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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 18:07

"Argentine, 1925.

Je savais qu'elle m'aurait.

La Pieuvre n'oublie jamais.

Les seules inconnues étaient où et comment... Eh bien voilà.

Un enfant, un flingue et c'est fini, tout s'arrête ici.

Ici, je n'appartenais plus à cette mafia. J'avais ma vie.

Eveillée, consciente.

La vie de Gustave Babel...

Et maintenant je meurs..."

La Pieuvre ? Une organisation criminelle parisienne tenue par le Nez, l'Oeil, la Bouche, l'Oreille. Gustave Babel travaillait pour elle, tuait pour elle. Car la Pieuvre sait tirer parti des Talents de ceux qu'elle emploie.

Son Talent ? Parler toutes les langues du monde. Toutes. Sans accent (sans doute, mais allez entendre, entre les pages !), instantanément, avec aisance. De quoi être un parfait passe-partout, un parfait citoyen du monde, un parfait anonyme aussi. Difficile d'exister vraiment, dans te telles conditions.

Que faisait-il en Argentine, en cette année 1925, ce polyglotte de Babel ? Il se cachait. Pour échapper à la Pieuvre, qu'il avait décidé de fuir. Pour échapper aux cauchemars qui le poursuivaient depuis 1913. Peut-être surtout pour laisser derrière lui le terrible passé qui l'avait façonné. Car on ne dispose pas d'un tel Talent impunément.

Argentine, Angleterre, France, Egypte, Allemagne... Les lieux se bousculent autant que les époques alors qu'une carte sanglante se dessine sur sa poitrine. La mort lui laisse le temps de faire le point sur les décennies qui ont changé sa vie - et lui en ont fait changer un paquet, aussi.

Une vie éparpillée comme le fut longtemps sa mémoire. Une vie soumise aux ordres, à la violence et aux cauchemars. Une vie en partie soutenue par la poésie. Baudelaire. "Quand on lit des livres sales, on fait des cauchemars." La beauté n'est décidément pas à la portée de tous. "Par-delà le soleil, par-delà les éthers / Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides."

Un envol permis et accompagné par les "morts qu'il n'a pas tués" et qui le hantent comme autant de bornes jalonnant la route vers son passé. Un fou, un enfant, un homme entre deux âges, un incendie, une noyade, un arbre dans un champ et ces pierres tombales à perte de vue...

 

Comme vous l'aurez compris, rien d'évident dans La Malédiction de Gustave Babel : le temps, l'espace, le rêve, la réalité composent un vaste puzzle dont l'agencement même relève d'une forme de poésie - graphique, narrative, elliptique.

GESS, que l'on connaissait surtout comme dessinateur (je vous en ai souvent parlé ici à travers sa magistrale Brigade Chimérique avec Serge LEHMAN - qui signe la préface) nous livre ici une histoire dense et complète qui navigue dans les mêmes eaux que La Brigade : une époque, des milieux, l'art et le fantastique, un cocktail parfaitement dosé qui nous fait voyager, nous intrigue, nous absorbe. Les nombreux allers et retours dans le temps et à travers le monde ne nuisent en rien à la lisibilité, servis par des tonalités chromatiques savamment travaillées.

On retrouve le dessin souple et parfois sauvage mis au point dans La Brigade, loin de la netteté de Carmen McCallum : parfois peu de détails, des formes toujours mouvantes - à commencer par la tentaculaire chevelure du héros - et des noirs, des noirs, tantôt profonds, tantôt charbonneux, qui soulignent aussi bien les tourments que la noirceur de l'histoire.

Au-delà de ce seul personnage dont il reconstruit la vie, GESS nous livre un univers dense, pour partie insaisissable, qui fait écho à la riche littérature policière et/ou fantastique déjà évoquée, abordée, enrichie dans La Brigade : une organisation criminelle internationale, des tueurs aux étranges Talents, des dizaines de vies croisées et entre-croisées et la richesse sans fin de l'onirisme et du vaste champ de la mémoire.

A peine ce titre refermé que nous voulons en savoir plus, découvrir d'autres vies, d'autres Talents, d'autres histoires. Que Babel ne soit qu'une porte vers mille tomes encore, comme le serait la Tour ou la nouvelle borgésienne éponymes.

Cela tombe bien : l'album est sous-titré "Un récit des contes de la Pieuvre". Ne nous reste donc plus qu'à attendre le prochain conte, en espérant que l'attente ne soit pas trop longue.

Remercions enfin les éditions Delcourt pour le magnifique écrin qu'elles ont offert à l'histoire : une couverture épaisse, soyeuse, où texte et image se découpent en relief ou en creux. Une touche de bibliophilie bien assortie à l'époque mise en scène.

Immersion totale aux côtés de la Pieuvre. Vivement la prochaine plongée.

Champimages denses qui dansent.

 

La Malédiction de Gustave Babel*
La Malédiction de Gustave Babel*
La Malédiction de Gustave Babel*

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