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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 08:36

Blue - Couverture 1"La mer immense et le ciel au-dessus, nos uniformes, notre enthousiasme malhabile d'adolescentes...

 

Si je devais donner une couleur à toutes ces choses du passé, je choisirais un bleu profond."

 

Etrange titre et étrange introduction pour un manga où seuls coexistent le blanc - écrasant - le noir - profond - et de rares gris inertes.

Et pourtant, tout est là : le ciel écrasant, la mer profonde, et la froide maladresse.

 

Dans ce lycée pour filles de province, la mer n'est accessible que pour ceux qui connaissent le petit raccourci vers le rivage - sinon, elle n'est qu'un rêve lointain. Le ciel est bien souvent absent des couloirs et salles de classes qui rongent tout le paysage des lycéennes, et les uniformes masquent à grand peine les différences tapies sous les noires chevelures des adolescentes en errance.

 

L'année de terminale, cruciale dans un système scolaire élitiste et harassant, se voit bouleversée par le retour d'Endô Masami, célèbre pour avoir été renvoyée l'année précédente. Son arrivée perturbe tout particulièrement Kirishima Kayako, qui se coupe peu à peu de ses amis, intriguée puis fascinée par la nouvelle venue. Poussée vers elle par une force qui la dépasse. Le trouble amoureux, tel un lent ressac, s'installe.

 

Mais que sait-elle de cette fille dont la vie semble avoir déjà été bien remplie, bien marquée, et comment lui dire ce qu'elle ressent alors que l'admiration la glace et la retient ?

Commence la douloureuse valse des sentiments, tandis que les garçons - peu souvent à l'image - font de régulières et perturbantes apparitions.

 

Qu'elles font mal, les amour adolescentes...Blue - Couverture 2

 

Kiriko NANANAN s'est très tôt - dès ses premiers travaux dans la revue d'avant-garde Garo, en 1993 - intéressée aux personnages féminins et aux histoires mettant en scène des sentiments puissants et souvent retenus. Blue, une de ses premières histoires longues, porte en germe toutes les pistes que la mangaka explorera au fil des titres : des visages figés et froids, des corps et des mains particulièrement expressifs, et un sens du découpage mettant le blanc, la case vide ou l'espace nu à l'honneur (des procédés qu'elle développera davantage dans  Rouge Bonbon, par exemple).

Autant de transpositions graphiques de la rigidité que la socité japonaise impose à sa jeunesse, l'enfermant dans le silence, la retenue, la frustration - avec les dérives que cela peut entraîner, de la frénésie (les otaku) à l'enfermement (les hikkikomori) en passant par le harcèlement physique (le ijime) ou le suicide (qui n'a toutefois pas plus la cote là-bas qu'en France, comme quoi...).

 

Si les visages souvent monolithiques - et parfois difficiles à distinguer les uns des autres - se dessinent comme des masques jetés à la face des cases et des lecteurs, les détails, notamment les cheveux et les mains, insufflent par petites touches et en élégants ballets une exquise ou douloureuse sensibilité : douceur d'une caresse, douleur d'un mouvement retenu, élégance des poignets délicatement effleurés...

 

Dans cette univers de la blancheur immaculée et étouffante, seuls les chevelures et les uniforments apportent un contre-point sombre, par des noirs profonds ou des gris apathiques. Ainsi que les tableaux noirs - gris, en fait, pour le coup - d'où émergent les professeurs et leurs formules cassantes.

Pas de répit pour les lycéennes.

 

Ce graphisme épuré permet à NANANAN de mettre en valeur la force des sentiments qui animent ses protagonistes : reproches face à la trahison, élans provoqués par l'amour, douleur et silence du secret... Autant d'ingrédients qui pourraient laisser craindre la pire histoire à l'eau de rose mais qui, portés par une grande sensibilité et une délicate sensualité, dessinent ici une belle histoire.

 

Peu d'espoirs chez NANANAN, avec à l'arrivée surtout de la résignation, des départs, la victoire du poids de la tradition. Comment imaginer un avenir si noir derrière des cases si blanches ?

 

Le noir du désespoir se teinte ici du bleu immense du ciel et de la mer, mais surtout de celui de la froideur des visages et de la profondeur des sentiments. L'auteure sait, à travers les noirs et les blancs, laisser transparaître la couleur. Magistral.

 

Bonne entrée dans l'univers de la mangaka, Blue, poétique, au plus près des corps et des coeurs tourmentés, aurait pu bénéficier d'une traduction dans le sens de lecture original. Dommage.

Que cela ne vous empêche pas de vous glisser entre ces pages, entre ces cases où les nuques et les visages tournés composent un drame intimiste dans lequel la suggestion et la subtilité sont au premier plan.

Loin des clichés et des visages outranciers de bien des héros de manga.

 

Une approche graphique et scénaristique résolument originale.

 

Champimages presque abstraites, suspendues.

 

Blue - Extrait 1

 

Blue - Extrait 2

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