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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 14:23
Le singe de Hartlepool

Les côtes de la perfide Albion ne sont qu'à quelques encablures du vaisseau du capitaine Louis-Armand Narraud quand une tempête éclate. Alors que Philip(pe), jeune mousse bilingue (pour son grand malheur) vient d'être expédié par-dessus bord, la foudre frappe le grand mât et le fier représentant de la Marine Impériale est engloutit par les flots.

Seuls deux de ses passagers survivent : Phiilppe, qui échoue dans une petite crique isolée, et Nelson, le chimpanzé qui faisait office de mascotte à bord, et qui portait en permanence un bel uniforme.

L'animal s'est échoué sur un littoral plus fréquenté et moins hospitalier : la plage principale de Hartlepool, insignifiant village dont la population, plus bête que méchante, se persuade d'avoir mis la main sur un ... Français. A la décharge de ces pauvres pêcheurs, ils n'ont jamais vu de Français... ni de singe, d'ailleurs.

En fait si : le vieux Patterson a déjà eu affaire à ces "espèces de sales déjections d'hirondelle africaine bouffées par les vers" (je cite !), en 1759 au large de Québec. Il y a 55 ans. Mais sa mémoire est plus intacte que ses jambes restées là-bas : il est formel. Les Français puent, grognent, ont le corps recouvert de poils, et quand leurs pieds ne ressemblent pas à des sabots fourchus, ils ressemblent à des mains.

Devant une telle série de preuves, les villageois ne peuvent qu'en convenir : il s'agit bel et bien d'un Français, qu'il faut enfermer, faire parler si possible (qui sait s'il ne connaît pas des plans secrets d'invasion de l'île par l'armée napoléonienne ?) et ensuite pendre haut et court, cela va de soi.

Hartlepool a également la chance d'accueillir un médecin de passage, qui a très vite fort à faire pour soigner bon nombre des victimes du singe (l'animal ne s'est pas laissé capturer sans morsures !) et, surtout, de la bêtise locale. Ces soins l'occupent d'ailleurs tellement qu'il n'a pas le temps d'aller voir l'énergumène dont tout le monde parle et qui provoque une telle hystérie au village.

Son fils Charly, vite intégré aux jeux de enfants du coin, a quelques occasions d'apercevoir l'hideux prisonnier, et il se range à l'avis des autochtones. Seule Melody, la petite-fille du vieux Patterson, émet quelques doutes quant à son identité, mais qui écouterait une fille...

Voilà donc le triste cadre de l'histoire composée avec brio par Wilfrid LUPANO, à partir de faits en partie réels : la guerre, la bêtise, l'ignorance, et au bout du compte (et de la corde) une victime innocente.

Menant son récit d'une main de maître, il ne perd jamais le rythme, trousse des dialogues enlevés, qu'il parsème de fins traits d'humour et de belles brassées d'insultes colorées.

Peu de villageois sont là pour rattraper les autres, malgré une vague - et vaine - tentative de procès. Seul l'homme de science et de raison brandit quelque peu de clairvoyance.

Graphiquement, cela a été un vrai bonheur de découvrir, enfin, la première bande dessinée de Jérémie MOREAU, copain de longue date, un de mes premières compagnons dans le monde de la BD, tout cela ne me rajeunit pas.

Après avoir (brillamment) fait ses armes dans le monde du dessin animé, il est revenu à ses premières amours.

Toutefois, loin de tomber dans les travers de bon nombre de ceux qui, comme lui, passent de l'image mobile à l'image fixe, il a su s'affranchir de ses éventuelles habitues pour ne laisser parler que son imagination et son inventivité.

Le résultat est un trait merveilleux et vivant qui n'est pas sans rappeler certains grands noms de l'illustration et du dessin de presse, comme Ronald SEARLE ou Tomi UNGERER, notamment pour brosser la truculente galerie de portraits des villageois.

Passant de la caricature la plus hilarante à la finesse la plus touchante, il fait montre d'un grand talent et d'une large palette stylistique.

Les couleurs quant à elles - sans aucun doute de l'aquarelle - illuminent et dynamisent dessins et scènes, sans surcharge, tout en subtilité.

De travail d'artiste.

Habitué aux récits historiques, le scénariste a offert à son dessinateur, pour son premier album, une histoire originale et profonde que le trait et les couleurs ont su magnifier.

Comédie dramatique, conte social et philosophique, leçon de vie, Le singe de Hartlepool est un peu tout cela. Parfaitement dosé.

Jérémie MOREAU travaille actuellement sur un projet plus personnel, en noir et blanc, que nous attendons avec impatience.

Après un si bon début, la suite ne peut qu'être alléchante !

Champimages mouvementées.

Le singe de Hartlepool
Le singe de Hartlepool

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