Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
  • Contact

Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





Contacts

23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 18:57

Le grand pouvoir du Chninkel - CouvertureCela faisait plusieurs mois que le thème était dans l'air, sur  K-BD : Dieu et la BD, Dieu et la BD... Ben oui, pourquoi pas ? Après tout, Dieu est un thème comme un autre, non ? N'en déplaise à la brûlante actualité, mais c'est une autre histoire...

 

Comme toujours, toute l'équipe de K-BD s'est alors virtuellement réunie pour choisir les titres adéquats : chacun y va de sa liste, de ses préférences, nous essayons de respecter quelques équilibres géographiques (même si Dieu est partout, je sais, je sais...), et hop, quatre titres finissent sur le podium (qui comprend une marche par dimanche du mois, d'où les quelques podiums à cinq marches, parfois).

 

Si Dieu en personne, de Marc-Antoine MATHIEU, s'est imposé en quelques secondes, il n'a pas fallu plus longtemps pour que Le grand pouvoir du Chninkel apparaisse comme le deuxième titre franco-belge de la sélection. Une nouvelle occasion de se replonger dans les classiques, comme souvent avec K-BD.

 

Abordons la (première de) couverture pour entrer dans l'ouvrage...

Sur fond de ciel de sang et d'apocalypse (la guerre ravage Daar depuis des siècles, et la fin du monde est proche), au coeur d'une multitude grouillante et tendue, apparaît un vaste monolithe noir, flottant, écrasant, au-dessus des êtres. U'n, le Maître créateur des mondes, a décidé de revenir sur une de ses nombreuses créations pour exprimer sa colère : "J'en ai assez de cette insignifiante poussière d'univers agitée sans répit de sa folie guerrière."

Son interlocuteur est l'insignifiant J'on, petit Chninkel miraculeusement rescapé de l'une des innombrables batailles que se livrent les Trois Immortels depuis la nuit des temps.

 

Le message du tout puissant est simple : J'on doit ramener la paix sur Daar en peu de temps ("cinq croisées de soleil, pas une de plus") sinon une "apocalypse de feu" s'abattra sur le monde et ses habitants.

 

Mais comment un si petit être peut-il s'opposer à la puissance et à l'Histoire en marche depuis si longtemps ? U'n, magnanime, lui confère alors "le Grand Pouvoir".

Charge au petit Chninkel d'en faire bon usage...

 

Voilà donc le jeune "Choisi" contraint de renoncer à sa liberté fraîchement gagnée et à la vie paisible qui pourrait en découler pour se lancer sur les routes.

Il faut bien admettre que le destin ne lui laisse pas grand répit ni grand choix : tantôt traqué, tantôt poussé par ceux qui, comme la belle Gwel, croient en lui, J'on arpente Daar et son Histoire pour comprendre ce qui lui est véritablement arrivé et ce qu'il doit faire.

Sa route croise de futurs fidèles, enthousiasmés par l'espoir qu'il porte, mais aussi des sceptiques, des méfiants, et bon nombre d'adversaires. Il ne fait pas bon bousculer l'ordre établi, et encore moins se prétendre porte-parole d'une puissance supérieure.

 

Les Trois Immortels, notamment, finissent par prendre au sérieux la menace que le petit esclave semble constituer : Barr Find main noire, Jargoth le parfumé et Zembria la cyclope seront de puissants obstacles.

 

La vacillante foi du Chninkel suffira-t-elle a lui permettre de surmonter tant de dangers, de convaincre les siens, de faire fi de se propres doutes, et surtout de satisfaire U'n le colérique ?

 

Fable morale parfois un peu trop appuyée, et passionnante réflexion sur le destin, le libre-arbitre, et les forces à l'oeuvre dans le monde, le grand pouvoir du Chninkel fait partie des oeuvres de référence dans l'histoire de la BD franco-belge.

