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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 11:43

Le 27 août 2016, lors de la dernière édition du Festival de BD de Solliès-Ville, j'ai eu la chance d'animer une table ronde avec BARU, président de cette 28ème édition.

Petit compte-rendu.

Vous commencez votre vie professionnelle comme professeur de sport : comment s'est fait le passage à la BD ?

B : Auteur de bande dessinée n'est pas un métier comme un autre : on ne se programme pas un plan de carrière, on « passe » à la BD. Dans un premier temps, j'ai fait de la BD pour m'amuser.

Je m'y suis mis tard, vers trente ans, en pensant que je ne savais pas dessiner. Mais une fois que j'ai décidé que c'est par la BD que j'allais dire ce que j'avais à dire, je m'y suis mis méticuleusement, étape par étape, jusqu'à trouver mon style. Certains se demandent comment je fais pour dessiner comme je dessine. En fait, je dessine comme je dessine car je ne peux pas faire autrement.

Dès mes débuts j'ai eu de la chance avec les éditeurs qui, en plus, prenaient davantage de risques à l'époque.

Je voulais prendre la parole publiquemement pour raconter la marche du monde, un peu comme ces orateurs qui montent sur des caisses dans les parcs anglais pour invectiver la foule. Et qui sont souvent agaçants mais qui peuvent parfois être aussi intéressants.

J'avais été sidéré par le génie de REISER, qui est à la BD ce que Jimmy HENDRIX est à la musique : ce qu'il faisait avait l'air tellement facile ! Donc je m'y suis mis moi aussi. Pour me rendre compte que ça ne serait pas aussi facile pour moi.

 

La musique reivent souvent dans vos bandes dessinées et jusqu'à l'affiche réalisée pour le festival. Quel est votre rapport avec elle et quel lien entretenez-vous entre elle et la BD ?

B : Ce n'est pas de la musique que je mets souvent en scène, c'est du bruit ! Car le rock 'n' roll, c'est du bruit ! Je suis tombé dedans quand j'étais petit et je ne m'en suis jamais remis. Le rock, c'est la deuxième affaire de ma vie, après ma femme, qui est la première, et la BD, qui n'arrive qu'en troisième position. Si j'avais pu faire de la musique, je n'aurais sans doute pas fait de BD, car mon penchant obsessionnel n'aurait pu s'épanouir dans deux domaines différents. On ne peut avoir qu'une obsession dans la vie.

Encore que mon penchant obsessionnel ne soit pas directement lié à la BD mais à ma volonté de m'exprimer. Cela se calme un peu avec l'âge mais quand je suis lancé sur une BD, je m'y investis à fond, entre douze et quatorze heures par jour. En écoutant du rock. Souvent le même morceau, en boucle. Une obession je vous dis !

 

Vos BD s'intéressent surtout aux « petites gens ». Pourquoi ?

B : je me mets à la BD à la fin des années 1960, alors que la BD contemporaine apparaît et rompt avec la BD traditionnelle. Elle aborde des thèmes nouveaux. J'ai découvert Tintin sur le tard : mon père, qui était plutôt à gauche, m'avait abonné à Vaillant. Pour lui, Tintin était un personnage capitaliste. Et donc quand j'ai découvert Tintin avec ma « tête d'adulte » et mon sens critique, je me suis rendu compte qu'il y avait un grand absent dans ses aventures : le peuple. Tintin incarne l'archétype du héros bourgeois pour lequel le peuple fait seulement office de décor. J'ai donc décidé de mettre ces personnages-là au premier plan. De « nous » donner le premier rôle à nous les prolos, la classe ouvrière, ma famille. J'ai voulu mettre en dessin la classe ouvrière.

 

Votre premier album complet, Quéquettes Blues (1984) , est un succès : il reçoit l'Alfred du meilleur album en langue française, à Angoulême en 1985. Comment avez-vous vécu cela ?

B : Ce succès a été une immense surprise. Guy VIDAL, qui travaillait alors chez Dargaud, ne m'avait même pas invité à participer au Festival d'Angoulême !

Le prix que Quéquettes Blues a reçu a conforté l'éditeur dans le risque qu'il avait pris à éditer cet album. Le sujet était délicat : je mettais en mots de manière assez vulgaire les préoccupations des jeunes de 16-20 ans. Genre « on ne pense qu'à ça dans le milieu industriel. »

J'avais d'abord présenté mon projet à (A Suivre). Pour bien faire, j'avais mesuré la taille d'une planche dans le magazine pour travailler à ce format-là ! Mais tout était contre moi : j'étais inconnu, je n'étais pas catholique, et mon histoire était en couleurs alors que (A Suivre) proposait des histoires en noir et blanc.

Le magazine était alors en pleine refonte. Jean-Paul MOUGIN, le rédacteur en chef, m'avait dit d'attendre que (A Suivre) passe à la couleur. Mais il ne m'a donné aucune nouvelle... Je suis alors allé voir WILLEM, à Charlie Mensuel. Mais à ce moment-là, le journal cesse de paraître. Dargaud le rachète, voit mon bouquin et le publie.

