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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 09:57

Ici

Ici

C'est Ici que tout a commencé - et que tout finira sans doute.

Ici, derrière ces murs, dans ce marécage, sous les flots, dans le bouillon primordial, sous la froide lumière d'un hiver nucléaire.

Ici, dans la permanence d'un lieu malgré le temps qui passe, les âges, les ères, les animaux de tous poils et de tous costumes, les sautes climatiques, stylistiques, paléontologiques, anthropologiques, cosmogoniques, même.

Ici que se joue l'Histoire, de la Pré à l'après, rapide balayage d'une éternité cloisonnée par nos perceptions humaines.

Une simple maison.

Cheminée de pierre, sol et murs de bois - nous sommes bel et bien aux Etats-Unis - grande fenêtre donnant sans aucun doute sur "la rue", et sur "la maison d'en face".

Une vaste pièce que les Français, gastronomes avant tout, baptisent "salle à manger" quand, outre-Manche/Atlantique, on parle de "living-room" (et soudain me vient la chanson de Paris Combo du même nom, dans laquelle une faune bigarrée s'invite dans la plus grande et vivante pièce de la maison...).

Un living-room vivant à travers les âges, peuplé "de cheveux longs, de grands lits et de musique, peuplé de lumière et peuplé de fous" (j'ai le dimanche matin musical, moi !), de grands bisons, de tyrannosaures, d'Amérindiens, de colons, de peintre du dimanche, de jeunes filles en robe à ruban, de repas en famille, de blagues au salon, de deuils, de joies, de danse, de changement de papier peint...

Ici raconte donc en plan fixe la vie d'un lieu, depuis l'origine du monde, ou presque (3 000 500 000 av J-C, ça commence à faire quand même !) jusqu'à l'an 22 175, de quoi déjà bien se projeter.

Le paysage naturel tantôt noyé, tantôt boisé, laisse tardivement - en 1907 seulement ! - place à un chantier de construction. S'ensuit l'installation des occupants successifs, chaque époque amenant son décor - papier peint, peinture, mobilier -, ses tenues, ses modes de vie et ses préoccupations.

Loin toutefois de s'attacher à la chronologie chère à Jens HARDER, Richard McGUIRE s'offre et nous offre un kaléidoscope temporel : 2014 - 1957 - 1942, le rebrousse-temps des premières pages ne dure pas et un chaos apparent s'installe très vite, d'autant plus quand les époques décident de se côtoyer sur les mêmes pages : le chat noir de 1999 s'invite dans le salon de 1957, lequel se retrouve plongé dans la froide forêt de l'hiver 1623...

A chaque case son époque, à chaque espace inter-iconique son ellipse temporelle, tantôt infime tantôt infinie. Les époques ne se suivent pas mais se ressemblent par leurs échos, leurs symétries, leur rythme ou leur couleur : un geste, un mot, un regard revient d'année en année, de siècle en siècle, le peintre impressionniste se confronte à une soirée super-8, le perroquet moqueur à la biche bientôt atteinte par une flèche, la chute de 2014 à celle de 1926 ou 1852.

Quelques constantes demeurent : les carnavals, les photos de famille, les jeux d'enfants. Des élans, des pulsions, des teintes traversent parfois les âges, mais sur une échelle de temps bien courte à l'aune de celle de la Terre.

Le lieu bien plus intemporel que ceux qui le traversent

Si le passé est plus ou moins sûr, l'avenir l'est bien peu - en tout cas pour l'humanité. L'auteur se prête donc parfois à un jeu divinatoire qui détruit, engloutit, rebâtit, irradie puis fait place nette : la forêt primordiale - postordiale ? - fait son retour et nous renvoie à notre rôle de poupées figées dans une maison en carton pâte.

Un regard qui explique peut-être la rigidité des poses et des personnages - qui semblent tous dessinés d'après photos. Choix ou heureux hasard ? Les corps sont souvent aussi raides que l'intérieur domestique est froid - sans doute à cause de l'hyper-netteté informatique - mais la vie jaillit des vibrants décors naturels. C'est Ici, aussi, que se confrontent nature et culture...

Un regard qui semble faire de ce "living-room" la scène sur laquelle la vie joue et se joue, avec ses surprises et ses récurrences, ses bizarreries et ses échos. Ici et/est tout le temps, avec ou sans nous, mémoire des temps passés et à venir.

Ici c'est un peu mon bureau d'où je vous écris, chaque écran, porte, fenêtre, étagère ou livre autour de moi renvoyant à un temps, un souvenir, une image d'avant ou d'après.

Et soudain Ici se fait Maintenant, parfaite incarnation de cet insaisissable instant suspendu entre projeté et réalisé.

Un vortex de mots, d'images, de sensations que seule la bande dessinée pouvait non seulement représenter mais permettre d'approcher.

Ce qui fait de Ici, à l'instar d'Asterios Polyp ou des Sous-sols du Révolu bien plus qu'un simple livre : une expérience.

A vous d'y plonger.

Champimages plus fortes que le temps qui passe.

Ici
Ici
Ici
Ici

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