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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 10:41
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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 08:44

Le grand Umberto ECO a tiré sa révérence hier.

Petit clin d'oeil d'entre les cases, dans les pages de Cybersix, de Carlos TRILLO et Carlos MEGLIA.

Ne nous reste plus qu'à lire, encore et encore...

Chapeau, Umberto !
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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 08:32
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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 22:50
Vie de Mizuki - T1 L'Enfant*

Toujours sur la lancée de notre thème "BD et enfance", sur k.bd, nous prenons un peu le large vis-à-vis de l'Europe pour nous orienter (ah, ah) vers le Japon.

S'il est un nom de mangaka que l'on a souvent entendu en France depuis une dizaine d'années, c'est bien celui de Shigeru MIZUKI. Remarqué et primé à Angoulême en 2007 pour son étrange et notable NonNonBâ, il a bénéficié du talent, de la patience et de la constance des éditions Cornélius qui nous ont ainsi fait profiter des ouvrages marquant de son oeuvre (Kitaro le repoussant, Opération Mort, Hitler...).

Une bonne partie de sa production, à commencer par NonNonBâ, porte la marque de la vie peu commune qu'il mena : enfance peuplée de yôkai (les esprits du folklore japonais), jeunesse marquée par la deuxième Guerre Mondiale... Toutefois, en 2001 (date de sa première publication au Japon) Shigeru MIZUKI entama la rédaction d'une véritable autobiographie dessinée, sobrement intitulée Vie de Mizuki.

Voici un aperçu de son premier tome : Enfant.

"La légende raconte que je suis né à Sakaï-minato, dans le département de Tottori.

Mais en réalité...

Je suis né à Osaka, dans un endroit appelé le "Village Kohama"...

... le 8 mars 1922."

[Nous pourrons remarquer que la 2ème de couverture de ce même ouvrage indique que l'auteur est né... à Sakaï-minato. La légende perdure bel et bien !]

Fils d'une femme au foyer et d'une homme d'affaires à tout faire, Shigeru, surnommé Gege par ses amis, est le 2ème garçon d'une fratrie de trois.

Rêveur ("J'ai la manie de me poser des questions et d'y répondre moi-même. C'est pour cela que je n'ai pas parlé jusqu'à l'âge de quatre ans"), insouciant et gourmand ("J'estimais que l'univers tout entier était comestible") dès les premiers mois, il le resta durant plusieurs années. Un peu à l'image de son père.

Peu porté sur l'école - un autre de ses traits caractéristiques qui le suivit toute sa vie ! - le jeune MIZUKI évolue entre les nombreux livres et magazines de son père (ce dernier rêvant d'écriture) et les récits peuplés d'esprits de la grand-mère qui le garde souvent (la fameuse "NonNonBâ").

La vieille dame lui ouvre les portes d'un monde richement peuplé situé au seuil de notre conscience et de nos sens : M. Beto Beto, Azuki-akan, Otoroshi... Tous plus nombreux, hideux, cachés, mystérieux, parfaits pour expliquer l'inexpliqué (les tâches humides au plafond, le bruit dans le grenier...) et à enseigner le respect aux plus jeunes. Quitte à leur faire perdre le sens des réalités.

Il faut bien reconnaître que la réalité n'est pas des plus tendres avec le jeune garçon : sa famille est frappée de plein fouet par la crise économique mondiale (de 1929) et les bagarres entre plus jeunes et plus vieux ou entre bandes rivales sont particulièrement violentes.

Mais le petit Shigeru a la chance d'avoir un père certes insouciant mais porté sur la culture et les arts : il permet à son fils de lire la mythique revue Shonen Jump (qui publie des histoires pour les plus jeunes) et surtout il achète un projecteur pour permettre aux villageois de profiter des films et dessins animés qui, depuis peu, sont doués de parole.

Un fait notable qui n'est pas sans rappeler la vie d'un autre pilier de l'histoire des manga : Osamu TEZUKA. Les deux enfants - qui n'ont que 6 ans d'écart - partagent d'ailleurs également une même passion pour les insectes. Mais cessons là le jeu des comparaisons.

Entre mauvais résultats scolaires - MIZUKI est incapable de se lever le matin, donc incapable de suivre correctement les cours -, humiliations par les plus âgés et pauvreté domestique (son père ne cesse de courir après le travail, parfois très loin de leur village), le jeune garçon passe beaucoup de temps à se promener, errant parfois sans but, mais l'esprit toujours occupé.

"J'espérais pouvoir rencontrer un jour, au cours d'une promenade, les monstres tapis dans les montagnes et les champs, ou les kappas dans les rivières."

