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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:18

L'autoroute du soleil - Couverture 1 K-BD a décidé de placer son mois de février sous le signe de la collection Ecritures de Casterman. Une collection variée, parfois décriée car trop éclectique - d'aucuns diraient "fourre-tout" - mais qui a le mérite de proposer de beaux petits pavés issus des quatre coins du globe.

Une collection qui n'a pas non plus hésité à puiser dans le riche fonds de la maison d'édition. L'autoroute du soleil, de BARU, fait partie de ces titres qui ont ainsi connu une seconde vie.

 

1995. BARU a déjà une bonne dizaine d'années de création au compteur, et quelques précieux prix recueillis à Angoulême. Il fait alors partie de la petite poignée d'auteurs français auxquels l'éditeur japonais Kodansha - un des mastodontes de l'édition de mangas - propose un partenariat, en vue d'une publication des deux côtés de la frontière franco-nippone (TRONDHEIM fit partie du voyage, avec la Mouche).

Pagination sans limites, noir et blanc de rigueur : le chantre des quartiers populaires du nord-est et de la chronique adolescente et sociale peut s'en donner à coeur joie. Un beur à qui tout réussit, Karim, un jeune rouquin en admiration, Alexandre, un cadre de "l'élan national français", Faurissier, et un vrp infidèle, René Loiseau.

"Toutes les pièces importantes du puzzle sont en place (...). Plus tard, d'autres viendront s'y emboîter. En attendant, que la sarabande commence !"

 

Tout est dans le titre, ou presque.

L'autoroute ouvre la voie à un road-movie qui traverse la France en long, en large et en travers, des hauts-fournaux lorrains au littoral marseillais.


Le soleil ne brille pas pour tout le monde, mais il réchauffe, comme l'amitié naissante entre Karim et Alexandre, il brûle comme les idéaux malsains et les éclats de colère d'un Faurissier vengeur, ou il renaît de ses cendres comme l'esprit de Loiseau au fond de sa grande propriété du sud-ouest.

 

Quant à la voiture sur laquelle s'appuient nos deux héros - et qui a disparu sur L'autoroute du soleil - Couverture 2l'une des nouvelles couvertures, preuve à l'appui - elle évoque un des éléments récurrents de cette histoire qui ne tient pas en place : la belle mécanique. A deux ou quatre roues, elle accompagne notre duo voyageur, permettant même de nouer des amitiés de passage pourtant improbables.

 

Fuyant la colère de Faurissier, Karim - à qui aucune femme ne résiste, pour son plus grand malheur ! -  et Alexandre, - qui profite du voyage pour s'émanciper - font mille rencontres, des plus rudes aux plus douces, des plus sincères aux plus retorses, en se tenant toujours à distance des forces de l'ordre   - "quelle idée, aussi, de naître arabe !" - mais jamais assez loin du canon de l'arme qu'on leur braque un peu

trop souvent dans la nuque.

 

Sans jamais perdre de vue son propos lucide et critique - les hauts-fournaux qui s'effondrent, les extrémismes qui montent, la violence ordinaire, les trafics en tout genre - BARU, avec son talent et son humanisme habituels, parvient à maintenir son récit dans le registre de l'action et de l'humour.

Bien sûr, la vie est dure, et ses deux héros n'ont pas affaire à des enfants de choeur.

Mais malgré les coups durs, le découragement, et la violence crasse et animale qui leur colle aux basques, Karim et Alexandre avancent, rient, aux éclats même, et survivent, passant entre les gouttes - souvent - et entre les coups - parfois.

Quelques scènes un peu convenues - la banlieue en flammes, par exemple - échappent au cliché grâce à la foncière honnêteté de l'auteur, qui n'a pas son pareil pour parler de la France des oubliés avec ses tripes et ses souvenirs.

 

Graphiquement, BARU met son style inimitable au service de cette histoire non-stop : des décors - et surtout des voitures !! - presque hyperréalistes, pour accueillir des personnages aux gueules pas possibles et aux anatomies disloquées : de la vie, du mouvement et de l'expression avant tout, au détriment d'un réalisme plat et froid. Gueules renfrognées, yeux écarquillées : tous les moyens sont bons pour appuyer les propos et les émotions.

BARU joue à fond la carte du théâtre social.

 

15 chapitres, 430 pages : de quoi décourager les fainéants.

Et pourtant !

Pas une seconde de répit, des dialogues et des textes savoureux, des personnages plus vrais que nature - à en avoir froid dans le dos parfois - et un rythme effréné.

Tout ce qu'il faut pour traverser une France hors d'âge, perdue entre la fin des années 80 et le début des années 90, mais qui n'est pas sans rappeler celle, plus contemporaine, que le même BARU a mis en scène dans  Fais péter les basses, Bruno. Comme si certains personnages, certaines histoires, restaient sans âge et sans contexte.

L'amour, la mort, la violence, la vengeance. Et le rire.

Tragédie et comédie à la sauce BARU.

 

Un art subtil et rare qui lui a valu son grand prix à Angoulême en 2000.

Une année qui lui va bien, lui qui mène ses récits à 2000 à l'heure.

 

A vous d'en juger, sur l'autoroute du soleil.

 

Champimages qui bougent, qui pulsent.

 

L'autoroute du soleil - Extrait 1

 

L'autoroute du soleil - Extrait 2

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