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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 13:22

Minus - CouvertureLa cuvée mars 2012 du Raging Bulles est décidément très bonne : après  Masqué et  le bus, voici donc Minus ! (ça rime !).

 

"Du mal à dormir ces temps-ci.

Je déteste quand je me réveille cinq minutes avant la bonne heure.

Je déteste mon réveil, aussi.

Et dans pas longtemps...

... je vais me détester moi.

Voilà."

 

Dès la première page,  RICA donne le ton (tiens, ça sent la contrepèterie tout ça...) : un peu de blanc, beaucoup de noir, et surtout la noirceur tapie au coeur (oui, oui, du coeur !) du "héros" - ou en tout cas du personnage principal - qui n'en peut plus de voir les femmes - et leur corps - passer devant lui.

 

Non pas qu'il soit moche ou solitaire (sic).

Loin de là.

Malgré de petites périodes de "disette", comme il dit (ah ah), le bougre - "Minus, comme l'a surnommé son père, ça aide à se forger un caractère... - a plutôt du succès auprès de la gent féminine, qu'il croise essentiellement au boulot - où il "n'en branle pas une", comme il dit - ou dans les bars qu'il fréquente seul ou entre collègues - un peu de "lubrifiant social" ne fait jamais de mal !

 

Voilà, en gros, la vie de notre homme : sept heures de glande quotidiennes derrière un bureau, des conquêtes d'un soir, voire d'une nuit, mais faut pas abuser quand même, une bonne connection internet - "j'ai juste dû apprendre à cliquer de la main gauche" -, sans oublier un voisin brutal et bas du front. Et une petite clé à garder à l'abri des regards indiscrets.

 

Quel secret peut bien se tapir derrière une vie si misérable ?

Jusqu'où ce Minus, qui a fini par être le premier à se rabaisser, peut-il aller ?

Et pourquoi a-t-il si peur des regards en coin que lui lance sa collègue Virginie ? Parce qu'ils ouvrent sur un horizon qu'il a décidé de se boucher, à grands coups de fantasmes - assouvis - sordides et de frustration permanente ?

 

Noir de noir, ce monde savamment organisé et qui cache, derrière une apparente routine satisfaisante, le moteur de l'auto-déchéance...

 

A grands coups d'encre nuit, RICA plonge son héros, ses proches, son décor, dans une ombre tenance et rampante, qui dévore corps et visages sans répit : le bureau, l'appartement aux volets clos, les bars enchaînés... Peu de place pour le grand air et le ciel bleu, qui ont de toute façon eux aussi un air de famille avec les marées noires. Tout est huileux, les facettes les plus sordides de la vie collent à la peau, et les rares éclats de blanc qui surnagent ne tiendront pas longtemps.

 

Graphiquement, les lignes torses des lieux et des corps semblent passées dans la moulinette de Charles BURNS ou de TANXXX : étrange mélange de distance et de proximité, visages séduisants sans être beaux, le charnel comme on l'aime le moins invite à franchir des seuils qu'on laisse d'ordinaire à la lisière de notre champ de vision.

RICA installe sa dérangeante banalité chez nos voisins de palier.

 

Le résultat fait parfois sourire, mais surtout grincer, et le malaise, porté à bras-le-corps par le dessin comme par l'histoire finit par transpirer par tous nos pores.

Le gros insecte qui nous accueille en couverture ne nous ment pas : dans Minus, ça grouille, ça grouille... Jamais les pulsions de vie, ou en tout cas de sexe (nuance) n'ont été aussi proches de celles de mort. De la poussière à la poussière, ou en tout cas de la chair à la chair...

 

La fin est un peu étonnante, mais n'ôte rien aux qualités d'un album dérangeant, qui fait écho, dans un autre genre visuel, au film Shame sorti il y a quelques mois.

 

Définitivement l'homme est un chaos...

 

Champimages qui creusent au noir.

 

Minus - Extrait 1

Minus - Extrait 2

 


 


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