L'insouciance du personnage dénote d'avec le contexte toujours plus tendu dans lequel il évolue : conflit avec la Chine, la Russie, bientôt les Etats-Unis, la Japon ultra-militariste et fanatique vis-à-vis de l'empereur tremble également de l'intérieur à travers de nombreux coups d'Etat.

Pourtant, c'est peut-être sa totale lucidité à ce sujet (après tout, sa mère lit et commente les journaux à longueur de journée) qui lui fait inconsciemment adopter son détachement : "Que vas-tu devenir ? _ Ne t'en fais pas. La guerre décidera pour moi."

Il n'a pas tort. La guerre l'emporte et apporte avec elle son lot de privations et surtout d'humiliations. L'enfance s'éloigne à toute vitesse.

Cette histoire fleuve (près de 500 pages pour ce seul premier tome, dont de nombreuses notes et une petite chronologie pour ne pas s'y perdre) est servie avec le grand écart graphique auquel l'auteur nous a habitués : les scènes familières le représentant lui ou ses proches sont traitées avec le trait caricatural qui le caractérise tandis que les éléments historiques (affiches de films, hommes politiques, images de guerre) reprennent avec un réalisme tout photographique l'iconographie de l'époque.

L'auteur promène sa tête ronde immanquable dans de somptueux décors naturels ou des gros plans à l'exagération propre aux productions nippones.

Sa galerie de personnages secondaires est hilarante de difformités (nez énormes, têtes cabossées...) et les épisodes scatologiques (sorties nocturnes aux toilettes, problèmes intestinaux...) ne sont pas passés sous silence (ah, ah), le tout visant sans doute à désamorcer par le rires et la caricature une réalité somme toute assez rude.

Ce récit est porté par trois voix qui s'interpellent parfois : le petit garçon en pleine action, le vieux mangaka assis à son bureau et un... avatar (?), mi-homme, mi-chat, qui commente le tout. Si l'on y ajoute les deux vieillards qui évoquent, de temps en temps, l'actualité géo-politique mondiale, on peut constater que Shigeru MIZUKI a adopté une narration moderne et extrêmement dynamique.

Par l'ensemble des sujets qu'elle aborde et la manière dont elle les traite, cette Vie de Mizuki vaut donc autant pour les informations qu'elle nous livre sur l'auteur et sur la vie au Japon dans ces années-là que pour la manière dont les voix se font écho pour la raconter.

Une première pierre narrative qui fait écho à Gen d'Hiroshima ou Une sacrée mamie pour en savoir un peu plus sur la vie des futurs mangaka à travers le XX°s au Japon.

Derniers feux médiatiques en date pour l'auteur : l'annonce de son décès en novembre 2015. Après une vie plus que bien remplie et mouvementée, il a tiré sa révérence, laissant derrière lui une oeuvre conséquente et atypique, réécriture constante de cette vie "entre rêve et réalité" qu'il semble n'avoir jamais tout à fait quittée.

Champimages d'archives.

Vie de Mizuki - T1 L'Enfant*
Vie de Mizuki - T1 L'Enfant*
Vie de Mizuki - T1 L'Enfant*
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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 20:08

A mi-chemin entre architecture, design, illustration, graphisme... (beau carrefour !) Federico BABINA revisite des lieux, monuments, maisons, formes... via des séries thématiques élégantes et drôles.

L'ombre de Charley HARPER n'est jamais loin, mais qui pourrait le lui reprocher...

Federico BABINA
Federico BABINA
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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 20:03

Quelque part entre Plonk & Replonk et Gilbert GARCIN, Paco POMET revisite d'ancienne photographie à la peinture à l'huile, leur insufflant étrangeté et poésie.

Une autre dimension...

Paco POMET
Paco POMET
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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 16:11
It is not a piece of cake* - Chronique express

Vous avez aimé Le Chat du kimono et Tea Party ? Vous en reprendriez bien une tasse ? Qu'à cela ne tienne, et si vous goûtiez plutôt de ces délicieux black shortbreads ? Il ne vous en coûtera que la recherche de la recette car, voyez-vous, malheureusement, elle a été perdue. Tant de temps a passé depuis l'époque heureuse où mère en cuisinait pour ses deux adorables enfants, Victor le tendre et Percy le perspicace.

Lequel des deux retrouvera le premier la recette disparue ? Retourner entre les hauts et sombres murs écossais de Montrose Castle sera-t-il suffisant ? Beaucoup de morts y errent, de souvenirs y flottent et de rancoeurs y croupissent... Et la langue acérée d'Alice Barnes, la dame au kimono et au chat déjà croisées par le passé, n'arrangera sans doute pas les choses.

L'enjeu de la chasse à la recette est bien plus qu'un simple goûter : au coeur d'un pari entre deux lords aussi joueurs que riches, ces black shortbreads sont autant une question de goût que d'honneur.

