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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:49
Aberzen T1

« Ras-le-bol des monstres...

Assez des mauvais rêves. Je veux simplement retourner chez moi. Voir mon village, ma mine et les arbres de quand j'étais petit.

Revoir une dernière fois tous ceux que j'aime. »

Il faut le comprendre, le pauvre Hotis. Il y a quelques heures, il était encore un mineur bien tranquille. Aussi tranquille en tout cas que peut l'être un mineur qui, quand il n'est pas assailli par de terribles cauchemars la nuit, doit composer le jour avec des galeries toujours plus profondes et dangereuses.

Ne manquait plus que la visite de Cassar, le propriétaire des mines, qui entend accélérer la cadence des ouvriers.

« Cette mine appartient à ta famille mais c'est moi qui la dirige et c'est donc moi aussi qui décide pour les miroirs. L'incident est clos. »

Les précieux et fragiles miroirs qui permettent d'apporter la lumière du soleil au plus profond des galeries.

Mais à force de creuser, on peut finir par tomber sur un os.

En l'occurrence une sorte de mur taillé en plusieurs facettes lisses et jointes. De quoi attiser la curiosité.

« Cette dalle, c'est un peu comme si on trouvait une mouche volant au fond de la mer. »

Le tête à tête entre maître et contremaître se poursuit donc devant cette paroi que les mineurs finissent par décider de percer. L'étroit boyau taillé à la hâte débouche sur une immense caverne sphérique au centre de laquelle trône, sur une sorte de piton rocheux, une sorte d'œuf en pierre.

Au-dessus se balance une grosse et inquiétante grappe d'œufs bien plus palpitants.

Ceux des Krékersès, affreux insectes caparaçonnés qui peuplent les galeries les plus reculées et dépeuplent les rangs des mineurs.

Surtout ne pas faire de bruit, s'éloigner à petit pas...

Mais l'éboulement provoqué par l'arrivée des mineurs n'a pas eu la discrétion requise. Déjà les coquilles suspendues se brisent, dévoilant un liquide visqueux et surtout d'innombrables et dangereuses protubérances chitineuses. De sombres heures s'annoncent...

Pendant ce temps, ailleurs (difficile de situer plus précisément ce lieu, alors ne faites pas les fines bouches !), le vieux Janko, Ana, Ono et Aberzen enfourchent leur monture pour suivre la pyrogemme qui vient de se mettre en activité.

« Partons sauver notre sauveur. »

Le voyage est long, périlleux surtout, car le sauveur en question semble très convoité : par la silhouette féminine tout de noir cagoulée qui suit l'expédition de près.

Par les horreurs scaraboïdes (oui, oui, un nouveau mot, mais le thème des monstres permet tous les barbarismes, non mais !) qui jaillissent de terre pour le cueillir.

La vie n'est décidément de tout repos nulle part.

Si l'on peut encore parler de « vie »...

Et les monstres dans tout ça ?

Peut-être serait-il bon de préciser qu'Hotis est un ours anthropomorphe, Aberzen un... insecte aux allures de robot ?, Bachel une femme dont la cagoule cache les horreurs d'une atroce mutilation, Janko un mammifère bipède à pelage bleu... Et je vous épargne la description des Krékersès dont le charme d'arthropode n'est pas du goût de tous...

Mais quelle mouche put bien piquer Marc N'GUESSAN, surtout connu pour Petit d'homme, en duo avec CRISSE, à la fin des années 90, pour s'engager dans une œuvre aussi déroutante qu'Aberzen ?

L'élégance du dessin, très attirante, risquait d'être un argument insuffisant pour convaincre le public d'affronter un scénario d'un abord plutôt difficile : des mondes parallèles, des morts qui ne le sont pas tout à fait, le tout sur fond d'invasion séculaire de différents univers...

Deux alternatives pour le lecteur d'alors : se laisser captiver par les mystères et plonger dans la saga pour en percer les secrets, ou abandonner face à l'apparente complexité. Vous vous doutez que je fais partie de la première catégorie...

Marc N'GUESSAN maîtrise un dessin parfaitement ancré dans l'air du temps (d'alors), proche de celui de « la fabrique Delcourt » d'où sortirent GIBELIN (qui signe ici la couleur), SPRINGER, WENDLING... De belles références.

Plutôt réaliste malgré un contexte fantastique, son trait confère à ses personnages et aux monstruosités qu'ils affrontent un air de « presque aussi vrais que nature » particulièrement inquiétant. On imagine bien l'auteur ayant longuement observé de véritables animaux avant de composer sa galerie des horreurs.

Les cases sont souvent chargées en détails, les pages chargées en cases et les dialogues ne sont pas en reste : tout concourt à la densité du récit. Histoire de faire passer un maximum d'informations en un minimum de temps. Tout le contraire d'une production à l'économie.

Les couleurs sont sobres, fonctionnelles, efficaces, loin de tout effet grandiloquent ou réducteur. Au service du récit, en somme.

Les caractères des personnages sont peut-être parfois un peu archétypaux, mais ils permettent de bien les caractériser (sic). Et l'auteur semble s'être consacré à tous avec le même attachement.

Récit un peu ovni du début des années 2000, lorgnant autant du côté de la fantaisie héroïque que du fantastique et de la science-fiction, Aberzen offrit à son auteur – et à ses lecteurs – 4 tomes rythmés chargés en action et en réflexions presque philosophiques.

Preuve, s'il en fallait, que le monstre et ses avatars offrent souvent matière à réfléchir.

Aberzen occupe donc une place de choix dans notre sélection d'octobre de K-BD, et la relecture de ce tome 1 m'a donné envie de me replonger dans le cycle entier.

Un titre à bien conserver sur ses étagères, donc.

Champimages entre les mondes.

Aberzen T1

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