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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 22:08
Docteur Radar

"Tueurs de savants", précise la couverture à "juste titre" : avide de secrets scientifiques, le Docteur Radar, au nom palindromique, est sans pitié et n'entend trouver personne sur sa route : ni la police (incarnée par le moustachu et ventripotent commissaire Baignol) ne le plus célèbre gentleman-détective de la place publique : Ferdinand Straub lui-même, élégant, pertinent, acéré, tenace et aux fréquentations des plus douteuses.

Jugez plutôt : il compte parmi ses proches le peintre Pascin lui-même, amateur de chair, d'alcool et de drogue, poisson d'eaux troubles dans une France d'entre-deux guerres où la canne-épée est la meilleure amie pour faire la tournée des bars.

Et il va falloir en écumer, des bars, pour espérer pincer les hommes de mains qui oeuvrent pour le mystérieux Docteur et qui, bien que seconds couteaux, jouent surtout du poison ou du scorpion pour décimer la communauté scientifique française.

Vernon, Vaillant, Saint-Clair : la liste des victimes ne cesse de s'allonger. Toutes partageaient un point commun (outre leur récente et soudaine mortalité) : des recherches sur la conquête de l'espace. Le Docteur Radar viserait-il la lune ?

Il n'en faut pas plus à Straub pour se lancer sur les pas du terrible savant et de ses nombreux et venimeux sbires. Qui sait si l'homme au cent visages (car Radar ne nous apparaît que de dos devant un miroir ou sous des traits factices) n'aura pas raison de la légendaire ténacité du détective-gentleman.

Voilà donc notre homme et son acolyte pas anonyme (eh eh) suivant une piste de cailloux rouge sang dans un Paris où le feuilleton rencontre l'Expressionnisme : le rythme et le tribulation de l'un, dans la plus pure tradition, et les compositions et images de l'autre.

Aux influences littéraires du scénario (qui, outre les romans-feuilletons, lorgne ostensiblement du côté du maître des masques, Fantomas lui-même !) répondent en effet les fortes influences graphiques de l'époque : l'ombre de MURNAU et de ses célèbres ombres (noir c'est noir !) ne sont jamais loin, et les motifs Art Déco tapissent murs, robes, planchers et plafonds avec élégance et tourbillonnement hypnotique.

Toutefois, si l'histoire reste relativement classique - Noël SIMSOLO ranimant avec talent des motifs et des figures assez conventionnels - le trait, les compositions et les mises en page de BEZIAN sont magistraux : la ligne est nerveuse, les hachures vibrantes, les corps et les ombres s'étirent à n'en plus finir, les regards fascinent et les couleurs tranchées identifiant chaque lieu, chaque situation, chaque tension, donnent à l'ensemble un rythme et une tonalité sans pareils.

Vibrant hommage et déclaration d'amour à toutes les facettes artistiques d'une époque, Docteur Radar ressuscite à égalité les arts mineurs (le roman-feuilleton, la mode, les arts décoratifs) et majeurs (le cinéma expressionniste, la peinture) sans nostalgie ni adoration figée, mais avec une vigueur et un rythme admirables.

Surjouant juste ce qu'il faut dans le grand drame de leurs complots et enquêtes, les personnages nous entraînent avec une énergie rare dans un ballet narratif et visuel dont il est difficile de s'échapper.

Pour couronner le tout, les deux auteurs parsèment les cases et l'intrigue de petites références ou détails d'arrière-plan (un carrelage ici, une affiche là) qui appellent au moins une deuxième lecture.

Après Pietrolino et Mauvais Genre, k.bd ne pouvait rêver meilleur choix que Docteur Radar, tueur de savants, pour illustrer son mois consacré aux "histoires de clowns" sous toutes leurs formes, entre grand cirque de la vie et mille visages, apparences trompeuses et miroirs déformants.

L'époque et les genres mis en avant par SIMSOLO et BEZIAN se prêtent à merveille à l'exercice et ce tome non numéroté ouvre peut-être, espérons-le, la voie à une suite sombre et brillante, oxymore au service d'un palindrome, je suis comblé.

Champimages labyrinthes

Docteur Radar
Docteur Radar
Docteur Radar
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