Mais les deux frères Neville ne concourent pas à égalité : en tant qu'invité de Miss Barnes, Percy bénéficie d'un accueil chaleureux et d'une place de choix tandis que Victor doit se contenter d'évoluer parmi le petit personnel.

"Ca ne va pas être de la tarte", présage-t-il en préambule.

C'est le moins que l'on puisse dire.

D'autant que les hallucinations, migraines et absences auxquelles il est sujet n'arrangeront pas ses affaires.

Cuisine, bibliothèque, lande, chambre maternelle... Où la clef du mystère repose-t-elle ? Et ces petits gâteaux, madeleines des Highlands, ne seraient-ils pas à leur tour la clef d'un secret bien plus grave et bien mieux gardé ?

De thé en chat, Nancy PEÑA balade héros et lecteurs avec malice et virtuosité graphique. Si le félin et son kimono sont moins présents, la perspicacité de l'un et le rouge vif de l'autre baignent It is not a piece of cake du charme et du mystère qui lui confèrent un petit air de CONAN DOYLE ou CHRISTIE.

Le trait vibre, le chat vit, l'étrange s'invite comme s'il était chez lui dans cette Ecosse plus que jamais fantomatique.

Entre les genres et les époques, porté par la verve des joutes verbales et l'éclat des lignes, ce récit conjugue intrigue et élégance avec le parfait dosage de ces recettes que l'on recherche lorsque sonne l'heure du tea time.

D'ailleurs, n'entends-je pas sonner cinq coups ?

Champimages qui miaulent en noir et sang.

It is not a piece of cake* - Chronique express
It is not a piece of cake* - Chronique express
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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 15:10
Le jour le plus long du futur - Chronique express

Dans un futur en cinquante nuances de rouge et de bleu, deux empires économiques et commerciaux se partagent le monde : lapin blanc (sur fond bleu) et cochon noir (sur fond rouge).

Immeubles, ruelles, machines, vêtements, humains... tous portent l'une ou l'autre marque, inféodés de gré ou de force à l'une des deux factions. Chacune ne pouvant supporter l'existence de l'autre (dont la chute entraînerait un doublement définitif des parts de marché !), elles cherchent un moyen de réduire à néant le plus que concurrent : l'adversaire.

Côté lapin (dont le salut index et majeur levés rappelle les fières oreilles), une mystérieuse valise tombée du ciel fera l'affaire : à peine ouverte, elle avale ceux qui l'approchent ou, pire, laisse aller ses tentacules destructeurs où bon lui semble. Il suffit qu'un plus ou moins volontaire, désigné par le "mauvais café", la dépose au coeur de l'empire rouge et noir et tout sera réglé.

Côté cochon (dont le salut index et auriculaire levés évoque les nobles oreilles), l'arme sera choisie à l'issue de l'affrontement de quatre robots-tueurs mis au point par les meilleurs chercheurs. Si besoin, un simple robot ménager (entendez par là : programmé pour faire le ménage) fera l'affaire.

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait la destruction, le match entre la valise bleue et le robot rouge peut commencer. Tremble, monde soumis. La guerre des géants ne se souciera pas de toi.

Découvert avec le déroutant Diagnostics, Lucas VARELA nous livre,avec Le jour le plus long du futur, une fable somme toute classique portée par une foule de petites inventions visuelles du meilleur effet.

Sans doute nourri par le cinéma de science-fiction des années 60-70, l'auteur espagnol se plaît à peupler ce monde de demain de bâtiments et machines de toute beauté. Au service de l'humain et de son asservissement, caméras, écrans et bras articulés et télescopiques peuplent un environnement hostile, aseptisé et policé dans lequel l'autre est montré comme un barbare sanguinaire. Mais comme le disait DESPROGES, "l'ennemi est bête, car il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui."

Graphiquement, VARELA s'en donne à coeur joie, avec son trait rond, en designs (retro)futuristes, les deux marques opposées lui offrant mille occasions d'agrémenter objets et tenues de couleurs et d'oreilles signifiantes.

Souplesse des tentacules et des rayons lasers envahissent les cases, agents du chaos détournant parfois les codes mêmes du médium (Diagnostics n'est donc pas très loin).

Livre sans paroles dont la fluidité n'a d'égal que le potentiel de relecture, tant l'univers est riche de détails soignés mais jamais envahissants, Le jour le plus long du futur, s'il délivre des messages relativement classiques sur l'asservissement des masses et la toute puissance des géants de l'agro-alimentaires, de la malbouffe et de la grande distribution, le fait avec une élégance et une efficacité qui rappellent parfois la Lorna de BRÜNO.

