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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:45
Vagabond

Au crépuscule du XVI°s (donc à deux pas de l'aube du XVII°...) le Japon connut un basculement de son histoire féodale : la bataille de Sekigahara entre Ieyasu Tokugawa et Mitsunari Ishida marqua la fin de l'époque Sengoku (laissez les boules de cristal en dehors de tout ça !) et le début de l'époque Edo.

Parmi les milliers d'âmes qui participèrent au fracas des armes qui avait ébranlé l'histoire, deux silhouettes un peu craintive, un peu hagardes.

"Takezo gisait au milieu des cadavres. Il y en avait des milliers.

"Le monde entier est devenu fou, songeait-il vaguement. L'homme ressemble à une feuille morte, ballottée par la brise d'automne."

Lui-même ressemblait à l'un des corps sans vie qui l'entouraient. Il essaya de lever la tête, mais ne parvint à la soulever que de quelques centimètres au-dessus du sol. Jamais il ne s'était senti aussi faible.

[...]

Soudain, l'un des corps voisins leva la tête :

- Takezo...

[...]

La voix, il en avait la certitude, était celle de son meilleur camarade. Il rassembla toutes ses forces pour se soulever légèrement, et, dans un chuchotement à peine audible à travers le déluge de pluie :

- C'est toi Matahachi ?"

Takezo Shinmen et Matahachi Hon'iden, deux adolescents, deux amis de toujours, deux apprentis guerriers dépassés par l'horreur de la guerre et par l'infâme trahison dont leur seigneur avait été victime.

Ne leur restait comme unique objectif et attache que leur village natal, Miyamoto. Mais la longue route y conduisant passait par bien des tentations. Matahachi, malgré son mariage à venir avec la belle et jeune Otsu, s'arrêta en route dans les filets d'une jeune veuve aguicheuse.

Furieux, abandonné, Takezo poursuivit sa route en solitaire.

Mais l'accueil qu'on lui réservait n'était pas celui escompté : la vieille et acariâtre Osugi Hon'iden, mère de Matahachi, ne toléra pas de voir le jeune homme (qu'elle n'avait jamais porté dans son coeur) revenir sans son fils.

"Le misérable ! Il aura laissé notre pauvre Matahachi mourir quelque part ; après quoi, il sera furtivement rentré sain et sauf. Un lâche, voilà ce qu'il est ! [...] Il ne m'échappera pas !"

Lui qui pensait retrouver la paix auprès des "siens" (en tout cas ceux auprès desquels il avait passé sa courte vie) se retrouva donc chassé, fugitif obligé de défendre sa peau au prix du sang. Chaque goutte en appelant une autre, chaque mort alimentant un peu plus les désirs de vengeance...

Dans cet océan de violence et de sentiments exacerbés - colère, vengeance, amour... - n'émergeait qu'un îlot imperturbable et tranquille : le moine Takuan Soho. "Un homme assez jeune qui [...] portait un simple pagne, et sa peau hâlée rayonnait comme l'or mat d'une vieille statue bouddhiste."

Et voilà.

Le décor est planté : une pays encore déchiré par des guerres ayant remodelé son visage à jamais.

Les personnages y ont pris place, mus par de puissants élans sans aucun doute légitimes mais ravageurs.

Lucide observateur de leurs destins, Takuan essaie de mettre son intelligence et sa clairvoyance au service de chacun, pour le bien de tous. Mais les désirs contradictoires de ces êtres de chair faible et de passion forte sont-ils compatibles ? La voie du sabre que veut suivre Takezo peut-elle s'accommoder des sentiments qu'Otsu se met à lui porter et à faire croître ? Peut-elle surmonter la colère vengeresse d'Osugi ? Se remettrait-elle du retour de Matahachi ?

Longues et tortueuses sont les routes du Japon d'alors.

Incertaines, dangereuses, fourmillant de chausses-trappes et d'impasses.

Elles ne laisseront sans doute personne indemne.

Comme vous l'aurez peut-être reconnu, Vagabond est l'adaptation par Takehiko INOUE du célèbre roman Miyamoto Musashi, de Eiji YOSHIKAWA, plus connu du public français sous le titre La pierre et le sabre (et sa suite, La parfaite lumière).

Véritable institution au Japon, ce roman paru dans les années 1920 jeta sans aucun doute les bases d'un genre historique toujours très apprécié : le roman de samouraï (ou en tout cas de guerrier au sabre).

Réputé pour sa virtuosité graphique et ses talents de mangaka (en matière de découpage ou de dialogues), Takehiko INOUE, mis à l'honneur par K.BD ce mois-ci, semblait l'auteur rêvé pour réaliser cette adaptation.

Ma déception n'en fut que plus grande.

Mes co-critiques ne tarissaient pourtant pas d'éloges sur l'artiste. Découvrir son travail s'annonçait donc comme une belle aventure, d'autant que j'avais beaucoup apprécié La pierre et le sabre, lu il y a quelques mois.

C'est peut-être ce qui a desservi cette découverte.

