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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 06:53

DMZ T1 - CouvertureCela faisait un moment que DMZ me faisait de l'oeil, insidieusement, me tentant d'un "lis-moi" rappelant les plus belles étiquettes des bouteilles et gâteaux d'Alice au pays des merveilles.

 

Il m'aura toutefois fallu l'impulsion de  K-BD pour franchir le pas - rien ne vaut parfois une certaine forme de contrainte en guise de motivation pour faire ce que l'on avait jusque-là patiemment et méthodiquement repoussé !

 

Plongeons ensemble au coeur de Manhattan...

Notre hélico, affrété par l'armée, se faufile avec prudence entre les quelques gratte-ciel encore debout.

Le sol, jonché de ferraille, de détritus, de gravas, de corps, parfois, évoque une inquiétante jungle urbaine.

Méfiance et prudence étaient justifiées, mais trop tard...

La roquette va bien trop vite... et l'appareil s'écrase avec fracas.

Exit le brillant lauréat du Pulitzer censé effectuer une série de reportages pour la chaîne Liberty News.

Exit les militaires surarmés et surentraînés issus des rangs de l'armée étasunienne.

Ne reste que le pauve Matty Roth, insignifiant stagiaire que le destin - ou la chance, ou le hasard, ou un effet scénaristique - place au coeur de la DMZ... Cette DeMilitarizedZone qui sert de tampon entre deux nations en guerre...

 

A l'Est, les forces régulières de l'Armée étasunienne, donc.

A l'Ouest, du nouveau : les Etats libres.

Car une nouvelle guerre de Sécession a lieu, depuis cinq ans. Guerre atroce et fratricide - forcément - qui a fait de Manhattan son terrain de mort. Le nouveau cessez-le-feu semblait tenir bon, et l'info semblait enfin pouvoir se creuser un passage entre les bombes et les fusillades.

Mais non...

A moins que le stagiaire, encore maigrement relié à la civilisation, et disposant de matériel lui permettant de capter sons et images inédits, ne se décide à plonger au coeur du chaos pour en faire jaillir la vérité.

Que ce soit par conviction ou pour les jolis yeux de Zee, l'hirsute médecin qui lui sauve la vie, Matty Roth reste.

Pour faire taire les rumeurs qui vont bon train sur ce no man's land où errent et survivent encore plusieurs centaines de milliers de personnes.

Pour mettre en images les horreurs d'une guerre qui, comme toujours, frappe aveuglément et sans retenue.

Pour montrer les espoirs, les abominations, les folies qui germent et grouillent sur cette immense friche urbaine qu'est devenu Manhattan.

 

"Il n'y a que dalle de sécurité dans cette ville, à part ce que les gens du coin ont mis sur pied. Les règles changent d'un bloc à l'autre, d'un quartier à l'autre. Ne sois sûr de rien. Car tout ce que tu as entendu est vrai."

 

Seul rempart contre le chaos : le badge de journaliste que Matty arbore ostensiblement. Véritable gilet pare-balle, il lui offre également, peu à peu, la confiance de tous les meurtris qui voient en lui une possible issue.

La vérité pourrait-elle faire taire les armes ?

 

 Brian WOOD a fait de Manhattan un immense terrain de jeu scénaristique. Il s'en donne à coeur joie pour imaginer les pires ou les plus inattendues évolutions de chaque quartier, de la plus totale désolation à l'espoir le plus inespéré. Moteur de ces errances : l'humain, toujours plus fort ou plus fou qu'on ne le croit, repoussant toujours plus loin les limites des possibilités et de la santé mentale. Il arrose tout cela d'une forte dose de cynisme et de critique politique, médias et armée jouant un désolant pas de deux. Propagande et violence aveugle se disputent cette DMZ, creuset de tous les travers d'une société au bord de la rupture.

 

 Riccardo BURCHIELLI met au service de cette histoire une trait classique et efficace qui fait la part belle aux paysages apocalyptiques et aux personnages atypiques : gueules ravagées par la guerre ou par un caractère bien trempé, les personnes que Matty croisent portent dans leur chair les marques de ce conflit terrible pour les corps et les esprits. BURCHIELLI sait mettre en scène l'horreur sans complaisance ni voyeurisme, et orchestre la violence avec une effrayante rigueur. Lorsque le jeune photographe prend un peu de distance, à travers ses photos, le trait se fait plus charbonneux, plus flou, renforçant le trouble qui nous gagne au fur et à mesure que se dévoilent les horreurs de cette guerre intérieure.

 

Certes, le dessin est parfois maladroit ou chancelant. Certes, certaines situations manquent un peu d'intérêt ou d'intensité. Mais DMZ reste du comics bien trempé. Les dialogues n'y sont pas aussi fulgurants que dans  Transmetropolitan, et Matty Roth est bien plus effacé que Spider Jerusalem - difficile d'en être autrement !! -, mais DMZ offre une intéressante vision du journalisme de terrain, avec les dangers que cela comporte, mais aussi les portes que cela permet d'ouvrir.

Plonger au coeur du chaos pour y découvrir vérité et humanité.

Inquiétant mais peut-être incontournable programme.

 

Mettre la guerre en images pour mettre fin à la guerre ?

Ou simplement montrer que l'humain s'adapte à tout, pour le meilleur comme pour le pire ?

 

Champimages choc

 

 

DMZ T1 - Extrait

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