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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 07:48

Blast 2 - CouvertureAlors que le tome 3 de Blast n'est sorti que depuis quelques jours (bon, ok, semaines), il était plus que temps de revenir sur le tome 2, L'apocalypse selon saint Jacky.

 

Rapide retour vers le premier tome pour y voir plus clair dans une série des plus sombres : Polza Mancini, obèse, marginal, vagabond, doit rendre des comptes à la police. On ne sait pourquoi qu'au compte-goutte. Ca a un rapport avec une certaine Carole Oudinot. Pour laquelle on craint le pire.

 

Mais l'animal est borné, renfrogné, à la fois sur la défensive et dans la douleur la plus profonde. Alors il ne faut pas le brusquer, il faut l'écouter et, si besoin, se plier à certains de ses désirs. Au risque parfois, pour les inspecteurs, de perdre leur sang-froid.

 

Voilà donc les enquêteurs bien obligés d'entendre tous les détails de sa longue errance, sa longue déchéance à leurs yeux, par une sorte de retour à la terre (ah ah), à une certaine animalité, voire à un état primal pour beaucoup inaccessible mais que Polza recherche. Et subit.

Le Blast.

 

Polza est peut-être un monstre, mais il souffre, sous les coups que le monde lui porte en permanence. Alors il lutte comme il peut, vacillant, monolithique, s'infligeant des violences plus dures que celles que les hommes lui infligent. Plus dures que les jets de pierre, la maladie de son père, le mercure dans une rivière...

Accidents, effractions, automutilations ponctuent sa jeunesse et sa vie, marquant son cuir et son esprit aussi sûrement que celui d'un pachyderme, nouvelle figure symbolique qui fait son apparition dans son ciel délirant, aux côtés des colosses Moai de l'île de Pâques.

 

Fatalement, de fuite en extrême, Polza finit par croiser la route de saint Jacky, dealer violent, marginal et bibliophile. Après un premier contact des plus houleux, le revendeur de folie et d'oubli lui ouvre les portes de son antre et de son commerce. Il lui permet ainsi de renouer avec les mots, l'esprit. Et de découvrir, le temps d'une brève nuit, le monde de la musique qui fait vibrer et qui transporte.

"La douceur des premiers instants m'étonna. Deux guitaristes menaient une conversatin, ondoyante et légère. (...) Puis l'univers devint un mur de son... Vertical, infranchissable... Cyclopéen."

 

Polza n'est pas au bout de ses errances, de ses douleurs, de ses expériences. Plus il avance et plus il souffre, plus il ouvre les portes de son passé qui saigne. Difficile de faire autrement pour les policiers que d'attendre, d'entendre, jusqu'à savoir. Mais le corps dysproportionné du suspect est à l'image de tout ce qu'il a encaissé : bien plus que n'importe qui d'autre aurait pu supporter.

Physique hors du commun, vie hors du commun, folie hors du commun aussi sans doute, entre violence et poésie.

La route dans la vie et l'esprit de Mancini est encore longue.

 

Une nouvelle fois,  Manu LARCENET a plongé ses plumes et pinceaux dans le noir de la nuit et de la cendre.

Le trait est un peu moins charbonneux que dans le tome 1, mais laisse rarement aux cases et aux lecteurs les nécessaires espaces de respiration : l'image suffoque, étouffée par le trop plein qui piège et pousse le héros. Les rares moments de pause basculent dans la couleur de mauvais souvenirs ou du Blast qui annonce l'apocalypse.

La dense pagination permet à l'auteur d'insérer dans son récit de grandes illustrations pleine page toujours aussi fortes : ciel chargé, pierre millénaire, peau parcheminée... La matière dans laquelle est taillée Mancini transpire à travers l'image.

Sa rencontre avec saint Jacky fait partie des légendaires duels au sommet : deux figures, deux plaies, deux rocs dont le contact ne peut que provoquer des étincelles à même d'allumer toutes les mèches de la fin du monde. Deux êtres du bas-côté dont les propos choquants évoquent aussi la vie, son essence, son but. Philosophie de chemin de traverse qui restera dans la gorge de plus d'un. Une fois qu'on a goûté au Blast, à l'apocalpyse, à l'absolu, la vie des autres a-t-elle encore de l'importance ?

 

Moins surprenant que le tome précédent (toutefois, si la surprise graphique est passée, le plaisir demeure !), Blast T2 continue de creuser au plus profond de la vie de son héros cabossé (doux euphémisme). Cette plongée nécessaire pour reconstituer peu à peu le fil des derniers événements auxquels il a été mêlé s'apparente à une plongée aux enfers : on ne peut pas dire que Mancini ait été gâté.

Difficile de reconnaître qu'il a décidé de faire face de la meilleur manière possible - si tant est qu'il y en ait une ... - mais la voie qu'il a empruntée, complexe, douloureuse, tourmentée, en fait une excellente matière pour ce récit intimiste et rugueux dans lequel, sans doute, affleurent bon nombre de souvenirs de l'auteur.

 

Cela fait bien longtemps que LARCENET a prouvé qu'il était un des plus grands auteurs de BD français du moment. Chaque tome de Blast le prouve. Vivement la lecture du troisième opus.

 

Champimages qui sombrent.

 

Blast 2 - Extrait 1

 

Blast 2 - Extrait 2

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