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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 10:18

Habibi - CouvertureHabibi. "Mon bien-aimé".

Un mot comme une respiration, qui monte et qui descend, sans fin.

Comme la crête des vagues.

Comme la ligne des dunes.

Quand l'eau et le sable ne font plus qu'un, éléments primordiaux et terminaux qui donnent et reprennent les vies en un cycle inlassable.

 

Habibi. L'amour où tout commence et tout finit. D'où tout jaillit. Où tout s'engloutit.

 

Habibi. Comme si tout était déjà écrit, se rejouait encore et encore, comme l'écume sur la mer, le vent sur le sable, l'amour à travers les âges, à travers les histoires.

 

Plume trempée dans l'encre des contes et des religions, Dodola, petite brune aux yeux de nuit, trame et détrame son histoire sans repères, son errance infinie commencée dès l'enfance, entre deux enfermements.

Serrant très fort le petit Zam - le porteur d'eau, de vie, d'espoir - elle raconte et se souvient ses vies vécues, à vivre, ses vies en échos avec celles qui l'ont précédée, femmes qui ont fait l'Histoire et les histoires, Bilqis, Marie, Shérazade.

Entremêlant légendes éternelles et réalité cruelle, Dodola transcende désert, prison, harem, bidonvilles, portée par le verbe, les mots, les contes.


"De la plume divine tomba la première goutte d'encre."

 

De même que l'eau fait jaillir la vie du sol, l'encre anime le blanc de la page.

Elle bouge, se tord, s'anime, et rampe en lignes et lettres qui font que rien ne sera plus jamais comme avant.

 

De cette encre Craig THOMPSON, s'incrivant dans la tradition millénaire des conteurs, a fait naître une histoire magnifique et intemporelle. Puisant dans la source sans fin des contes et légendes orientales, des trois religions du Livre, et de siècles d'interprétations symboliques, il fait de la vie de son héroïne le miroir aux échos de mille vies, mille destins.

Appuyant parfois un peu trop le parallèles, les métaphores, il tisse, de Noé ou Salomon à nos jours, la matière primordiale de son récit de vie.

Dodola et les siens semblent rejouer à leur échelle, à leur époque, les grands déchirements ou les grandes envolées des histoires originelles.

Cette intemporalité est renforcée par l'étrangeté qui se dégage des décors, des ambiances, des lieux choisis : d'un village perdu à une mégalopole inattendue, d'une pratique artisinale ancestrale à un immense barrage, d'un désert vierge à des décharges sans fin, Craig THOMPSON nous perd et nous montre combien toutes les époques peuvent cohabiter, sans que jamais la cohérence n'en pâtisse : le temps des bergers cohabite avec celui des voitures de luxe, les soldats du sultan, portant longues robes et hallebardes, sillonnent les rues entre les jeans et quads.

 

Et pourtant tout se tient.

Le temps du récit réunit tous les temps, le conte est plus fort que le monde.

Victoire.

 

Pour brosser cette vie décousue dont il essaie de retrouver la trame logique et géométrique, il s'est appuyé sur le carré magique, sur les symboles qui lient l'écriture aux mathématiques, donc à l'univers, et il a patiemment bâti son oeuvre sur les correspondances, les interprétations, les polysémies, enrichissant chaque image, chaque histoire.

Une expérience d'écriture qui n'aurait sans doute pas été permise sans l'entremise de son trait graphique caractéristique - souvenons-nous de Blankets - qui change les mots en image et les images en alphabets secrets, et sans l'usage de la calligraphie arabe.

A l'instar des "alphabets" chinois ou japonais, les lettres arabes, graphiques et élégantes, portent encore en elles la trace des images dont elles sont nées. Déformables à souhait - dans la longue tradition calligraphique - elles portent autant du son et du sens que de la ligne, de la forme. Chaque lettre se fait ligne, chaque mot se fait visage, paysage, voyage, et la crête des vagues ou la pluie qui tombe se changent en poèmes, en sourates, en citations.

 

De même qu'il fusionne époques et cultures, Craig THOMPSON brode mots et images en un entre deux puissant aux sens décuplés. Les contenus des cases s'en trouvent bouleversés, mais les mises en page aussi, à la manière d'un Will EISNER ou d'un Sergio TOPPI - lisez son Sharaz De pour vous en convaincre.

C'est l'essence même du dessin, de l'écriture, et parfois de la bande dessinée, qui s'en trouve modifiée, rafraîchie à ces innombrables et prestigieuses sources.

 

Près de 700 pages en noir et blanc pourraient rebuter plus d'un lecteur. Il n'en fallait pourtant pas moins pour brosser avec une telle précision, un tel écho, un tel souffle, la vie de Dodola, mère de toutes les vies, de tous les amours, visage et corps de toutes les histoires.

A la croisée des images et des mots, Habibi remet le souffle et l'histoire au coeur de nos préoccupations.

 

"Au commencement était le Verbe", et rien ne sera jamais plus pareil.

Tournez les pages.

Lentement.

Et écoutez.

La lente respiration du livre.

La lente respiration du monde.

Malgré la sécheresse, les détritus, les injustices, le désespoir.

Le mot et les histoires comme salut.

 

C'est déjà ça.

 

Champimagesenmots

 

Habibi - Extrait 3

Habibi - Extrait 1

Habibi - Extrait 2

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commentaires

Mo' 02/02/2012 18:29


héhé

Champi 05/02/2012 17:33







Mo' 01/02/2012 18:54


Oui, j'en reste sans voix ! Quelle chronique !!

Champi 02/02/2012 08:07



Ben voilà, c'est fait, je rougis :



gouttebel 01/02/2012 17:31


ça t'etonne si je te dis que j'aime???

Champi 02/02/2012 08:06



Pas vraiment :)


Donc tu le lis bientôt ?



David 01/02/2012 16:34


Encore une fois mon cher Champi, tu me souffles ! Sacrée chronique pour un sacré livre !

Champi 02/02/2012 08:07



Merci, merci, je vais rougir, moi !!