Issu des denses et riches pages de feu (A Suivre), incroyable source de romans graphiques d'une extraordinaire qualité dans les années 80 (Silence, Ici-Même...), le grand pouvoir du Chninkel est la preuve que Jean Van HAMME fait partie des très grands scénaristes de ces dernières décennies. Bien sûr, on pourrait lui reprocher, parfois, certaines facilités et certaines redondances. Bien sûr, on pourrait considérer que faire traîner certaines séries en longueur n'est pas le meilleur service à rendre aux histoires, aux personnages et aux lecteurs. Il faut malgré tout lui reconnaître un grand talent de conteur, et une grande capacité à mêler les influences pour en tirer une oeuvre originale et forte (certes, certaines influences du grand pouvoir... sont un peu évidentes, du sombre monolithe au Livre originel, mais reconnaissons-leur force et universalité).

Son héros, pétri de doutes et de faiblesses (ah, la chair, toujours la chair !), est capable de grandes envolées remarquables, et se surprend autant qu'il se surpasse.

Il évolue dans un monde très dense qui, s'il n'échappe pas à certains travers du genre (noms des lieux, des personnages, des créatures, qui participent de l'imagerie "médiévale-fantastique" ) mêle magie, fantastique, technologie et philosophie avec aisance et une certaine jubilation : Van HAMME connaît ses classiques et en joue avec plaisir.

 

A ses côtés oeuvre Grzegorz ROSINSKI, compagnon de longue date (ils co-signent Thorgal depuis huit ans quand paraît le grand pouvoir...) qui peut, au fil des 134 planches, donner libre cours à son immense talent graphique : dans un noir et blanc impeccable (je ne saurais que trop vous déconseiller la version en couleurs parue dans les années 2000, victime comme bien d'autres d'un massacre à la palette en règle), il campe avec force et caractère décors et personnages.

Si certaines scènes frôlent l'exagération (surtout quand les corps de femmes se dévoilent), la plupart sont des leçons de composition et de dessin.

De plus, ROSINSKI sait comme personne mêler des éléments divers (nature, humanité, technologie, surnaturel) qui restent pourtant crédibles et cohérents.

Grand metteur en scène, il sait aussi parfaitement "diriger" ses personnages et leur donner une large et riche gamme d'expressions (même si la larme leur perle parfois un peu trop à l'oeil).

 

Qualité du dessin, richesse du scénario, le grand pouvoir du Chninkel offre une belle relecture de bon nombre de mythes fondateurs en puisant dans le monothéisme, le panthéisme, et les théories du multivers.

Mais quelles que soient les forces en présence, c'est bien la force et la volonté des individus qui sont à l'honneur, indispensables pour survivre dans un monde de guerre, de punition, de colère, d'arrogance et d'égoïsme.

 

Malgré ses vingt-quatre printemps, ce livre reste d'une grande actualité, et mérite qu'on s'y replonge régulièrement, à la fois pour en apprécier l'indémodable qualité, mais aussi pour faire le point sur la place de "l'homme" dans l'univers.

 

Champimages au grand pouvoir.

 

Le grand pouvoir du Chninkel - Extrait 2

 

Le grand pouvoir du Chninkel - Extrait 1

Partager cet article
Repost0

commentaires

L

Amen :)


C'est rigolo, j'ai pas trouvé que la mise en couleur ait été si catastrophique que ça. D'ailleurs, elle a été surveillée de près par l'intransigeant Van Hamme. Enfin... j'ai quand même acheté la
version n&b... peut-être (sûrement) plus indémodable dans le temps.
Répondre
C


J'avoue que j'ai une telle affinité avec le noir et blanc que dès que c'est mis en couleurs, même si c'est bien fait, surveillé, tout ça, je trouve toujours ça moche... Et c'est souvent le
prétexte au saucisonnage de l'album, en plus, histoire de faire plus d'argent avec la même histoire. No comment...


Mais merci pour la précision :)