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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 19:50

Léon la Came - Couverture"Comment va-t-il, Pilick ?

_ Etat stationnaire, monsieur...

_ Léon, Léon... C'est moi, Gégé ! Oh mon Léon ! Mon bon pépé ! Regarde ce qu'ils ont fait de toi..."

 

Quoi qu'ils lui aient fait, il le leur a bien rendu, le Léon. Et pas qu'un peu. Il faut dire qu'à presque 100 ans, on a encore de la ressource pour en faire baver aux siens, surtout quand ils ont pris le contre-pied de ce qu'on a bâti.

 

Voyez donc ! Léon(ce) Houx-Wardiougue, pionnier du patronat social, solidaire des employés, dont le fils tyrannique Aymard a patiemment défait l'oeuvre pour assoir l'empire industriel et cosmétique qui est le sien aujourd'hui.

 

Léon qui revient alors qu'on ne l'attendait plus, à un moment plutôt délicat pour la famille Houx-Wardiougue, car les temps sont durs, les affaires aussi, et les inespérés repreneurs Japonais ne verraient peut-être pas d'un bon oeil le retour du "patron rouge".

De quoi donner des sueurs froides au gros Aymard, mais surtout de quoi secouer le pauvre Géraldo-Georges, fils de, et donc petit-fils de, dont les innombrables difficultés (intestinales, relationnelles, familiales, comportementales...  toute sa vie, en fait !) vont peut-être trouver solution grâce à ce retour providentiel.

 

La galaxie H-W ne s'arrête toutefois pas là : il faut compter avec Nadège, la soeur de Gégé, son mari "Viateur" (à quoi bon avoir un prénom quand on n'est pas considéré) et leurs enfants Béranger, la petite vingtaine à mèche à la mode, et Jean-Guy, le nabot à casquette de rappeur.

 

L'apocalypse peut commencer. En effet, Léon a dans ses bagages de quoi pulvériser l'ordre familial établi : passé de patron membre du PCF, vie de baroudeur, culture de cannabis, vices multiples, secrets à profusions, et une furieuse envie de faire chier son fils et de déniaiser son petit-fils (Gégé, donc, vous suivez toujours ?), lequel s'est vu confier la campagne de communication de l'entreprise familiale (tout est très familial chez les H-W, n'est-ce pas ?), avec le soutien bien sûr de l'Agence Tétra-Clarke et de son "designer number one", Jean-God-Michel (oui, le trait humoristique est parfois un peu appuyé...).

 

Personne n'est au bout de ses surprises avec les lubbies de l'ancêtre, qui souffre en plus de quelques hallucinations auditives, et dont la fin de vie n'est pas non plus de tout repos pour lui.

 

Bref, Sylvain CHOMET a pris un malin plaisir à concentrer, à travers les quatre générations de la famille H-W, une bonne partie des caractéristiques du XX°siècle finissant (la BD sortit en 1995), entre le marteau politique des années 30 et l'enclume ultra-libérale des années 90.

Bien sûr, la plupart des personnages sont caricaturaux, mais ils le sont juste comme il faut, avec la mesure nécessaire pour que, sous leurs traits théâtraux, ils laissent transpirer un irréfutable réalisme : le cynisme cruel des agences de communication, la destructrice entreprise de détricotage des droits des ouvriers, le tout baignant dans un univers gris de banlieues ("ça fait un quart d'heure que nous roulons et j'ai l'impression de ne pas être sorti du garage !") et vérolé d'affiches publicitaires.

Le ton est mordant, fait souvent sourire en grinçant des dents, car le propre de la comédie humaine est de gratter là où ça fait mal.

 

Le trait de Nicolas de CRECY (dont c'était le quatrième album, seulement) est lui aussi grinçant et grimaçant à souhait : les visages des personnages sont autant de masques marqués et malléables (Foligatto est sorti quatre ans avant), les délires provoqués par "les cigarettes de pépé" sont autant d'occasions pour lui de laisser son trait voguer au fil des déformations, et le tout est assorti d'une palette chromatique limitée oscillant entre le vert marécage et l'orangé automnal qui évoquent aussi bien la chambre d'hôpital que l'anti-chambre de l'enfer.

Chaque pli, chaque objet, chaque case déborde d'une vie vibrante, et les visages, que les cadrages mettent à l'honneur dans la plupart des cases, nous livrent le portrait d'une humanité peu ragoûtante, guignolesque.

 

Au final, Léon la Came fait partie de ces chefs-d'oeuvre (la BD fut primée à Angoulême en 1996) caractérisés par l'adéquation parfaite de la forme et du fond et la virtuosité scénaristique et graphique : les deux auteurs font mouche, et la BD se relit avec toujours autant de force et de plaisir.

Léon la Came fut le premier tome d'une cinglante trilogie, complétée par Laid pauvre et malade et Priez pour nous, quelques années plus tard. Autant d'autres occasions de disséquer la société et de tricoter des histoires familiales troubles et troublées.

 

Les albums sont aujourd'hui épuisés, mais gageons que Casterman, indépendamment peut-être des tensions qui sont apparues entre les auteurs depuis (suite à la sortie des Triplettes de Belleville), pourra en jour nous en faire de nouveau profiter.

 

En tout cas, dans le cadre du mois "Nos petits vieux" initié par K-BD, Léon la Came occupe une place de choix, car rarement centenaire aura été aussi avant-gardiste.

 

(En la matière, je vous renvoie à un autre centenaire littéraire, pour le coup !).

 

Champi ridé.

 

Léon la Came - Extrait 1

 

Léon la Came - Extrait 2

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