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  • : La Tanière du Champi
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 07:03

Dans le terrier du lapin blancCela faisait un moment que je ne vous avais pas parlé littérature. Il a fallu que le prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA s'en mêle pour que je me remette en selle, à dos de ... lapin, excusez du peu.

 

"Certaines personnes disent que je suis un garçon précoce. Surtout parce qu'elles croient que je suis trop petit pour savoir les mots difficiles. Mais j'en sais plusieurs, par exemple : sordide, néfaste, impeccable, pathétique et foudroyant. En réalité il n'y a pas beucoup d'adultes qui disent que je suis un garçon précoce. Le problème, c'est que je n'en connais pas beaucoup, au maximum treize ou quatorze, dont quatre disent que je suis un garçon précoce, ou que je fais plus grand que mon âge. Ou au contraire, que je suis trop petit pour ce genre de choses. Ou, au contraire du contraire, que je suis un nain. Mais je ne pense pas être un garçon précoce. A vrai dire, j'ai un truc, comme les magiciens, qui sortent des lapins de leur chapeau, sauf que je sors des mots du dictionnaire."

 

Ainsi se définit le petit Tochtli, élevé par son père aux mains pleines de bagues et son précepteur à la tête pleine d'idées bizarres, dans une grande maison au coeur d'une grande forêt quelque part en Amérique latine.

 

"En tout cas, si je suis sûr d'une chose, c'est d'être un mec. Par exemple : je ne passe pas mon temps à pleurer, sous prétexte que je n'ai pas de maman."

 

Rares sont les touches féminines dans l'univers du petit garçon : elles se limitent à Itzpapalotl, la servante du "palais", et Quecholli, aux longues jambes, au regard silencieux, et aux visites répétées, souvent pour s'isoler avec Mitzli, comme l'appelle son fils.

 

Seul enfant à des lieues à la ronde, Tochtli a beaucoup de temps pour lui et pour l'ennui, mais cela lui permet de se consacrer à certaines de ses passions : les chapeaux (il en a toujours un sur la tête), le Japon (dont Mazatzin lui parle souvent pendant les leçons), et les animaux (l'immense jardin abrite une vaste ménagerie), plus particulièrement les hippopotames nains du Libéria ("Je l'ai marqué sur la liste des choses que je veux"). Chacun ses hobbies.

 

D'autant plus nécessaires pour ce petite garçon dans ce grand palais que la violence le cerne souvent, et qu'il a beau être un "vrai mec", ce n'est pas tous les jours faciles à endurer.

"En comptant les morts, je connais plus de treize ou quatorze personnes. Au moins dix-sept, et même plus. Une bonne vingtaine. Mais les morts ne comptent pas, parce qu'ils ne sont pas des personnes, les morts sont des cadavres."

 

Dans le terrier du lapin blanc nous entraîne sur les pas d'un jeune garçon pris dans un monde d'adultes et de tensions qui le dépasse, qui l'attire, et qui lui a surtout façonné un étrange regard sur les hommes et les événements : curiosité, détachement, étrangeté.

Pas pour son goût pour les chapeaux ou son intérêt pour les hippopotames nains du Libéria, mais pour ses mots et phrases décalés par l'intermédiaires desquels il rend compte des rencontres, des propos, des images qui s'immiscent dans son palais et lui donnent à imaginer le monde extérieur.

 

Enfant bulle à l'imagination débordante, Tochtli ne voit et ne comprend rien comme nous : par ses yeux, par ses mots, Juan Pablo VILLALOBOS nous offre un point de vue décalé sur le monde, porté par un style direct, imagé, fort, et drôle.

Capable de nous faire sourire en évoquant des cadavres ou de sordides trafics, de nous faire voyager par l'amalgame des pensées souvent chaotiques de son petit héros.

 

"Je connais beaucoup de muets, trois. Parfois, quand je leur adresse la parole, on dirait qu'ils vont parler et ils ouvrent la bouche. Mais ils restent silencieux. Les muets sont mystérieux et énigmatiques. Le problème, c'est qu'à cause de leur silence ils ne peuvent pas donner d'explications. Mazatzin pense le contraire : il dit que le silence apprend un tas de choses. Mais ça, se sont des idées de l'empire du Japon, qu'il aime beaucoup. A mon avis, le truc le plus énigmatique et mystérieux du monde, c'est un muet japonais."

 

Grâce à son étrange personnage, l'auteur nous livre un conte presque philosophique sur les terribles conséquences que peut avoir la folie d'un homme, des hommes.

Le terrier est un peu en chacun d'entre nous. Le tout est de savoir quand, et surtout comment, le lapin blanc finira par en sortir.

 

Champittérature.

 



 


 


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