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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 19:57
Petites coupures à Shioguni*

Il aurait dû fermer un peu plus tôt ce soir-là, Kenji, au lieu de faire griller des maquereaux. Ça lui aurait évité un bronzage "comme au restaurant" et bon nombre d'autres déconvenues : les mauvaises rencontres, une virée nocturne un peu trop inoubliable, de la tôle froissée et un tête à tête avec un hippopotame.

Comment ça "une vie décousue et un peu déjantée" ? Mais il n'a pas demandé grand chose, ce petit restaurateur. Juste de la tranquillité. Faut croire que la petite ville de Shioguni n'est pas si tranquille que ça, finalement.

Pourtant, les forces de l'ordre veillent de toutes leurs... forces, justement. Le commissaire (appelons-le commissaire) coordonne au mieux ses maigres troupes sur le terrain, dont la jeune et jolie MB350 et l'attentionné MB349 - à la fine moustache soignée. Parions que cette étrange nuit du 26 octobre restera longtemps dans leurs mémoires : une agression dans un restaurant, une rixe devant un tabac, un vol de camion - et de blouson ! - , des courses poursuites... Longue liste pour une courte nuit ! Sans parler du tigre en liberté, comme si un hippopotame ne suffisait pas...

Mais qu'est-ce qui les fait tous courir, au juste, ces gars en lunettes noires ou au blouson aux abonnés absents ?

Une petite brune. Tout à la fois avenante et étrange, dont la carte de visite en intrigue plus d'un : c'est pas commun d'associer son nom à un... hameçon.

De quoi accrocher le chaland et, convenons-en, le lecteur.

Car une fois mis le doigt dans l'engrenage de cette nuit à Shioguni, difficile d'en sortir : les scènes, brèves et dynamiques, s'enchaînent et nous entraînent de surprise en surprise, de rebondissement en prise de conscience, jusqu'au point final qui permet de mettre un terme à toutes les histoires croisées au cours de l'histoire.

Un coup de maître pour Florent CHAVOUET, que l'on connaissait surtout pour ses carnets de voyage du Japon. Avec Petites coupures à Shioguni, il met son incroyable talent et sa force graphique au service d'une fiction qu'il déroule de main de maître.

Son maître mot ? Brouiller les pistes, ce qui devrait être la moindre des choses lorsqu'on écrit un polar. L'auteur s'en donne à cœur joie en la matière, jouant sur la totale subjectivité de ce que peut être la réalité à partir du moment où elle n'est que relatée. Quoi de moins objectif qu'une œuvre ? D'autant moins si elles prend la forme d'un vaste recueil de témoignages ?

En effet, Petites coupures... raconte une enquête au long cours, rythmée par des extraits du carnets de l'investigateur, des notes éparses tentant de relier tous les fils, tous les personnages (et ils sont nombreux : un chauffeur de taxi, un technicien des réseaux téléphonique, un homme d'affaire dont la carte de visite traînait au mauvais endroit, une vendeuse de konbi, un jeune photographe noctambule...) et surtout de mettre de l'ordre dans une chronologie chaotique qui n'arrange pas les affaires du lecteur.

Véritable jeu de piste malmené par la subjectivité et la variété des versions, cette histoire est une vaste collection de faux-semblants.

Brillant.

Graphiquement, Florent CHAVOUET nous livre le meilleur de son art, alternant quelques intérieurs éclatés en mode "fish eye", des scènes de rue rappelant son amour pour le Japon et une galerie de portraits drôle et attachante.

Tous les personnes sont traités avec un soin égal et assortis de dialogues percutants tracés au pinceau avec l'élégance d'une calligraphie.

Certaines pages relèvent d'un savant assemblage et donnent à voir notes éparses, photos volées, cartes de visite ou étiquettes diverses, donnant à l'ensemble l'aspect d'un carnet de collecte des plus réalistes.

Les couleurs, tantôt crayon tantôt aquarelle, nimbent l'ensemble de la lumière tremblotante des néons de la nuit nippone.

Les mises en pages, très variées, réussissent à ne pas donner dans la surenchère mais dans le dynamisme et surtout l'ingéniosité, à l'aide de recadrages réguliers permis par les miroirs, fenêtres ou regards.

Du plaisir pour les yeux de bout en bout.

Qu'ajouter ?

Son prix du polar reçu lors du Festival d'Angoulême de 2015 est plus qu'amplement mérité et permettra, espérons-le, à un large public de découvrir le talent hors-norme de cet auteur dont les prochaines créations seront attendues avec attention.

Mention spéciale aux Editions Philippe Picquier qui suivent Florent CHAVOUET depuis ses débuts et qui n'ont pas hésité à se lancer dans la bande dessinée, portées par leur attachement à l'Asie.

Véritable enchantement foisonnant pour les yeux, Petites coupures à Shioguni est une réussite sur tous les plans, un polar drôle, étrange et prenant qui nous immerge dans un Japon crédible et attachant où rien ne se donne vraiment à voir du premier coup d'oeil. Plusieurs lectures sont nécessaires pour en apprécier toutes l'ampleur, ce qui nous conforte dans le fait que c'est un des albums de 2014-2015 à retenir absolument.

Une belle manière de commencer l'été sur k.bd.

Champimages plein les yeux.

Petites coupures à Shioguni*
Petites coupures à Shioguni*
Petites coupures à Shioguni*

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