

Quand on est "fâché avec le genre humain", comme dit le poète, il existe plusieurs remèdes. L'un d'eux a pour nom Roberto Saviano. C'est un écrivain. Il n'a que 32 ans. Il est connu pour avoir écrit "Gomorra : dans l'empire de la camorra", ce livre sur la mafia dont a été tiré un bon film. Depuis, il vit dans la clandestinité, sous surveillance policière constante. On aurait tort de croire que pour lire Saviano il soit indispensable d'être passionné par toutes ces histoires de corruption, de trafics, de règlements de comptes, de bandes rivales napolitaines et siciliennes. Car s'il parle, certes, de tout cela, au fond, c'est de bien autre chose qu'il parle : de liberté, de notre liberté à tous. A lire son dernier ouvrage (1), on pense, excusez du peu, à George Orwell. La même simplicité d'expression. Le même dégoût du mensonge, le respect des mots, le courage physique.
Dans ce livre, Saviano reprend les textes qu'il a écrits pour une émission de télévision qu'il anima l'an dernier sur la RAI, et y connut un grand succès.
De quoi parlait-il ? Au fond, de courage. Qu'il raconte comment le juge Falcone, avant d'être tué par la mafia, fut victime de ce qu'il appelle "la machine à salir" (il se fait sa pub, il est mégalo, il se prétend meilleur que nous alors qu'il ne pense qu'à son propre intérêt, etc.) mais y résista. Qu'il évoque Piergiorgio, ce jeune homme atteint de dystrophie musculaire dégénérative, qui mena bataille non pour le droit à l'euthanisie mais pour que soit inscrite dans la loi la possibilité de refuser l'acharnement thérapeutique. Qu'il parle d'un curé ayant osé défier la mafia en installant dans l'ancienne maison d'un boss une association d'aide aux handicapés... Chaque fois il s'agit de personnes qui ne baissent pas les bras. Qui tiennent bon, face aux violents, aux puissants, à ceux qui se croient tout permis, affranchis de toutes les règles. Qui tiennent bon pour eux-mêmes, mais pas que : pour nous, aussi. Avant tout, dit Saviano, se battre pour que soit respecté le droit. "Falcone adorait vivre, il voulait vivre. Mais il savait que l'on ne peut être heureux que si les autres peuvent l'être aussi. Et que le droit est l'unique fondement du bonheur."
Voyez le tremblement de terre à L'Aquila. Saviano décrit un à un les étudiants qui se trouvaient dans la Maison de l'étudiant cette nuit-là et y perdirent la vie. Et montre que c'est parce que l'immeuble n'avait pas été construit selon les normes, parce que les élus et les experts avaient détourné les yeux que ces jeunes gens sont morts. "C'est seulement quand survient la tragédie, le drame que nous comprenons vraiment que les règles ne sont pas un moyen de brider les affaires, de mettre les entreprises en difficulté, mais au contraire un moyen de protéger la vie et de donner, à tous, la possibilité de vivre sereinement."
En cette période où les bonimenteurs haussent le ton, Saviano est d'utilité publique. Il prend les mots au sérieux. Il a des convictions. Il est contre la liberté du loup dans le poulailler. Il se bat pour le "genre humain".
Jean-Luc PORQUET, 29 février 2012
(1) "Le combat continue : résister à la mafia et à la corruption", Robert Laffont.
Cette semaine, au Salon de l'agriculture, Sarkozy est allé serrer les pognes avec d'autant plus d'entrain que les 3 millions de ruraux l'ont plutôt à la bonne. Rappelez-vous, en janvier, notre président leur avait réchauffé le coeur en s'énervant contre les règles environnementales trop "tatillonnes", qu'il avait promis de lever. Toutes ces contraintes qui empêchent de polluer en rond à coups de pesticides et d'engrais chimiques ou de faire pousser comme des champignons des porcheries industrielles et des poulaillers géants. La veille de l'inauguration du Salon, il en a resservi une louche : "Il y a trop de suspicion à l'endroit des agriculteurs. Ce qui pose problème, ce sont les contrôles tatillons sur des textes parfois difficiles voire impossibles à appliquer et pouvant donner lieu à interprétation." Mais Sarko fait mieux : il a fait une croix sur la ministre de l'Ecologie. Le 23 février, Nathalie Kosciusko-Morizet, NKM pour les intimes, a abandonné son poste - sans être remplacée - pour devenir porte-parole du candidat-président. La France va donc vivre pendant deux mois sans ministre de l'Ecologie. Et vive le Grenelle !
