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  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 17:38
Le feuilleton du siècle*

Mêlant thème de février sur k.bd ("Raconter le XX°siècle") et actualité toujours triste et brûlante, notre équipe mets ce mois-ci à l'honneur ceux qui ont raconté le siècle à leur manière, en témoins directs, engagés, enragés, gueulards, géniaux, dénonciateurs, libres et j'en passe : les dessinateurs de presse qui ont marqué l'histoire du genre d'une pierre noire (de mine) et blanche (de talent éclatant). Plus particulièrement ceux de Charlie Hebdo, dont Mitchul vous parlera mieux que moi.

Nous avons pris le parti de mettre un peu plus en lumière l'un de ces brillants manieurs d'images et de mots (avec l'accent, pour le coup !) dont la nomination pour le Grand Prix d'Angoulême en 2013 avait quelque peu défrayé la chronique : WILLEM.

Bernhard Willem HOLTROP, de son état civil complet, s'invite donc chez trois d'entre nous à travers trois titres emblématiques de sa production dense et de son observation minutieuse de la marche de notre monde depuis plusieurs décennies.

En totale liberté (dut-il être arrêté ou en procès, comme il le rappelle à (1) Numa SADOUL dans Dessinateurs de presse).

Nous voilà donc embarqués dans le Feuilleton du siècle, pavé de 200 pages (sur papier épais, d'où l'impression de pavé !) qui commence un an avant le "vrai" début du XX°s. et s'achève de fait un an plus tôt que dans les calendriers. Soit.

A raison de deux pages par an, WILLEM décortique les ressorts universels et récurrents des dessous de l'Histoire, à travers de brèves histoires grinçantes, sordides, sales, suintantes, qui au mieux font sourire jaune (grâce à la dose d'absurde outrancier dont il sait les habiller), au pire (le plus souvent) donnent envie de mordre dans tous les journaux-atlas-livres d'Histoire et de manière plus générale d'arracher à pleines dents les têtes dirigeantes qui ont fait du siècle passé ce qu'il fut. Regardez la couv' de plus près, pourquoi pas en écoutant Pour tant qu'il y aura des hommes, des Ogres de Barbak, avec lesquels Daniel MERMET rappelle que "ce siècle fera tache".

Une tache de sang, répandu aux quatre coins du monde par les puissants, les colons, les exploiteurs, les dealers, les marchands d'armes, les militaires, les politiques, les multinationales, les extrémistes de tous bords, le tout sous le regard au mieux goguenard, lubrique et voyeur, au pire complice, de médias charognards qui ont compris où se trouvait leur intérêt.

"On arrête les articles ennuyeuses [je vous avais annoncé l'accent !] sur la politique ! [...] Faut écrire sur ce qui intéresse le petit peuple : le linge sale des gros cons."

Une tache de foutre, car le sexe est partout entre les traits de WILLEM, preuve de toutes les envies, les audaces, les extases, les désirs, mais preuve surtout de la quasi-anthropophagie à laquelle il s'apparente bien souvent, sans compter la décadence que son outrancier étalage semble illustrer sans équivoque.

Une tache de peinture, aussi, WILLEM puisant dans sa connaissance des mondes de l'art (qu'il continue d'approfondir et d'illustrer chaque mois, entre autres, dans les pages de Beaux-Arts Magazine) et dégommant à tout bout DUCHAMP (ah ah) les avant-gardes de tous poils (forcément pubiens) qui ont émaillé ce XX°s décidément fort chargé.

Virevoltant de personnage en personnage (le Colonel Baxter, le journaliste Reginald Cox, la muse Valeska Lion, la petite Heidi Prack, l'opportuniste Gregor Pragmatikov le bien nommé, mais aussi Adolf Hitler, Donald le dealer, Iqbal, la Princesse Margaret, le French Doctor...), WILLEM joue de tous les clichés, de toutes les figures pour déboulonner à tout va.

Son trait n'est pas en reste pour guillotiner l'Histoire et ses protagonistes : facilement difforme, souvent exagéré, il outrance à raison les visages de tous les pantins qui s'agitent sur la scène internationale.

Minimaliste, son trait saisit égalemenet avec justesse les caractéristiques des stars de son arène médiatisée et nous offre un flot de caricatures qui renforce notre envie de botter quelques culs.

"Il faut prendre ses distances avec tous les pouvoirs, je trouve."(1)

Difficile de les prendre plus efficacement que lui !

Allez, petite cerise esthétique sur le gros gâteau de merde qu'il a tiré du triste état de notre monde : à travers les titres de chaque double page (à savoir les années qui s'égrènent), WILLEM rappelle, en toute humilité, l'immensité de son talent de graphiste (déjà plus qu'aperçu grâce à l'expo qui lui fut consacrée en 2014 à Angoulême) en jouant sur un siècle de codes, de formes, de lignes, de styles qui convoquent tous les pays et tous les courants. Un travail qui n'a l'air de rien mais qui complète la synthèse de ce siècle décidément inventif dans tous les domaines, et pas seulement les pires.

Et tout ça pour quoi, me direz-vous ? Pour rappeler la mesquinerie et la cruauté de l'être humain ? Pour nous rappeler de ne jamais oublier ? Pour essayer d'en rire malgré tout, malgré l'impuissance, la rage, la douleur ?

Laissons à l'auteur le dernier mot, car ici ils commencent à manquer...

"A quoi ça sert, le dessin ?

_ Là, je suis un peu pessimiste. Je ne crois pas qu'on a beaucoup d'influence sur la politique mondiale.

_ Tu ne crois pas que vous allez changer le monde ?

_ J'espère tous les matins, et tous les soirs je suis déçu !" (1)

Champimages qui (nous) saignent.

Le feuilleton du siècle*
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commentaires

Lunch 03/02/2015 21:48

Tu fais feu de tout po[il]êle en ce moment ! J'ai noté que tu n'avais pas pu t'empêcher là encore, fut-il barbu ou pubien !

Champi 04/02/2015 15:59

C'est sans doute plus fort que moil :D