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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 12:18

Polina - Couverture"Applique-toi bien sur tout ce qu'on a revu ensemble. (...) Si le professeur Bojinsky vient pour tester ta souplesse... Même si tu as mal, surtout, ne le montre pas."

 

Du haut de ses six ans, Polina Oulinov, en simple culotte blanche, attend son tour dans la grande salle de danse où le célèbre, rigide, classique et impressionnant Professur Bojinsky donne une audition.

 

"Vous n'êtes pas très souple, dites-moi".

 

Phrase sèche, comme un implacable verdict.

Et pourtant, l'avenir de la jeune fille commence ici, auprès de ce professeur à la réputation sulfureuse qui ponctuera régulièrement sa carrière.

De l'école, au théâtre, à de prestigieuses compagnies.

De Moscou à Berlin à Paris.

Polina danse, regard dans le vague, mouvements atypiques. Sans forcément savoir pourquoi.

Entre les lieux, les rencontres, les mentors, elle se cherche une identité du corps, du rythme, du port de tête, du rêve.

Les années passent comme les amours, l'envie et le talent demeurent, et l'ombre du maître, parfois à deux doigts - deux pas ? - de s'estomper, ne disparaît jamais tout à fait. Indélébile et indispensable empreinte...

 

Avec Polina,  Bastien VIVES suit pas à pas l'itinéaire atypique d'une danseuse hors-normes, dont les larges yeux noirs fixent le lecteur et l'avenir avec une étrange et flottante détermination (je ne suis pas à un paradoxe près !). Perdue entre les réalités, elle livre dans un monde relativement formaté - même au coeur de certaines avant-gardes - des mouvements et des chorégraphies éminemment personnels.

 

"Vous n'avez toujours pas compris, mademoiselle Oulinov. Vous continuez à danser tout seule, comme si nous n'étions pas là".

 

Cette intériorité - que d'aucuns qualifierait sans doute de génie - la pousse au-delà de ses limites, au-delà des cadres dans lesquels on cherche à tour de rôle à l'enfermer. Seule l'intemporelle rigueur de son premier professeur lui accorde-t-elle peut-être la liberté.

 

Graphiquement, Bastien VIVES sait faire vibrer la ligne avec passion, force ou douceur, en fonction des circonstances. Le trait s'empâte ou s'estompe d'une case à l'autre, d'un moment à l'autre, d'une humeur à l'autre, brossant des silhouettes charnelles ou éthérées.

Les silhouettes s'envolent, se dissolvent, fusionnent, au gré des mouvements et des ballets, nouant avec la grâce que BAUDOIN nous a parfois laissé entrevoir dans certains de ses albums majeurs.

 

Chromatiquement, l'auteur se cantonne au noir profond, au blanc de la feuille, et à un gris brouillard qui nimbe décors ou vêtements toujours parfaitement cernés. Rythme ternaire où le blanc se fait corps, le gris abstraction, le noir pulsation. Avec en prime, par le jeu des épaisseurs, l'impression de croiser au détour de chaque page d'étranges idéogrammes cachés parmi les ombres.

 

Si les personnages sont volontiers bavards - difficile de se taire entre adolescents, entre artistes ! - les silences ont toutes leur place, quand le mouvement remplace le verbe, et que le temps se suspend entre les cases.

Quant aux regards... Ceux de Polina, poignants, troublants, laissent imaginer la vie bousculée et les questions sans fin qui s'entrechoquent dans sa tête.

 

Bel hommage à la danse et à la liberté artistique, Polina semble également une ôde à la liberté graphique de l'auteur de bande dessinée : du corps presque abstrait au décor réaliste, du visage expressif aux lignes éparpillées, du mouvement bavard aux éclats de silence, le large répertoire convoqué par l'auteur explore les mille voies de la richesse graphique et narrative.

 

"Ca ne sert à rien d'aller le plus haut possible si on ne prend pas le temps de contempler. Alors quand vous êtes en haut, prenez votre temps."

 

Bastien VIVES prend incontestablement de la hauteur avec cet album. Qu'il nous fasse profiter de ce qu'il verra en chemin.

 

Champimages qui dansent

 

(Un tout petit regret tout de même : j'ai découvert l'album grâce à KSTR, la collection de Casterman qui m'en a fait parvenir une épreuve. Et c'est bien le mot, car s'en fut une, et des plus éprouvantes, que de lire cette version non corrigée, truffée d'erreurs d'orthographe, y compris dans certains mots-clefs et récurrents, relatifs à la danse par exemple. Heureusement que la force de l'image était là pour compenser...)

 

Polina - Extrait 1

 

Polina - Extrait 2

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commentaires

P
<br /> <br /> joliment dit!<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
C
<br /> <br /> Merci <br /> <br /> <br /> <br />