Voilà qui tombe bien, au moment où la France ferraille avec Bruxelles pour continuer d'interdire la culture du maïs transgénique MON 810. Et au moment où l'Europe vient d'ouvrir une procédure d'infraction contre nous pour non-respect de la directive "nitrates", plus précisément à cause de notre manque de zèle à lutter contre la prolifération des algues vertes en Bretagne, essentiellement provoquée par les pollutions agricoles.
Et, pendant ce temps-là, le Grenelle de l'environnement se dégonfle façon baudruche. A commencer par la marche arrière sur la promesse de réduire de 50% l'utilisation des pesticides les plus dangereux dans les dix ans à venir. En octobre 2011, notre ministre de l'Agriculture, Bruno le Maire, annonçait la couleur : "Nous devons adapter un certain nombre d'objectifs qui ne sont pas atteignables..."
Au Salon de l'agriculture, il y a deux ans, Sarkozy avait annoncé son programme en matière d'écologie : "L'environnement, ça commence à bien faire." Enfin une promesse tenue !
Le Canard Enchaîné, 29 février 2012
"Nous sommes le dimanche 25 mars, il est 19h09. Je me suis donné une heure (pas plus) pour écrire cette chronique à laquelle je pense, par intermittence mais de plus en plus, depuis le rappel de Télérama. C’est une contrainte formelle que je me fixe parce que le sujet est aussi vaste que la ligne de train qui relie Madras à New Delhi que j’ai prise en 1981 sur laquelle j’ai toujours eu envie de revenir pour écrire un livre, sauf que Tabucchi l’avait déjà fait et qu’il est mort ce soir. Je tiens sa mort pour l’événement le plus important des actualités du jour, voire de la semaine (...)
Quand la politique n’est que de la communication, quand les journalistes rivalisent de faiblesses, elle devient pornographique."
Denis ROBERT
Le reste est à lire ici.
Faites cette expérience : sortez de chez vous à 3 heures du matin. Il fait nuit, personne dans les rues. Mais au centre-ville, sous les Abribus, les pubs défilent imperturbablement dans un chuintement électrique... Le 12 janvier, à Niort, une joyeuse troupe de militants antinucléaires s'illustre en éteignant (sans abîmer, s'il vous plaît ! ) une centaine de ces publicités lumineuses sous Abribus. Leur but : dénoncer ce gaspillage d'électricité et, accessoirement, le gaspillage d'argent public de la ville. Parce que, 500 panneaux niortais à 13 kilowattheures, ça consomme (multiplier par 24 pour la France entière) ! Et parce que, évidemment, les kilowattheures sont payés par la municipalité. Et remboursés par JCDecaux, mais dans une certaine limite, bien sûr...
Cette action d'éclat intervient alors que vient de sortir, le 31 janvier, le tant attendu (et décrié) décret régulant la publicité extérieure (tout ce qui est affichage en plein air)... Décret qui réussit l'exploit de donner encore plus de place aux publicitaires, sous prétexte de les grenello-limiter. Ainsi, le mobilier urbain éteint par les antinucléaires sera non seulement maintenu, mais en plus il pourra rester allumé sans limite (alors qu'au départ le ministère avait évoqué une limitation entre minuit et 6 heures du matin). En outre, le décret autorise désormais les pubs numériques, comme les panneaux (dans le métro) ou méga-panneaux de 50 m² (dans les aéroports), qui, diffusant des vidéos, sont encore plus énergivores (et accessoirement perturbantes).
Ironie : fin décembre, le ministère a annoncé 27 mesures pour lutter contre le gaspillage énergétique, fustigeant la pollution visuelle nocturne dans les villes (qualifiée de "sapins de Noël" par la ministre "écolo" Kosciusko-Morizet). a partir du 1er juillet 2012, les magasins seront donc priés d'éteindre leurs enseignes entre minuit et 6 heures du matin. Mais les afficheurs, eux, pourront toujours s'en donner à coeur joie. Le Grenelle s'arrête à JCDecaux et ses amis...
Je pourrais lui rédiger ici une longue déclaration d'amour, mais un petit clic est parfois plus efficace.
En prime, la petite image ci-dessous vous conduira directement à une carte qui, je l'espère, s'étoffera au fil des jours...
Pour que vive le livre en direct, au gré des surprises, des rencontres, des imprévus, et des conseils avisés.
Champi libri