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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 22:10

Voici un compte-rendu de la table ronde que j'ai eu la chance d'animer dimanche 28 août 2016 lors du Festival BD de Solliès-Ville.

Une petite photo viendra peut-être compléter le tout bientôt.

Avec : Alessandro BARBUCCI (AB) – Marco CASELLI (MC) - Daniela DI MATTEO (DDM) – Grazia LA PADULA (GLP) - Paolo SERPIERI (PS) – Eugenio SICOMORO (ES)

Comment avez-vous découvert la BD et la BD française ?

AB (né en 1973) : j'ai abordé la BD à travers les productions Disney. Dans ma jeunesse, Topolino (Le Journal de Mickey) tirait à 500 000 exempaires hebdomadaires ! A cette époque, la production Disney occupait une très grande place en Italie et, surtout, Topolino laissait une liberté graphique totale à ses auteurs. Ils pouvaient se livrer à des expériences graphiques folles : du punk, du fanzine payé par Disney !

La collection « Mickey vu par... » lancée par Glénat aujourd'hui en France arrive avec des décennies de retard par rapport à l'Italie.

Revers de la médaille : travailler pour Disney, cela signifait ne pas toucher de droits d'auteur, ne pas voir ses originaux respectés, ne pas être traité humainement... C'est pour cela que j'ai fini par en partir.

DDM (née en 1988) : j'ai suivi les cours d'une école de BD en Italie. En même temps que je développais mon style, je cherchais le milieu éditorial auquel il s'adapterait le mieux. La BD italienne me semblait davantage portée sur le réalisme que la BD française. Je me suis donc intéressée au marché français et j'ai commencé à lire des BD françaises.

PS (né en 1944) : j'ai toujours eu le désir de raconter des histoires, mais je ne savais passi ma manière de faire était la bonne en matière de BD. Je me suis rendu compte que mon style narratif et graphique était plus adapté au lectorat français.

De plus, je préfère le rapport au livre qui existe en France : en Italie, la plupart de la BD se lit dans des magazines que l'on ne garde pas alors qu'en France on la trouve dans de « vrais » livres.

ES (né ne 1952) : enfant, je ne connaissais que les séries italiennes et Superman. Puis j'ai découvert la BD française, qui correspondait mieux à mon dessin et qui était plus proche de ma passion pour le cinéma.

GLP (née en 1981) : j'ai découvert la BD française dans mon école de BD italienne. J'ai été frappée par la variété des styles graphiques et des histoires. J'ai participé au concours Jeunes Talents du Festival de BD d'Angoulême, je l'ai remporté – en 2007 -, et cela m'a permis d'entrer dans le marché français.

MC (né en 1989) : j'ai d'abord publié ma première BD, Cassandra, en Italie. Mon scénariste, Leonardo VALENTI, un auteur de télévision, vit en France. Il m'a proposé de contacter des éditeurs français et c'est ainsi que notre BD a été traduite.

Quand vous avez voulu vous lancer dans la BD, quelle formation avez-vous pu suivre ?

PS : j'ai d'abord fait de la peinture, mais j'ai toujours également beaucoup aimé le cinéma. Je cherchais donc un moyen de mélanger les deux.

J'ai commencé dans les années 1970 par des petites histoires – qui sont encore rééditées aujourd'hui. J'utilisais une technique plus proche de la peinture ou de l'illustration que de la BD et beaucoup me le reprochaient. J'ai malgré tout voulu continuer dans cette veine, une veine réaliste, mais pas photo-réaliste – et je ne me sers pas de photos comme modèles, quoi qu'on puisse en penser.

AB : j'avais pourtant vu la jeune femme ayant servi de modèle à Druuna lors d'un festival de BD à Lucca !

PS : j'ai pu m'inspirer de personnes réelles, en effet, mais je me suis également beaucoup inspiré du cinéma, et d'une actrice comme Valérie Kaprisky. En fait, Druuna est un personnage qui n'a cessé d'évoluer depuis sa création jusqu'à atteindre mon idéal féminin. Mais elle reste une personnalité sérieuse : ce n'est pas une pin-up superficielle. Elle évolue dans un univers riche et elle a une psychologie profonde.

AB : j'ai rencontré le même problème avec plusieurs de mes héroïnes à la plastique avantageuse. Il faut que le lecteur sache aller au-delà des formes.

ES : pour ma part, j'ai commencé ma formation en suivant les cours d'un lycée artistique. Je voulais apprendre le dessin et la peinture, mais je voulais également trouver un moyen de gagner ma vie. A l'époque, je pensais que cela pouvait être possible avec la BD. Les dessinateurs de l'époque travaillaient avec des collaborateurs. J'ai donc été embauché comme tel et, dans un premier temps, je réalisais des crayonnés. Puis je suis devenu auteur à part entière, avec un rapport direct et autonome avec les éditeurs. D'abord en Italie, puis en France.

En 1976, voyant qu'il y avait de moins en moins d'ateliers d'auteurs, j'ai créé la première école de BD : cela me semblait utile de proposer une manière didactique de transmettre le métier. D'ailleurs, je donne encore des cours aujourd'hui.

AB : j'ai l'impression de représenter un pont entre les deux générations présentes ici. J'ai intégré les studios Disney très tôt, très jeune. J'ai suivi quelques cours de l'Académie Disney, ceux de Giovan Battista Carpi notamment. A l'époque, il travaillait à l'adaptation des grands classiques de la littérature dans l'univers de Mickey. J'avais 19 ans, je lui montrais mes planches, il me les corrigeait. J'apprenais sur le tas. Il y avait un fossé entre mes originaux et le travail imprimé : le rendu n'avait rien à voir. Mais la pré-publication, qui imposait des délais d'impression très rapides, permettait également de se corriger très rapidement.

