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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 16:21
Dans l'abîme du temps

Comme bon nombre des rôlistes de longue date (tout cela ne me rajeunit pas !) je fais partie des hordes de lecteurs qui ont plus ou moins remis au goût du jour à la fin des années 1980 un auteur que les Français connaissaient alors peu, Howard Phillips LOVECRAFT, avec la sortie du jeu de rôle L'Appel de Cthulhu.

Profonde plongée dans l'univers tourmenté d'un auteur ayant imaginé des horreurs tapies aux frontières de notre conscience et de notre système solaire, le jeu invitait à découvrir les romans qui en étaient l'inspiration. Si l'originalité et la légèreté stylistique n'étaient pas toujours au rendez-vous, il faut reconnaître que "le maître de Providence" avait su cristalliser bon nombre de craintes de son époque, et susciter un goût et un courant qui allait perdurer après lui.

Les novellistes furent sans aucun doute les plus nombreux à lui emboîter la plume, mais les auteurs de BD ne furent pas en reste, surtout si l'on repense à certaines planches parues dans Métal Hurlant (Enki BILAL et son Bol maudit, par exemple).

Je ne chercherai pas ici à dénombrer l'ensemble des adaptations plus ou moins directes que LOVECRAFT a pu entraîner dans le monde de la BD, mais elles ont bien souvent comme critère commun d'être, au mieux, de stériles performances plastiques, et au pire de piètres illustrations d'un texte bien trop lourd.

Le mois Akiléos sur K-BD proposant Dans l'abîme du temps adapté par Ian CULBARD, je me suis dit qu'il était peut-être temps de donner une nouvelle chance aux adaptateurs du névrosé père de Cthulhu. Après tout, il n'y a que les imbéciles, comme on dit...

Nous voilà donc projetés aux côtés de Nathaniel Wingate Peaslee, jeune professeur d'économie politique à la célèbre université Miskatonic d'Arkham, au début du XX°siècle. La vie suit paisiblement son cours pour cet érudit sans histoire lorsque des rêves étranges et de brèves absences commencent à la tourmenter. Signes avant-coureurs d'une amnésie foudroyante qui le frappe en plein cours et l'affecte durant près de 5 ans (de 1908 à 1913).

A l'issue de ce trou noir, Nathaniel s'éveille en compagnie d'un de ses rares proches à ne pas avoir pris ses distances avec lui durant la période : le Dr Wilson. Ce dernier lui explique alors ce qu'il a fait ces cinq dernières années : après s'être réveillé balbutiant et bavant, ne reconnaissant ni sa femme ni son fils, le professeur a montré "un vif appétit pour l'histoire, la science, l'art, le langage et le folklore...", avec "la curiosité d'un voyageur studieux venu d'une terre étrangère." Une fréquentation assidue des bibliothèques universitaires, des capacités de lecture hors-norme, un appétit de connaissances sans limites lui valent l'intérêt de nombreux psychologues ("un parfait exemple de dédoublement de personnalité") et la compagnie d'intellectuels encore plus nombreux.

Cette période intense fut accompagnée de plusieurs voyages aux quatre coins de globe, des pôles aux déserts, insatiablement.

Jusqu'à que Nathaniel annonce le retour prochain de ses anciens souvenirs, ne réalise un étrange assemblage "de tiges, de roues et de miroirs", et ne finisse par s'éveiller comme si son malaise n'avait duré quelques heures.

Longue est alors la route pour tenter de recoller les morceaux, de comprendre de quoi ces cinq années furent faites exactement, et surtout de savoir qui lui avait fait cela.

Avec l'aide de son fils Wingate, revenu à ses côtés, et hanté par des rêves aussi forts que des souvenirs, Peaslee met tout en oeuvre pour faire la lumière sur ses années noires. Il se lance alors dans des études de psychologie, et parcourt chaque nuit "une immense salle voûtée, (...) des couloirs de pierres cyclopéens, (...) plusieurs niveaux de caveaux noirs..."

Je vous laisse découvrir la suite par vous-mêmes, si vous ne la connaissez pas déjà, tant le thème a déjà été traité et re-traité dans la littérature ou au cinéma depuis.

Voilà d'ailleurs l'une des faiblesses des histoires de LOVECRAFT, et donc de ses adaptations : leur manque d'originalité. Oui, près d'un siècle après, on peut dire que les différentes nouvelles jaillies de sa plume ont plutôt vieilli, voire mal vieilli.

Le rythme n'est pas très palpitant, les rares révélations assez convenues, et le style (encore et toujours lui !) bien encombrant : les couleurs sont forcément "cyclopéens", les abîmes "insondables" et les horreurs "innommables".

Le mérite de l'homme de Providence est avant tout celui d'avoir créé un mythe, des créatures, un univers, que le jeu de rôle bien plus que les romans permettent de faire revivre avec intérêt (à ce sujet, jetez un oeil sur la jolie gamme développée par Sans Détour, vous m'en direz des nouvelles !).

Ceci étant, reconnaissons à CULBARD le mérite d'avoir opté pour un parti pris graphique original : une ligne plutôt claire, un trait semi-réaliste, des couleurs franches, loin des dessins hyper-réalistes et hyper-hachurés auxquels ses prédécesseurs nous avaient habitués. Mais ce contre-pied visuel n'est pas toujours très heureux, rendant les scènes froides plutôt qu'inquiétantes, et certains paysages assez vides, même si le dessinateur essaie de rendre l'obscurité dense et palpable.

Ses mises en pages sont dynamiques, son trait assez souple, sa vision des créatures et architectures extra-dimensionnelles plutôt originale, mais malgré tout cela ne prend pas. A cause de la faible palette d'expressions des personnages ? Des textes trop lourds ? Des couleurs parfois trop criardes (certains bleus du ciel notamment) ?

Malgré les quelques originalités de cette adaptation de Dans l'abîme du temps, je reste pour l'heure sur ma faim et sur ma position à ce sujet : est-ce encore la peine d'adapter du LOVECRAFT sans en modifier rythme et textes ? Au vu de la richesse des développements proposés par le jeu de rôle (je sais, je ne cesse d'y revenir), je me demande s'il ne serait pas plus intéressant de scénariser de nouvelles aventures dans cet univers aux innombrables perspectives.

A essayer (si cela n'a pas déjà été fait !).

Champimages un peu passées d'âge.

Dans l'abîme du temps
Dans l'abîme du temps

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