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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 07:19

A nous deux Paris - CouvertureAprès l'aller France-Japon présenté il y a quelques jours, voici venu le temps du retour avec A nous deux, Paris ! de Jean-Paul NISHI, toujours dans le cadre du mois des "Carnets de voyage" sur K-BD. Histoire de profiter du regard d'un Japonais sur notre beau pays - et surtout sur sa belle capitale, pour le coup.

 

2005. Jean-Paul NISHI (Taku NISHIMURA de son vrai petit nom, comme nous l'apprend le site internet de son éditeur), "un jeune Japonais fortement attiré par la France" et "passionné de BD française" débarque à Paris. Grâce à la communauté japonaise qui transite en permanence dans la capitale la plus romantique du monde, il se loge (au 6ème étage sans ascenseur), s'équipe peu à peu, et trouve un boulot "dans une épicerie japonaise du quartier de l'Opéra".

Rapidement intégré dans une ville qui compte beaucoup de Japonais mais aussi de nombreux nipponophiles et nipponophones, le jeune homme souffre malgré tout du fait qu'il ne parle pas la langue de Molière... Tout au plus un délicat "Bonnejouuru !" pour accueillir les clients de l'épicerie, ou un "mademwazelu" pour se moquer des convenances hexagonales.

 

Loin de s'apitoyer sur son sort, toutefois, Jean-Paul met avant tout cette barrière de la langue au service du compte-rendu d'anecdotes plutôt drôles pointant aussi bien les travers français que japonais.

 

Bien sûr, il ouvre son livre par une double page recensant ce que Paris lui a réservé de pire : les mendiants oppressants, les arrestations musclées (et au faciès), les voleurs à la tire, les manifestants... (vive la France !) Mais très vite il ne peut s'empêcher de lâcher un "Ca, c'est Paris !" admiratif devant une vue typique de la capitale : bâtiments hausmanniens, brasserie élégante, population bigarrée.

 

La suite consiste en une série d'histoires courtes (voire très courtes !) mettant alternativement en scène certaines personnalités que l'auteur a rencontrées et des situations particulières dues au décalage entre les deux cultures.

 

Au rayon des rencontres, on peut trouver environ quatre catégories :


- les collègues de l'épicerie, qui pratiquent tous plus ou moins le japonais (même quand ils ne sont pas japonais !) qu'ils soient malgaches ou marocains. La petite boutique est l'occasion pour l'auteur de comparer le monde du travail français, qu'il juge plus détendu et respectueux du droit (mais le travail est fait quand même) avec le monde du travail japonais plus rigide et apparemment plus contraignant. On croise également dans ce commerce les Français les plus extrêmes en matière de "mode de vie à l'extrême-orientale", qui demandent des produits qui n'existent pas (la sauce soja sucrée, par exemple !) ou qui ne savent pas prononcer "wasabi" correctement (moi-même, je ne l'ai appris qu'hier...).

 

- les amis et copains français, japonais ou étrangers rencontrés au gré des fêtes entre expatriés, des réseaux de connaissances... Là encore, un bon nombre de clichés y passent (l'Italien est beau comme une gravure de mode et irrésistible, la Japonaise travaillant dans le milieu de la mode veut mettre la main sur un "bon parti" local respectant des critères très pointus, le dandy parisien est homo...), mais ils sont toujours mis en scène avec humour, sans trop enfoncer le clou, et surtout sans épargner personne. Ces rencontres sont souvent pour l'auteur l'occasion d'essayer d'approfondir sa connaissance de la culture française, de la langue ("Il y a trop de mouvements de bouche par rapport au japonais !") à la pratique si particulière de la bise ("En japonais, on a plein de noms de poissons, en français plein de noms de baisers").

 

- ce point nous amène à la troisième catégorie : les Françaises ! Après avoir été la cible exclusive de "vieilles nymphomanes", NISHI finit, au terme d'un véritable marathon, par obtenir un rendez-vous avec une jeune dessinatrice ! "L'apogée de ma vie en France !" Mais la route est encore longue...

 

- reste le groupe de tous les gens qu'il croise, observe, dessine au quotidien, que ce soit au parc, dans la rue, dans le métro... D'abord timide, l'auteur finit par ne plus se cacher lorsqu'il remplit ses carnets de croquis. Fasciné par les cheveux, les tenues vestimentaires (il nous offre une pleine page sur les décolletés français !), les petites habitudes, il ne manque aucune situation, aucun détail. Dans ces moments, d'ailleurs, son dessin se fait plus élégant, plus précis, moins caricatural.

 

En effet, le moins que l'on puisse dire, c'est que le mangaka a adopté un style rapide, dépouillé et efficace pour la plupart des cases : proportions relevant du registre humoristique (la tête d'un personnage mesure environ 1/3 de son corps), expressions du visage souvent exagérées, déformations régulières appuyées par des effets de lumière ou des lignes cinétiques... Tout le vocabulaire classique du manga est utilisé.

Toutefois, les têtes de chapitres, sans doute réalisées au pinceau, montrent une réelle virtuosité de la part du dessinateur, une élégance que l'on pourrait presque qualifier de franco-belge (sans aucun chauvinisme, bien sûr !)

 

Au final, NISHI retient surtout le décalage permanent qui semble se dégager de la capitale française - et de ses habitants - le pire côtoyant en permanence le meilleur. En cela, on pourrait dire que A nous deux, Paris ! est la parfaite illustration du Syndrome de Paris dont sont victimes chaque année des centaines de Japonais (et surtout de Japonaises, il me semble) lorsqu'elles constatent que l'image romantique et idéalisée de la France qu'elles ont construite à travers les romans et les manga (comme La Rose de Versaille, par exemple, malgré les siècles d'intervalle !) est bien loin de la réalité (plus grise et plus complexe) de la ville de leurs rêves.

 

Notons enfin le beau travail éditorial des Editions Philippe Picquier, qui continuent de défricher les innombrables voies entre la France et le Japon (on leur doit déjà les deux ouvrages de Florent CHAVOUET), et le blog de la journaliste Karyn NISHIMURA-POUPEE, sur lequel on peut retrouver les dessins de J-Paul NISHI, son... mari. Comme quoi sa quête amoureuse a fini par aboutir !

 

Champimages en voyage

 

A nous deux Paris - Extrait 0

 

A nous deux Paris - Extrait 1

 

A nous deux Paris - Extrait 2

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