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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 13:39
Houppeland T1

"Dans son manteau, rouge et blanc, sur un traîneau, porté par le vent..."

Ben dis donc, Graeme, elle est un peu lacunaire ta description ! Quid du bonnet ? De la hotte ? Des bottes ? Et surtout, surtout, quid de la barbe ??? Cette longue broussaille cotonneuse brandie comme un étendard, symbole de sagesse bonhomme, de vieillesse rassurante, de neiges éternelles aussi ?

Pas de feu sans fumée, pas de Père Noël sans barbe non plus, qu'on se le dise.

Et pas de jour sans Noël pourrait rajouter Didier TRONCHET en préambule à son déjà antique (pensez : 1997 !) Houppeland.

Bref, le lien entre barbe et Noël nous semblait tellement évident, à k.bd, que nous ne pouvions décemment proposer un mois de la barbe sans évoquer Houppeland.

"Oh ! Quelle bonne idée !

_ Il y a pensé !

_ C'est pour moi ? Il ne fallait pas !

_ Eh bin si je m'attendais !

_ Oh ! J'en rêvais !

_ C'est exactement ma taille ! C'est fou !"

Quel doux concert de satisfaction partagée ! Plaisir d'offrir, joie de recevoir, les convives autour de la table ne trouvent pas les mots pour évoquer leur plaisir : les paquets ont été échangés par dessus les victuailles et mets raffinés, l'émotion étreint les doigts qui délient les noeuds des paquets et les yeux émerveillés par un fer à repasser, une tour Eiffel sous globe, une encyclopédie ou... un chausse-pied en plastique rose...

"Vous appelez ça un... "CADEAU DE NOËL", Monsieur Fernandez ?

_ Je... Hem... Voilà, je n'ai pas eu le temps de... Alors...

_ Je vous rappelle que Noël est une FÊTE !... Que rien ne doit venir entacher, Monsieur Fernandez..."

Mais oui, d'ailleurs, c'est vrai : "Quel jour sommes-nous ?

_ C'est Noël aujourd'hui, Monsieur le Président...

_ Mais c'est merveilleux ! Le bonheur partout dans les rues illuminées... Les gens les bras chargés de cadeaux chamarrés... Les bambins aux joues rouges et avec de grands yeux qui pétillent...

_ Vous devriez être habitué, M. le Président... Vous l'avez décidé ainsi..."

Mais oui, Noël, Noël, la magie, les cadeaux, la joie dans les coeurs, les jouets par milliers... Le jour le plus attendu de l'année, jour de fête, de paix, de fraternité, de réconciliation, jour des Joyeux Drilles venus s'assurer que tout se passe pour le mieux, dans le respect de la tradition, de la loi, même !

Il ne faudrait pas que des rabats-joie s'en prennent à l'esprit de Noël et tentent d'entacher le moral de la population.

Tous les moyens sont bons, alors, pour lutter contre les chantres de la morosité :

"Il faut que je vous fasse subir un contrôle de bonne humeur...

_ Soufflez là-dedans sans résistance !"

Alors il souffle, le brave René Poliveau, et fort heureusement le ballon vire au rose.

Mais que diable est-il venu faire dans cette galère, lui si tranquille et à la vie si bien rangée ? Sont-ce les beaux yeux de la belle et brune Arlette Champagne qui lui ont fait tourner la tête ? Le voilà en tout cas pris dans un engrenage dont il lui sera difficile de sortir.

"Ouais ! On sèche le réveillon !"

Bien mauvaise pente que voilà, Monsieur Poliveau : d'abord on sèche, puis on finit par ne plus faire de cadeau voire, horreur absolue, par réveillonner aux sardines à l'huile et aux biscottes sans sel. Impensable...

Vous l'aurez compris, Didier TRONCHET nous apporte la preuve par l'absurde que le moindre totalitarisme (non, il n'y a pas de moindre totalitarisme), la moindre oppression, même celle de la joie, génèrent des climats anxiogènes et des pratiques asphyxiantes (fin de la phrase aux mots trop longs, promis !).

"J'ai puisé dans mes obsessions personnelles de Noëls ratés le principe fictif de Houppeland, cette société imaginaire qui décrète l'état de gaieté permanente. La joie obligatoire a toujours été pour moi un sujet de profonde stupéfaction. Enfant, j'ai vécu les préparatifs des réveillons comme une expérience angoissante, oppressante : s'amuser, pour Noël, devenait une obligation."*

Histoire fleuve - plus de 100 pages réparties en deux tomes - au regard des histoires courtes auxquelles l'auteur nous avait habitués jusque-là (Raymond Calbuth, Jean-Claude Tergal), Houppeland est "la rencontre entre un univers grotesque et les sentiments vrais des personnages."*

L'humour, marque de fabrique de Didier TRONCHET, "cette arme blanche qui m'a plus d'une fois sorti d'affaire dans ce corps à corps impitoyable avec la vie."*

Graphiquement, la "patte TRONCHET" s'affirme un peu plus dans cet album : des visages simples et très expressifs, des décors ni trop vides ni trop détaillés, un trait souple, vivant, et une mise en couleur expressionniste, qui cherche avant tout à poser des ambiances : le bleu-gris de la nuit, le jaune-vert du bureau, un simple coup d'oeil permet de saisir l'homogénéité de espaces et des séquences. "J'ai "jeté" les couleurs sur les personnages d'une façon complètement irréaliste mais en fin de compte plus narrative."*

Oeuvre patiemment mûrie pendant près de quinze ans - le temps que l'auteur se sente capable de prendre à la bras-le-corps une histoire d'une telle ampleur - Houppeland raconte avec un humour valsant entre l'acide et l'absurde une histoire d'amour et de résistance.

"Les femmes, mon gars, faut pas les comprendre, faut les aimer. Et quand y en a une qui t'aime, c'est Noël tous les jours !"

En couchant sur le papier ses angoisses et ses espoirs, Didier TRONCHET nous montre une nouvelle fois la force de l'humour, capable de traiter tous les sujets avec acuité tout en gardant une distance salutaire.

Un message toujours d'actualité en cette sombre époque de premier degré et de totalitarisme plus ou moins larvé.

Champimages par l'absurde.

* Citations de l'auteur extraites du dossier paru dans le tome 1.

Houppeland T1
Houppeland T1

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