Je suis sceptique quant à l'utilité des écoles de BD d'aujourd'hui, car beaucoup d'auteurs y enseignent sans réelle envie. Le seul intérêt de ces structures est peut-être d'obliger les élèves à produire : c'est la seule bonne manière de progresser. Devoir produire avec des dates butoirs – comme dans la presse.

GLP : j'ai toujours aimé dessiner, depuis toute petite, mais j'ai suivi un cursus littéraire au lycée. Je ne savais pas comment je pouvais vivre de ma passion. Puis j'ai découvert l'existence des écoles de BD, où j'ai suivi des cours, tout en étudiant également le cinéma à l'université.

MC : je considère que je suis encore en formation. Je suis passé par l'Ecole des beaux-arts, puis j'ai passé trois ans dans une école de BD. J'ai réalisé ma première BD en 2012 mais je suis encore à la recherche de mon propre style.

DDM : je crois que les auteurs de BD sont avant tout tous autodidactes. J'ai pour ma part suivi les cours d'un école de BD mais j'ai également étudié les langues étrangères, car je voulais découvrir le monde. J'ai d'ailleurs réalisé ma première BD tout en continuant mes études : je voulais apprendre le français car je voulais venir travailler en France.

AB : quand des jeunes qui souhaitent devenir auteurs de BD me demandent des conseils, je leur dis avant tout d'apprendre le français !

ES : qui n'est plus une langue obligatoire aujourd'hui car tous les éditeurs parlent anglais !

Festivals, magazines, édition, librairies : comment se porte la BD en Italie aujourd'hui ?

AB : quand j'ai commencé, je faisais de la BD populaire qui avait un grand succès. W.I.T.C.H. a atteint les 500 000 exemplaires ! Le marché italien est d'abord un volumineux marché de kiosques : les lecteurs consomment des magazines à couverture souple qui ne sont pas faits pour la collection. Mais depuis le début des années 2000, ce volume a diminué. Même Disney a dû fermer des bureaux ! Le marché a beaucoup changé, comme en France.

Une BD plus franco-belge et des romans graphiques ont débarqué en Italie et ont amené une nouvelle génération d'auteurs, comme Gipi ou ZeroCalcare. Ce dernier, en mêlant roman graphique et engagement politique, touche un nouveau lectorat.

Aujourd'hui, il y a de plus en plus d'auteurs et de moins en moins de grands Studios. Les auteurs sont plus indépendants, leurs intérêts sont mieux défendus et les droits d'auteurssont meilleurs. Certains éditeurs commencent également à proposer des projets en financement participatif, mais je m'y refuse.

PS : je partage cette analyse quant à l'évolution du marché et quant aux différences entre l'édition de la BD en France et en Italie. Après, je me tiens à distance des discours critiques et du clivage qui peut exister en Italie, pays qui aime créer des élites : je préfère me concentrer sur mon travail.

ES : à la fin des années 1970 et au début des années 1980, il y avait en Italie de nombreux éditeurs et de nombreuses librairies spécialisées. Aujourd'hui, seuls deux éditeurs permettent encore aux auteurs de vivre de leur travail. Les autres sont trop petits et paient peu. La situation est très difficile. Même un phénomène comme ZeroCalcare ne va rien changer : certes, il a du succès, mais son lectorat ne lit et n'achète que lui : c'est avant tout un phénomène de mode.

La BD italienne a perdu des lecteurs car les éditeurs n'ont pas élaboré de stratégie afin de créer de nouvelles générations de lecteurs.

Quels sont vos projets actuels et à venir ?

AB : je continue à travailler sur la série Ekhö, qui m'amuse beaucoup, avec Christophe Arleston, mais j'aimerais également trouver du temps pour me consacrer à des projets plus personnels.

DDM : je suis en train de dessiner le quatrième tome des Aventuriers de la mer. Je fais aussi des recherches pour d'autres projets, toujours dans la veine fantasy mais également historique.

PS : le neuvième tome de Druuna, Ce qui reste, vient de sortir. Mon album précédent, Druuna – Anima m'a permis de me livrer à un jeu créatif pour aller à l'encontre de ce que j'avais toujours dit, à savoir que la BD était le mariage du texte et de l'image. Je me suis donc offert cet album sans dialogues et j'ai cherché à montrer quelque chose de différent. C'est pourquoi j'ai mis en scène une autre héroïne que Druuna, une femme blonde cette fois ! Mais elle n'est en fait qu'un des masques de Druuna, dont je ne peux me défaire.

ES : pour le marché italien, je viens de sortir une aventure de Dylan Dog, en couleurs. Pour le marché français, La porte du ciel, avec Pierre Makyo.

Dans les albums à venir, toujours sur un scénario de Makyo, va sortir chez Delcourt une histoire se déroulant entre l'Eypte antique et l'Egype contemporaine. Je me charge du dessin de la partie ancienne.

GLP : j'aimerais pouvoir continer à réaliser de nouveaux albums jeunesses – qui constituent l'autre partie de ma production – et je travaille également sur un projet d'histoire en un tome.

MC : je continue la série Blood Sakura, chez Asiatika. Mais cela me prend du temps car, depuis deux ans, je réalise également des storyboards pour le cinéma. Dès que possible, j'aimerais pouvoir développer un projet plus personnel à proposer en même temps en France et en Italie.

Merci à eux pour ces échanges bilingues à cinq voix, et merci à Alessandro, Daniela et Eugenio d'avoir bien voulu assurer la traduction quand il le fallait !

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