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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 07:53

Festival BD La Seyne 2012Petit compte-rendu de la table ronde que j'ai eu la chance d'animer au  Festival Bulles en Seyne le 10 juin 2012, avec  Jean-Marc PONTIER.

 

 

 

Jean-Marc, tu es enseignant, docteur en littérature, auteur de BD, essayiste en BD également... De nombreuses facettes autour de la BD. A quand remonte ta première expérience en la matière ?

 

Le Chevalier Araignée, avec Jules VIPALDO, en 2005, est ma première BD publiée. Mais 20 ans avant, j'avais réalisé un premier projet, refusé par les éditeurs.

Le dénominateur commun de tous mes travaux est le rapport entre le texte et l'image, comme ma thèse sur le poète, romancier et peintre Max JACOB, par exemple.

Dans une telle démarche, la BD s'est imposée.

 

 

Dans tes Nouvelles penchées, Martin, « le cancre », dessine sur les tables de son collège, sans pouvoir s'arrêter. Es-tu toi aussi entré en BD par la pratique, ou d'abord par la lecture et l'analyse ?

 

Le Cancre est une nouvelle autobiographique. Adolescent, au collège, j'écrivais à même la table. J'enluminais les tables.

Dès l'âge de douze ans, je réalisais des BD, mais sans jamais les achever.

Je ne saurais toutefois dire si c'est le dessin ou l'écriture qui est venu en premier.

 

 

Lorsque tu crées une histoire, qu'est-ce qui te vient en premier ?

 

J'ai la plupart du temps une approche graphique rapide, spontanée.

Dans Peste blanche, un récit plus long que ce que je fais d'ordinaire, j'ai dû davantage travailler mon sujet, pour ne pas lasser le lecteur.

Mais de manière générale, mon trait est à la limite du symbole, de l'idéogramme : je cherche à restituer le sens en dehors de tout langage courant. C'est bien souvent le texte qui va générer le signe.

Dans certaines nouvelles, parfois, je pars de ou j'utilise certaines photos ou illustrations. Un matériau visuel.

 

 

Quelle place occupe le texte, pour toi, dans le processus créatif ?

 

J'aime la narration pure, la belle écriture. On la retrouve d'ailleurs plus facilement dans la prose que dans le dialogue.

J'essaie, en BD de sortir de l'approche, devenue classique, du texte sous sa seule forme dialoguée. Dans ma première BD, d'ailleurs, le texte se trouvait en-dessous de l'image.

 

 

Dans tes histoires, tu convoques souvent plusieurs arts : la poésie, la peinture, la musique... Et tu t'es consacré à des auteurs intéressés par différentes disciplines artistiques. La BD est-elle, pour toi, la mieux placée pour conjuguer les mots et les images, et pour traiter du rythme ?

 

La BD est pour moi une sorte d'opéra silencieux. L'opéra est un art total, complet, qui conjugue tous les autres.

La musique crée un rythme. Elle fait partie de mes passions.

Raconter une histoire nécessite de créer une rythme aussi. Avec la contrainte de l'ellipse inhérente à la BD.

J'ai opté pour des nouvelles très courtes, entre 2 et 8 pages, qui peuvent évoquer les différentes plages d'un CD.

Peste blanche est différent, et m'a permis de mettre en place un autre rythme, d'autres articulations.

Je m'intéresse également à la question de la déformation du corps et du rythme de cette déformation.

 

 

Du corps de la femme, par exemple ?

 

La question du corps féminin traverse l'art depuis des siècles.

Je trouve ça beau, un corps de femme.

Dans Peste blanche, l'histoire d 'amour ne devait pas durer plus de trois ou quatre pages, mais l'histoire globale ne tenait pas la route. Au final, l'histoire d'amour occupe près de la moitié du livre.

J'aime également le corps féminin parce qu'il entre en résonance avec la dimension érotique de l'amour, une dimension qui entraîne la nécessité de l'oubli.

 

 

Dans Peste blanche, justement, tu associes littérature, mots, tags et amnésie, comme dans la planche-corps de Marie : « NE M'OUBLIE PAS ». Babel n'est jamais loin, comme chez David B.

