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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 19:25

Lucille - CouvertureA la lecture de ce titre, les nostalgiques des années 80 et de la 5ème Chaîne pourraient se mettre à fredonner "embrasse-moi, on a passé l'âge..."

 

Et quelque part, ils auraient un peu raison.

Mais ils auraient surtout tort.

 

Car s'il est bel et bien question de baisers dans Lucille, son histoire n'a ni la mièvrerie ni la légèreté de l'anime qui a malheureusement bercé une partie de ma jeunesse...  Ludovic DEBEURME - dont on a pu voir certains originaux à l'exposition Hey ! de la Halle Saint-Pierre, par exemple, ce qui en dit long sur son univers - n'est pas coutumier des ambiances trop bruyantes et joyeuses. Loin de moi l'idée toutefois de le lui reprocher...

 

Lucille Flavinsky vit seule avec sa mère et une poupée trop maigre enfermée dans un vieux coffre à jouets, quelque part au milieu de la forêt. Lycéenne mal dans sa peau et anorexique, elle se cache, entre autres, derrière une grosse paire de lunettes à larges montures, qu'elle ne retire que pour les éprouvants repas avec sa mère et les terribles face-à-face avec elle-même.

 

Pendant ce temps, pas très loin de là, mais au sommet d'une falaise, face aux flots impitoyables, Arthur parle avec le diable, compte ses pas, et essuie les insultes de son père ivre mort qu'il doit ramener du bistrot. La mer n'est pas tendre avec les marins, elle fait d'eux des pères un peu trop rudes, rugueux, maltraités par les vagues.

 

Deux écorchés que la vie, jamais tendre entre les traits de DEBEURME, va réunir, pour le meilleur et le reste. La fille des bois est farouche, le fils de l'eau tient peu en place, mais l'étouffant quotidien leur donne les forces nécessaires pour essayer de rompre avec.

 

"Peut-on être plus fragile ?"

 

Tout est dit.

Ne reste plus qu'à chercher à se sauver, dans tous les sens du terme. En espérant que l'horizon ne se contente pas d'engloutir les marins.

 

Feuilleter Lucille, feuilleter du DEBEURME, c'est avant tout goûter à la liberté de l'absence de cases : malgré la petitesse des pages, l'infini s'invite partout, porté par le blanc omniprésent, glissé entre chaque ligne.

Ensuite vient le face-à-face inéluctable avec tous les personnages, car l'auteur décline les portraits, les visages, les gros plans, sous toutes les coutures, à répétition, donnant à chaque protagoniste une extraordinaire présence, même si l'exacte ressemblance n'est pas toujours au rendez-vous.

Enfin suinte l'étrange (moins présent ici que dans Renée, deuxième opus de cette "série"), qu'il s'agisse d'hallucinations, de métaphores ou de souvenirs... Les corps se déforment, se métamorphosent, l'animal en l'homme se fait jour.

 

Graphiquement, DEBEURME sait passer du détail à la silhouette avec efficacité, en fonction des plans et des ambiances : un homme sur la colline peut se fondre dans le vent tandis qu'un croissant sur un lit peut se faire de marbre.

Son noir et (surtout) blanc, presque cliniques parfois, peuvent étouffer autant qu'ils font respirer la page. Ils souffrent à l'unisson des personnages qui ne connaissent aucun repos : le passé les a broyés, le présent n'est pas beaucoup plus tendre, et les répits sont rares, voire trompeurs.

 

Peu d'espoir entre les pages de Lucille, mais les personnages sont si forts et si bien servis par le trait et la mise en page qu'il est difficile de s'en détacher.

Ne vous reste plus, alors, qu'à vous plonger dans Renée, pourquoi pas en écoutant Françoise, de Charles BERBERIAN, album musical, écrit et dessiné, dans lequel vous pourrez entendre Ludovic DEBEURME jouer de la musique. Ainsi la boucle est bouclée.

 

Champimages qui dansent sur la page avant de tomber.

 

Lucille - Extrait 2

 

Lucille - Extrait 1

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