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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 10:50
L'odeur des garçons affamés*

"Il faudra que vous m'expliquiez.

Comment toute cette chimie peut-elle engendrer des images ?

_ C'est la lumière, qui crée l'image. Pas la chimie."

Oscar Forrest consulte alors sa montre, retire la plaque de son appareil photographique et se dirige vers son petit labo ambulant.

Dublin, Londres, New York et à présent le Texas. Sa belle tenue bien coupée de dandy ne le prédisposait pas à l'aventure en plein "Ouest lointain", mais voilà pourtant l'élégant photographe sur les pistes poussiéreuses des terres amérindiennes.

La Guerre de Sécession enfin terminée, il est temps pour les Etats-Unis de devenir enfin un grand Etat aux innombrables richesses enfin exploitées par des hommes capables et entreprenants. Des hommes qui, comme Stingley, portent sur le monde un regard objectif, fonctionnel, rationnel. Des hommes qui aspirent à un monde parfait et d'une efficace simplicité : celui d'hommes au services de la marche du progrès, portés par un élan pur et sans détour.

Mais l'heure est pour l'instant au recensement de ces richesses. Dans cette gigantesque entreprise, la présence d'un photographe est indispensable : enregistrer paysages, faune, flore, autochtones... pour établir la liste des priorités et des projets à venir.

Ne manque qu'un homme de terrain pour compléter l'expédition. Le jeune Milton fait bien l'affaire : assigné aux tâches logistiques et domestiques, il semble également jouir d'une ouïe fine fort bienvenue en ce pays sauvage et hostile où les hordes mustangs peuvent surgir sans prévenir.

Voilà donc l'entrepreneur, l'artiste et le fermier réunis pour un voyage des plus troublants.

Car rien n'est jamais aussi simple qu'il n'y paraît : à chacun ses secrets, ses zones d'ombre, son passé qui le suit de près. Les esprits rôdent dans leur sillage et les terres comanches sont propices à leur épanouissement. Rêves, visions, autant d'images promptes à altérer les coeurs et les plaques photographiques.

Quant aux corps... Chaleur, proximité, isolement et tensions font perler de sensuelles gouttes de sueur, qui glissent, roulent, caressent avec la douceur de l'étrange paysage au sein duquel se meut la compagnie : roches rondes comme des galbes, pics dressés comme des poings levés, failles étroites aux parois de muqueuses...

Le cadre rêvé pour permettre à Frédérik PEETERS de lâcher la bride à son style organique (déjà évoqué ici ou ) qui fait vibrer la nature à l'unisson des élans de ses personnages. Un trio qu'il anime avec un plaisir évident : l'abject Stingley, le troublant Milton, le troublé Oscar...

La généreuse pagination (plus de cent pages !) permet au dessinateur de prendre le temps, de s'offrir et nous offrir de vastes images et de donner aux paysages et aux visages toute leur place et toute leur force. Certes, les regards en coin sont parfois un peu trop appuyés, mais fallait-il attendre de la subtilité de la part d'un être comme Stingley ?

Loo Hui PHANG en a fait un parfait capitaliste, qui ne voit le monde que comme ce qu'il pourrait rapporter.

"Cette terre est riche. Nous la prendrons, nous la forerons, et nous extirperons de ses entrailles les trésors qu'elle renferme."

La métaphore sexuelle est aussi évidente que lorsque l'entrepreneur arpente les terres fesses et sexe à l'air : il est ici pour ensemencer un pays en devenir qui naîtra enfin vraiment entre ses "mains".

Aux antipodes du désir, Stingley ne peut voir d'un bon oeil l'étrange relation qui se noue entre ses deux autres compagnons.

Le désir, cet élan qui sous-tend l'ensemble de cet album. Lui qui naît de l'odeur des garçons affamés. Qui dépasse, dévore, détruit et lance sur les pistes poussiéreuses les garçons dévastés.

Riches intensions, dense contenu (la liste des sujets abordés dans l'album est extrêmement longue et brosse un portrait plutôt complet de l'époque) mais pourtant quelque chose coince. Peut-être parce qu'après avoir lu et entendu les auteurs parler de leur album, une étrange impression s'en dégage : celle d'un message à contre-pied de leurs intentions. Ils voulaient inverser les valeurs masculines et féminines mais chutent au final sur une relation étrangement conventionnelle. Pire, les visions d'Oscar pourraient presque relever d'un retour à l'ordre normal et moral.

Mauvaise interprétation de ma part, peut-être, mais le malaise demeure.

Et il ne disparaît pas à la relecture.

L'odeur des garçons affamés reste une excellente bande dessinée, portée par deux auteurs majeurs qui ont pris un plaisir évident (et palpable) à la construire en profondeur, mais son interprétation peut laisser une impression confuse et mitigée.

C'est dommage.

Champimages qui troublent.

L'odeur des garçons affamés*
L'odeur des garçons affamés*

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