 

Sexuel et textuel sont très liés, et dans Peste blanche, le rapport charnel à la femme fait écho au rapport à la ville.

Babel est le symbole de la mémoire qui passe par les mots.

Cela me rappelle une anecdote : chez ma mère, il y avait une étiquette sur une étagère. On pouvait y lire le mot « étagère ». Il s'agissait de nommer chaque chose. Je me suis alors demandé ce que deviendrait un monde où la mémoire des mots disparaîtrait.

Peste blanche est également une évocation forte du rapport au passé. Quand j'étais étudiant, des fouilles archéologiques ont eu lieu à Marseille. Je fréquentais des archéologues lorsque une nécropole étrusque a été exhumée ; le passé ressurgissait, après avoir été enseveli.

Il en a été de même pour les fosses communes de la Peste Noire lorsqu'elles ont été redécouvertes.

Le passé avait été recouvert, puis découvert, puis de nouveau enseveli. Et recouvert de béton. Comme une mémoire de nouveau disparue.

 

 

Peste blanche se passe à Marseille. Tu as travaillé sur le peintre et conservateur marseillais Marcel ARNAUD (1877-1956). Quel rapport entretiens-tu avec la ville de Marseille ?

 

Malgré moi, le Sud s'est toujours imposé.

J'ai été très inspiré par CAMUS, et je connais bien les paysage méridionaux, je les aime beaucoup.

J'adore la ville de Marseille, car tout peut s'y passer.

 

 

Parlons un peu maintenant de ton travail d'essayiste. Tu t'es penché sur les œuvres de David B. et de Nicolas de CRECY, deux auteurs aux univers graphiques très différents. Pourquoi ?

 

David B. et Nicolas de CRECY sont deux pionniers de la nouvelle BD.

Je me suis intéressé à eux alors que je réalisais des chroniques BD pour Radio Active. Je me suis rendu compte qu'avec ces deux auteurs, il y avait une matière immense, et les étudier s'inscrivait dans la continuité de mes travaux universitaires.

En 2009, à Angoulême, j'ai rencontré les éditeurs de PLG, qui venaient d'éditer un livre sur BAUDOUIN, un artiste que j'aime beaucoup.

Je me suis alors dit que je pouvais en faire de même avec d'autres auteurs dont l'œuvre me touchait. Mais je ne me serais pas senti autorisé à écrire sur eux, ni sur quelque auteur que ce soit, si je n'avais pas été auteur moi-même.

Par ailleurs, le fait d'être enseignant a compté dans ce travail d'analyse : j'aime transmettre ce que j'aime. Je pouvais et devais donc faire ces livres.

 

 

A travers certaines des tes nouvelles, et surtout à travers certains des ateliers BD qui tu animes avec tes élèves, on retrouve un certain attachement à l'OuBaPo (Ouvroir de Bande Dessinée Potentielle) et à ses techniques : la contrainte, le gaufrier (système de mise en page où toutes les cases ont les mêmes dimensions)...

 

La contrainte est toujours génératrice et intéressante.

Avec mes élèves, autour des films de Stanley KUBRICK, elle m'a permis d'obtenir des productions très riches, par des élèves qui souvent ne dessinaient que peu ou pas.

J'aime m'appliquer des contraintes à moi-même, pour certaines nouvelles par exemple, comme dans La Chute (Nouvelles penchées), où je suis parti de radiographies de ma femme.

L'avantage avec mon éditeur Les Enfants Rouges, c'est que j'ai une totale liberté de création, qui me permet de présenter et de voir édités de tels travaux.

 

 

Quels sont tes projets en cours et à venir ?

 

Je travaille actuellement à un roman graphique intitulé Sur la main.

En matière de monographie, j'aimerais peut-être travailler sur Joann SFAR, même si cela surprend beaucoup de gens dans mon entourage, notamment à cause de son succès. Un succès qui suscite une certaine jalousie dans le monde de la BD.

J'ai également un projet un peu hybride autour de la ville de New-York, né après un voyage de trois semaines là-bas, l'an dernier. Ce serait une fiction sous forme de prose illustrée.

 

 

Merci Jean-Marc.

 

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