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  • : La Tanière du Champi
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 10:24

La Ballade de la mer salée - CouvertureRemercions une nouvelle fois K-BD pour ses initiatives, qui me permettent de me (re)plonger dans certains incontournables de la bande dessinée...

 

Après le salutaire retour entre les étouffantes pages de  V pour Vendetta, nous voici en partance pour le grand large sur les premiers pas de Corto Maltese : la Ballde de la mer salée.

 

Entamée en 1967 dans le tout nouveau magazine Sgt Kirk, cette série au long cours jette les fondements d'une bonne partie de la saga maltesienne. En effet, autour d'une histoire de piraterie sur fond de déclenchement de la Première Guerre mondiale, se dessinent les portraits de deux des personnages les plus marquants et les plus attachants de Hugo PRATT : Corto Maltese et Raspoutine.

 

"Je suis l'océan Pacifique et je suis le plus grand. On m'appelle ainsi depuis très longtemps, mais ce n'est pas vrai que je suis toujours pacifique. Je me fâche parfois, et alors je donne une râclée à tous et à tout."

Dès les premières lignes se pose et s'impose le maître des lieux, qui baigne jusqu'au titre de l'épais ouvrage.

Entre les îles éparpillées sur le grand océan se joue un drame historique et humain.

Entre tempêtes et naufrages se rencontrent les acteurs malmenés d'une histoire tentaculaire, gravitant autour du La Ballade de le mer salée - Case 1mystérieux "Moine" que tous craignent et à qui tous obéissent.

Ce dernier, en affaire avec l'armée allemande, organise trafics de charbon et piraterie, dans cette immense étendue aquatique si pauvre en l'indispensable minerai qui actionne les vaisseaux de guerre. Raspoutine, impitoyable mercenaire aux ordres de l'homme au visage d'ombre, recueille à quelques jours d'intervalles trois naufragés : les jeunes Caïn et Pandora, cousins issus d'une riche et influente famille hollandaise, et Corto Maltese, en fort mauvaise posture dès sa première apparition.

 

Difficile d'égrener la longue liste des protagonistes qui vont et viennent au fil des pages : Slütter, le marin allemand, Cranio, le Fidjien aux idées indépendantistes, Tarao, le Maori naviguant grâce aux étoiles ou aux requins guides... Autant de personnalités et de destins que PRATT prend le temps de développer, porté par sa profonde humanité et par un nombre de pages conséquent.

 

La Ballade de le mer salée - Case 2Car voilà en effet une des forces du maître italien : en mêlant la grande et la petite H/histoire, il va et vient entre la grande Aventure et les chroniques presque intimes. Personne n'est laissé de côté, personne n'est décrit avec une simplicité manichéenne, et tous, en définitive, sont attachants.

 

La minutie de certains décors participe de cette magie : masques, tentures, huttes, dessinent un monde exotique et presque perdu où les hommes semblent se perdre entre les contes... S'y ajoutent les chants maori ou fidjiens qui ponctuent la navigation et évoquent une époque où le rêve marchait parmi les corps.

 

En contre-point de cette ambiance en demi-teintes se pose le trait précis d'Hugo PRATT : en digne hériter de Milton CANIFF, il brosse chaque case avec l'élégance de la perfection, alternant des visages ou des décors minutieusement fouillés à des scènes aux limites de l'abstraction, ombres et lumières s'affrontant pour dessiner nuances et silhouettes. De même qu'il balaie tous les genres narratifs, PRATT puise dans une vaste palette graphique pour sublimer au mieux chaque image, chaque instant.

 

La Ballade de le mer salée - Case 3

 

On pourrait reprocher à la Ballade de la mer salée d'avoir un peu vieilli, par certains dialogues ou certaines situations qui traînent parfois en longueur. Pourtant, à l'aune des plus de 160 pages, on ne peut qu'apprécier la modernité du trait et du souffle, l'intensité de l'élan, et la densité de l'histoire. Baignant entre les mondes (la grande aventure, l'Histoire, les mythes océaniens) et entre les styles, PRATT est bel et bien un des géants de la bande dessinée, et Corto Maltese l'un de ses plus fidèles avatars de papier.

 

"Corto Maltese pourrait aller, il n'a pas de patrie et c'est une homme libre qui sait beaucoup de choses..."

 

"Corto, Corto, Corto... Ce que j'aime le plus en toi c'est cette capacité que tu as de ne jamais perdre de vue le côté amusant des choses !"

 

Laissez-vous porter par les caprices du Pacifique, dont les sautes d'humeur imprègnent chaque scène et chaque caractère. Et plaisez-vous à imaginer les destins tourmentés de Corto, Rapoustine ou le Moine, figures semi-fantasmées d'un monde entre deux eaux, artisans et victimes d'une époque en plein bouleversement.

 

Ne reste alors plus qu'à se plonger dans la dense histoire du marin à la boucle d'oreille, brossée au fil de centaines de pages...

 

Champimages qui prennent le large

 

La Ballade de la mer salée - Extrait

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