Comme je n'étais pas à Angoulême lorsque Quéquettes Blues a été primé, c'est un copain libraire à Nancy qui est venu nous annoncer la grande nouvelle. Bien sûr, personne n'y croyait ! La présentatrice télé qui annonçait le palmarès n'osait même pas dire le mot « Quéquettes ». On était coincé à l'époque !

Finalement, le problème principal de cet album n'était pas les gros mots mais davantage le personnage principal, le groupe d'adolescents. Des personnages populaires, donc vulgaires. Une catégorie de population dont on ne parlait pas en ce temps-là. Rumeurs sur le Rouergue, de Pierre CHRISTIN et Jacques TARDI, sorti en 1976, avait été une des premières BD à s'intéresser au sujet.

 

Sur vos planches, on voit des personnages qui bougent, se cognent, se castagnent : pourquoi un tel rapport au corps, au mouvement, à la violence ?

B : La représentation du corps est l'essence de la bande dessinée. Il faut que le corps, que le mouvement racontent quelque chose.

Je joue beaucoup sur les déséquilibres, qui sont l'essence de la vie ! Le seul moment où on est vraiment en équilibre, c'est quand on est à plat. Quand on est mort. Alors que la marche est une chute en avant contrôlée.

Le déséquilibre suggère la vie, le bouillonnement dans l'image fixe. Il n'y a rien de plus figé que des personnages de profil qui dialoguent.

L'exaltation du corps est l'essence de la bande dessinée. Et du rock 'n' roll. C'est une dynamique vitale. Je suis obsédé par ces questions, une obsession qui peut m'amener à écouter le même morceau pendant douze heures d'affilée !

 

Vous avez reçu le Grand Prix de Solliès-Ville en 2015. Vous avez donc dû composer l'affiche pour l'édition 2016. Comment se passe ce processus de création et d'illustration particulier ?

B : Réaliser une affiche n'a rien à voir avec la réalisation d'une bande dessinée. Une bande dessinée est une narration dans le temps, une écriture. Mes affiches préférées ne sont pas narratives : elles illustrents un instant précis, un instant qui fige un regard, un sourire, un décalage.

Lorsque je fais une affiche, je recherche la simplicité. Je suis plutôt content de celle que j'ai dessinée pour Solliès-Ville : quelque chose s'en dégage.

Je suis un maniaque du jaune, car c'est une couleur lumineuse qui fonctionne bien en aplat. Elle donne une intensité maximale au personnage qui se détache dessus et apporte la meilleure lisibilité possible à l'ensemble.

 

Vous avez connu de nombreuses formes de collaborations :

- dessinateur pour un scénariste (avec J-M THEVENET pour Les chemins de l'Amérique)

- scénariste pour un dessinateur (avec Pierre PLACE pour Le Silence de Lounès)

- « adaptateur » de romans (Pauvres Zhéros de Pierre PELOT et Canicule de Jean VAUTRIN)

- illustrateur de nouvelle (avec Jean VAUTRIN pour Monsieur Meurtre)

- co-dessinateur (avec JANO pour The Four Roses)

Comment se sont-elles déroulées ?

B : Je n'ai aucun problème pour écrire un scénario pour une autre personne. L'inverse est par contre beaucoup plus compliqué. La collaboration avec Jean-Marc THEVENET s'est mal passée. Il m'a fallu m'imposer pour pouvoir faire les choses comme je l'entendais moi.

Pour moi, le dessin prime, le scénario n'est qu'anecdotique : c'est au dessinateur d'avoir le dernier mot.

Je ne tiens pas particulièrement à être scénariste pour un autre. Quand je le suis, c'est par hasard.

Les quelques fois où j'ai pu illustrer un texte ont fait office de récréation.

L'adaptation d'un roman est beaucoup moins évidente. Il ne faut pas tomber dans le piège qui consiste à illustrer de la littérature. Il faut se réapproprier l'œuvre originale : respecter le travail du romancier et se le réapproprier. Dans les deux cas qui me concernent, je me suis prêté à l'exercice car il s'agissait de romans écrits par des amis.

 

Un mot sur vos projets en cours et à venir ?

B : Il va falloir être patient : je n'ai plus rien sorti depuis trois ans car je travaille sur un gros projet. Une sorte de troisième volet qui vient compléter deux premiers « cycles » :

- le années 60 avec Quéquettes Blues, La piscine de Micheville et Vive la classe (toutes réunies dans la très bonne intégrale Villerupt 1966)

- Les Années Spoutnik (toutes réunies dans une mauvaise intégrale !)

Ce troisième volet, Bella Ciao, m'attend depuis dix ans. Il doit aborder la question de l'intégration : quel est le prix à payer pour devenir invisible dans la société dans laquelle on débarque ? C'est le récit de soixante-dix ans d'histoire familiale pour s'intégrer jusqu'à en oublier ses racines.

On dit que les Maghrebins ne peuvent pas s'intégrer en France car ils sont trop différents, mais on disait exactement la même chose des Italiens dans les années 1920 ! L'intégration ne peut se faire que par le travail et par les mariages mixtes.

Tout cela représente pour moi un gros chantier de près de 400 pages : j'y vais donc à reculons car je sais que pour le faire aboutir, j'ai besoin d'être obsessionnel pendant trois ou quatre ans. Or, à mon âge, cela commence à me faire un peu peur !

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