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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 20:59

Poulet aux prunes - CouvertureIndépendamment de toute actualité cinématographique - vous savez combien je suis plutôt adepte du contre-temps ! - voici presque à l'heure du dîner un plat parfumé servi derrière une couverture dont la couleur est malheureusement desservie par l'image ci-contre : le Poulet aux prunes. "Une spécialité de sa mère, préparée avec du poulet, des prunes, des oignons confits, des tomates, du curcuma et du safran, servi avec du riz."

 

Mémoire des saveurs, mémoires des odeurs... Les souvenirs seront-ils assez forts pour permettre à Nasser Ali de rester en vie ? Rester en vie malgré lui ? Car, depuis le 15 novembre 1958, il a décidé de mourir.

 

Quel chagrin peut bien pousser un artiste tel que lui à une telle extrémité ? Un chagrin d'amour enfoui et jamais digéré ? Une histoire de famille qui le rongerait depuis l'enfance ? La dispute conjugale de trop ? L'indifférence de ses plus jeunes enfants ?

Un peu tout cela, peut-être... Tant de gouttes dans le vase d'une vie, avec en surplus un bris. Celui de son tar. Précieux cadeau, relique d'un avant, d'un ailleurs, sobre et sombre silhouette qui ponctue sa démarche. Ponctuait plutôt. Car l'instrument s'est tu. Et l'harmonie avec.

Ne reste donc qu'à Nasser Ali à se laisser mourir.

En huit jours.

Juste le temps nécessaire pour se retourner, et laisser l'amertume le submerger. Quitte à lui faire manquer les détails de son quotidien qui auraient pu le sauver. Mais quand "on n'a plus assez de musique dans son coeur pour faire chanter sa vie..." (merci CELINE).

 

Moins directement autobiographique que Persepolis, Poulet aux prunes est l'un de ces rares récits dont Marjane SATRAPI a le secret : un peu d'Histoire, beaucoup d'histoires, la vie et la poésie en tête à tête. Avec un peu moins de place à l'humour ou l'auto-dérision (armes de survie) et davantage à l'amertume et le gris (la fin est proche, dès le début de l'album). Sans toutefois oublier ses nombreux thèmes de prédilection : la politique, la religion, la place de la femme, la vie de famille avec ses hauts et ses bas. De quoi faire une belle broderie (ah ah).


Avec ses traits délicatement sobres et percutants, et son sens des noirs intrigants, envoûtants ou étouffants, l'auteure iranienne joue des corps malléables, les visages parfois expressionnistes et des silhouettes éloquentes pour rythmer ce ballet en huit temps, huit coups pour marquer un lourd destin.

Et la musique alors ? Dans cette vie marquée par la mère, les frères et soeurs, les rencontres, les coeurs brisés, l'Histoire en marche toujours trop vite, toujours trop fort, elle seule peut-être permit au pauvre Nasser Ali - oui, pauvre, malgré son égoisme, sa noirceur, son oeil triste - de tenir. Mais même les fils des Parques finissent par céder, et alors que reste-t-il...

 

Une noire silhouette s'effaçant, une main blanche et délicate qui ne caressera plus les notes, et le cercueil sans vie de son instrument-mémoire, de son autre, de son lui.

 

Silence.

 

Champimages qui ne chantent plus.

 

Poulet aux prunes - Extrait 1

 


 


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commentaires

Lunch 28/11/2011 23:00


Belle chronique pour un beau voyage, le dernier, qui au contraire de l'instrument, reste une source in-târ-issable d'inspirations dont seule Marjane a le secret !

Champi 28/11/2011 23:39



Tout à fait, ô mélomane calembourgeois ^^