Certes, INOUE fait en effet montre d'une belle maîtrise graphique, nourrissant ses images de détails et de minutieuses hachures, n'hésitant pas, lors des scènes de combat notamment, à abandonner un trait trop net et trop léché pour du presque croquis flou, vibrant, sauvage.

Pour le reste, il cultive tous les travers des mangaka réalisant des shônen ou des seinen : émotions surjouées, compositions emphatiques, métaphores trop appuyées et dialogues...indigents. Bon, sur ce point le doute peut demeurer dans la mesure où la traduction est peut-être en cause...

Le résultat met donc à bas la subtilité qui se dégageait du roman. Bien sûr que les situations, souvent intenses et dramatiques, pouvaient paraître exagérées, mais méritaient-elles pour autant le traitement caricatural infligé par INOUE ?

Et ne me dites pas que cette outrance redondante est la marque de fabrique de toute une culture, car d'autres ont sur la dépasser avec talent et personnalité, comme Taiyou MATSUMOTO ou Atsushi KANEKO par exemple.

Les personnages en ressortent donc caricaturaux : difficile, impossible même de les prendre au sérieux.

Que reste-t-il entre nos mains ? Une pantomime criarde (sic) qui ne donne envie ni de lire la suite (alors que c'est peut-être sur la longueur qu'apparaîtront les subtilités et que nous serons données à voir les lentes évolutions des personnages) ni même de se plonger dans le roman (pour ceux qui ne le connaissent pas encore).

Je vais tout de même persévérer et suivre les conseils des autres chroniqueurs de K-BD, tellement enjoués, mais je crains le pire à la lecture de Real ou de Slam Dunk...

Champimages qui en font beaucoup trop.

(les textes reproduits plus hauts sont extraits du roman, pas du manga)

Vagabond
Vagabond
Vagabond

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commentaires

Bidib 28/09/2014 21:01

J'ai aimé Vagabond, pourtant je suis d'accord avec tous les reproches que tu lui fait. En lisant Vagabond je me suis plus attaché au dessin qu'à l'histoire. Il y a des planches que j'ai trouvé très belle et le dessin évolue au fur et à mesure des tomes, Inoue change de techniques . J'ai trouvé cela fascinant de voir cette évolution.
Quant à l'histoire, j'ai trouvé ça trop long. Je n'ai lu que 20 ou 21 tomes (je me souviens plu) mais la suite ne me manque pas. Faut dire aussi que généralement je fuis les séries de plus de 10 tomes, je fini toujours pas m'ennuyer.
Le côté exagéré de Vagabond (typiquement manga) ne m'a cependant pas gêné puisque c'est... typiquement manga :p et que j'ai l'habitude. ça m'amuse.
Je n'ai pas encore lu le roman, mais après avoir lu ta chronique j'ai encore plus envie de le découvrir ! ça l'air vraiment chouette

Bidib 30/09/2014 19:04

je ne trouve pas que Inoue soit original, au contraire. Je le trouve juste plus doué que les autres pour faire la même chose que tout le monde. C'est sûr que si tu cherchait un mangaka original, tu as du être sacrément déçu. D'ailleurs, s'il avait vraiment été original, il n'aurait pas un tel succès, surtout avec le système japonais.

Champi 30/09/2014 09:42

C'est justement là que le bât blesse, je trouve : c'est trop manga pour un auteur dont on nous vante l'originalité... Au final, même graphiquement, je le trouve quand même très conventionnel.
J'ai lu le premier tome de Real, et là encore j'ai trouvé la construction et les dialogues bien trop conventionnels.
Nouvelle déception...

Lunch 21/09/2014 12:48

C'est Son Goku pour Dragon Ball Champi :P

Je suis déçu de ta déception l'ami. Après, Vagabond est un manga et comme la plupart des mangas, s'étalant sur la longueur des tomes, la progression et la construction des personnages au fil du récit est importante. Je ne te cache pas que Takezo Shinmen gagne en maturité tout du long pour devenir Miyamoto Musashi. Mais ça tu le sais puisque tu as lu le roman toi aussi :)

Takuan est d'ailleurs excellent dans le roman, il a moins de place dans le manga même si Inoue lui en donne aussi... j'ai cependant tellement adoré ses interventions dans le récit de Yoshikawa que j'en suis grand fan !

Vagabond c'est pour moi un défi : celui d'adapter un monstre de la littérature japonaise et d'illustrer d'incroyables batailles, en point d'orgue celle d'un homme contre tout un clan... magique !

Champi 21/09/2014 18:04

Je sais bien que c'est Son Goku :p

Pour le reste, je trouve que INOUE verse trop souvent dans la caricature et l'outrance ridicule (les larmes d'Otsu, le rire de Takuan, le regard noir de Takezo...) pour convaincre et donner envie de suivre une histoire fleuve qui mérite pourtant largement le détour.
Donc, au final, il dessert plus qu'il ne sert le roman et ses personnages, et c'est dommage.
Le roman m'avait inspiré des images plutôt nimbées d'un peu de brume et de mystère, le manga me saute aux yeux comme des couleurs criardes...