-il réaliser coûte que coûte cette histoire que l'on imagine pour partie très personnelle...

Cette histoire d'hommes ne convainc pas et pourrait presque nous conforter dans l'idée que ZEP est avant tout un faiseur d'histoires d'enfants.

Pourtant, il y a eu Happy Sex.

Alors l'humour serait sa force ?

Attendons un futur opus réaliste pour trancher.

Mais pour l'heure la faim demeure.

Champimages à la voix éraillée.

une histoire d'hommes
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