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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 11:14
Un océan d'amour

"C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme", tatatate le chanteur.

La véritable suite est moins connue : "Où qu'il s'en soit allé, sa femme ira l'chercher."

Au bout du monde s'il le faut, dût-elle s'éloigner de sa Bretagne natale et de la jetée au bout de laquelle, en temps normal, elle l'attend.

Elle - appelons-la "elle"-, c'est la grande, la forte, la de noir et blanc vêtue, la "Bigouden" par excellence (comme on l'appelle par raccourci abusif), celle qui se lève avant l'aube pour donner à son homme sa crêpe quotidienne.

Lui - appelons-le "lui" - c'est le petit aux yeux usés par les embruns, le dégarni, le sec qu'on sent ferme face à l'effort, face à la mer. Il nourrit sa carcasse de marin de crêpes - à heure fixe -, d'amour - sans doute depuis toujours - et accumule en cale les boîtes de sardines qu'inlassablement elle lui remet chaque matin, rituellement, presque religieusement.

Et chaque matin il embarque avec son petit assistant sur son petit chalutier pour pêcher de... petits poissons.

Quand il en pêche.

Difficile de faire le poids face aux bateaux usines qui sillonnent les océans sans souci du tout petit. Il s'en faudrait de peu que ces Goliath des mers ne pourfendent le frêle David.

De très peu.

Mais le voilà tout de même empêtré dans les filets géants et emporté loin de sa route habituelle.

Il ne se démonte pourtant pas.

Confie son assistant au canot de sauvetage lui-même confié aux courants.

Et attend patiemment que les filets veuillent bien le relâcher.

Début d'un périple quasi-odysséen.

A l'autre bout des vagues, elle ne le voit pas venir. Soutenue, consolée par les siennes, elle scrute en vain.

Jusqu'au retour du canot de sauvetage pas assez peuplé.

Elle comprend et prend les devants.

Elle aura besoin d'aide.

Celle de la sainte Vierge qui écorche les genoux (si, si !), celle de la voyante du coin qui troque sa boule de cristal contre une crêpe bien plus éloquente.

Le sauvetage au long cours peut commencer.

Voilà le coeur de cet Océan d'amour : la quête mouvementée d'une Pénélope des temps modernes partie rechercher son petit Ulysse de mari.

Aucun obstacle - naturel ou géopolitique - ne saura se mettre en travers de sa route : elle l'atteindra où qu'il se trouve, aidée par la Providence, ses talents de cuisinière et de dentelière. Même s'il lui faut casser sa tirelire et embarquer sur les "immeubles flottants" qui traînent leurs imposantes carcasses aux quatre coins du tourisme.

Son homme n'est pas en reste, passant d'une Charybde de pollution à une Scylla tempétueuse. Mais son moral reste bon, porté par des signes quasi-divins - mais que fait cette crêpe au beau milieu de l'Atlantique ! - et par la compagnie d'une mouette sauvée des eaux qui n'aurait pas dépareillé dans le bureau d'un certain Gaston (Lagaffe, s'entend).

Ce récit déjà bien rythmé tire une force supplémentaire de son "silence" - ou en tout cas de son absence de mots : pas d'autres bulles en vue que celles remontant à la surface de cet océan de tous les possibles.

Muet mais pas silencieux, Un Océan d'amour est une nouvelle preuve du talent de Wilfrid LUPANO (que nous avons déjà croisé par ici) qui nous emporte sur plus de deux cents planches vibrantes, tantôt mouvementées tantôt contemplatives, pétries d'humanité, d'amour et de quelques coups de gueule poussés en douce - contre la pêche industrielle, le "huitième continent" (même s'il n'est pas tout à fait situé par ici), le tourisme de masse ou les effets de mode...

Ses deux héros du quotidien sont terriblement attachants et leur persévérance entêtée - si, si ! - en fait des sortes de résistants face à un destin - et une mondialisation - volontiers rouleau-compresseur.

Le dessin - et les couleurs ! - de Gregory PANACCIONE subliment le tout : libérés des contraignantes bulles - qui prennent tant de place dans les cases ! - ils éclatent en un festival d'expressivité vivante et vibrante. Bien sûr, les protagonistes surjouent un peu parfois - comme les plus grandes stars du cinéma muet - mais leurs silences font la part belle à leurs mimiques, leurs gestes, et de manière plus générale à tout ce qui nous est donné à voir.

Les tons aquarelle (que d'eau, que d'eau !) qui baignent (ah, ah !) le tout nimbent d'embruns cette histoire qui ne s'éloigne jamais trop des flots. Flots qui, de jour comme de nuit, de calme comme de tempête, occupent brillamment - et bruyamment ! - la troisième place sur l'affiche.

Bouche bée face à une mer jamais avare de sons et d'histoires, les deux auteurs nous livrent un océan de plaisir de lecture savamment dosé entre humour et message, rebondissements et sentiments. Une ode à la simplicité et à la complicité conjugale par-delà le temps et les flots.

Champimages qui fluent et refluent.

Un océan d'amour
Un océan d'amour

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