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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:09

Gringos Locos - Couverture"1948, quelque part au Nouveau Mexique..." Un sol rouge, un cactus, des rochers majestueux à l'arrière-plan, le tout dessiné avec une ligne assez claire : aucun doute, nous sommes dans une nouvelle aventure de Lucky Luke.

Mais que fait cette voiture dans le décor ? Fumante, de surcroît ?

Et qui sont ces trois gars assis en train de dessiner et peindre ?

Rien moins que Joseph GILLAIN, André FRANQUIN et MORRIS (Maurice de BEVERE pour les intimes). Ah, MORRIS. Je me disais bien qu'il y avait du Lucky Luke dans l'air, tout de même !

 

Le grand public le sait peu - moi-même, je ne l'ai appris qu'hier, comme dirait GOTLIB - mais les trois auteurs partirent ensemble battre la poussière étasunienne lors d'une mémorable et exotique épopée. Crayon et bonne humeur au vent, le trio, accompagné d'Annie, la femme de Joseph, et de leurs quatre enfants, découvre le Grand Canyon, San Diego, et le Mexique, où ils s'installent un temps, profitant des joies de l'aguardiente et du pulque, entre autres.

 

Car ces hommes sont certes dessinateurs de talent mais aussi bons vivants. Avec chacun une facette qui vient compléter le portrait de cette hydre tricéphale : GILLAIN est un boulimique touche-à-tout, FRANQUIN un rêveur romantique, et MORRIS une pile électrique.

Quelques moments oniriques nous dévoilent certaines de leurs angoisses, quelques moments euphoriques leur permettent de s'en donner à coeur joie, et quelques passages presque documentaires semblent dévoiler la légende en train de se faire : FRANQUIN jetant les premiers traits du Gaston à venir, GILLAIN hésitant à reprendre le Spirou qu'il avait confié à FRANQUIN en 1946.

 

Et c'est là, entre réalité et légende (ou fiction), que le bât blesse pour les enfants de GILLAIN : ces derniers ont retardé la parution de Gringos Locos de plusieurs mois car ils considéraient que la mémoire de leur père, leur mère, et leurs amis, n'était pas respectée.

D'où un dossier de plusieurs pages en fin d'album, apportant le point de vue (souvent contradictoire) de Benoît GILLAIN.

De son côté, YANN, le scénariste - connu pour ses partis-pris souvent tranchés et non-consensuels - a pu répondre aux reproches qu'on lui fait à travers des réponses en fin d'album et deux longues interviews dans Casemate.

 

Je n'entrerai pour ma part pas dans la polémique, et bien qu'une petite feuille volante, à l'ouverture du livre, nous rappelle que "l'album que vous tenez entre les mains n'est pas un documentaire scientifique", je me contenterai de garder à l'esprit que Gringos Locos est avant tout une oeuvre de fiction, fiction qui s'appuie toutefois sans aucun doute sur bon nombre de faits réels et avérés par les auteurs eux-mêmes, que YANN a longtemps côtoyés.

Qu'il ait parfois regroupé certaines anecdotes pour entretenir le rythme du récit est compréhensible. Qu'il ait cherché à nuir à la mémoire des trois auteurs serait en revanche étonnant quand on connaît le respect et l'admiration qu'il leur voue, et quand on constate la tendresse avec laquelle il les met en scène.

 

Graphiquement, Olivier SCHWARTZ nous offre une ligne claire et dynamique descendant en droite ligne de l'école de Marcinelle. Son style est dynamique, loin d'être vieillot, et confère à ses personnages la large palette d'expressions et de mouvements nécessaires au traitement parfois burlesque de leur histoire.

Mais lui aussi respecte et rend hommage aux trois auteurs, et l'on sent bien, derrière chaque trait, tous les albums de Lucky Luke, Spirou ou Gaston lus dès son plus jeune.

Les décors sont efficaces, fourmillant parfois de petites scènes vivantes, et la couleur de Fabien ALQUIER fait la part belle aux différentes lumières.

 

Auteurs mythiques, GILLAIN, FRANQUIN et MORRIS ont bercé notre enfance - en tout cas la mienne ! - grâce à leur talent et leurs héros vivants et attachants.

Avec Gringos Locos, YANN et SCHWARTZ ont réussi le pari de donner à ces hommes les mêmes qualités que leurs créatures de papier.

Loin d'écorner leur mémoire, ils leur ont rendu un hommage graphique, scénaristique, et profondément humain, dont les trois auteurs seraient sans doute fiers.

 

Champimages qui se souviennent en souriant.

 

Gringos Locos - Extrait 0

 

Gringos Locos - Extrait 1

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