Elégante filiation.

Champimages de demain.

Le jour le plus long du futur - Chronique express
Le jour le plus long du futur - Chronique express
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 13:26
L'arabe du futur T1

Encore placés sous le thème de l'enfance, sur k.bd, nous passons de Marzi à Riad. Pas vraiment un autre temps - les deux auteurs sont presque contemporains - mais résolument d'autres moeurs, puisque nous glissons de la Pologne au bassin méditerranéen, L'arabe du futur nous promenant entre la France, la Libye et la Syrie (deux pays qui nous rappellent combien le "y" est voyageur, et qui me permettent de constater qu'une carte géographique reste le meilleur moyen mnémotechnique de se rappeler que le "y" de Libye comme de Syrie se situe dans la direction de la Grèce pour chacun de ses deux pays. CQFD).

C'est donc l'histoire du jeune et blond Riad (plus connu de nos jours sous le complet vocable de Riad SATTOUF) que nous suivons pas à pas, depuis la rencontre de ses parents à Paris du temps de leurs études (au début des années 1970) au retour de la famille en Syrie en 1984.

Papa Sattouf, Abdel-Razak, "élève brillant [qui] avait reçu une bourse pour étudier à la Sorbonne" y fait donc la rencontre de Maman Sattouf, Clémentine, qui "avait eu pitié de lui [et] était allée au rendez-vous à la place de sa copine."

Thésard en histoire contemporaine, Abdel-Razak suit de prêt l'actualité française grâce à la télévision pompidolienne, l'actualité internationale grâce à RMC et les commente toutes deux à voix haute du soir au matin, très concerné par la géopolitique au Proche Orient. "Je changerais tout chez les arabes. [...] Je serais un bon président." Malgré sa haute opinion de lui-même, il décline la proposition d'un poste à Oxford ("Oxford !!! La classe !!!") pour accepter celui dont il avait fait la demande à Tripoli, en Libye.

"Mon père était pour le pan-arabisme. Il était obsédé par l'éducation des Arabes. Il pensait que l'homme arabe devait s'éduquer pour sortir de l'obscurantisme religieux."

Voilà donc les trois Sattouf - car le petit Riad est né entre temps - partis pour s'installer dans la Libye de Kadhafi,Le Guide, qui a profondément modifié la société de son pays.

"Le Guide a aboli la propriété privée. Dans notre état des masses populaires, les maisons sont à tout le monde."

Donc pas de serrure. Juste un loquet à l'intérieur.

"Ta femme n'aura qu'à fermer le loquet dans la journée."

Au temps pour l'émancipation féminine. Mais pas de loquet = pas de chez soi.

Ainsi se dessine le monde autour du petit Riad : repousser les personnes qui poussent la porte quand le loquet n'est pas fermé, écouter son père lire "le petit livre vert" de Kadhafi, et jouer avec ses voisins tous deux fascinés par l'inhabituelle blondeur de sa chevelure.

Le tout dans les tons jaune-orangé d'une enfance libyenne où il avait "beaucoup de mal à faire la différence entre le rêve et la réalité, surtout la nuit."

Il faut dire que la réalité n'était pas toujours tendre, particulièrement au moment des files d'attente pour faire les courses (preuve que, de part et d'autre de la Méditerranée, les années 80 ont parfois eu un air de famille).

Et que cette réalité, mâtinée d'exotisme français, pouvait engendrer des représentations aussi étranges que drôles : "Je ne comprenais pas ce mot. Mais depuis ce jour, quand j'entends "Dieu", je vois la tête de Georges Brassens."

Toutefois, le jeune Riad avait pour principale idole son propre père, un homme "fantastique", capable de lancer à la main une balle de tennis par dessus leur immeuble, de dessiner une Mercedes sans modèle et sans erreur, et de cueillir les "toutes" (les mûres arboricoles) comme personne.

Après la Libye, la famille s'envole vers la France, avec la Syrie pour horizon.

Six années bien mouvementées pour le petit Riad, donc, qui goûte peu à l'école et bénéficie du cocon familial et des jeux d'enfants.

Un cocktail qui se révèle pourtant bien amer lorsqu'il fait la connaissance de ses cousins syriens plus âgés et surtout très bruns : pour eux, la blondeur du petit "Français" est la marque incontestable de son judaïsme.

Les conflits des adultes s'immiscent alors dans la quotidien des enfants...

Succès critique et public dès sa sortie, pour le premier comme le deuxième opus, l'Arabe du futur fait partie de ces chroniques de l'enfance qui conjuguent regard décalé, critique socio-politique indirecte et exotisme.

Le décalage naît du regard à hauteur d'enfant, fasciné par certains adultes, effrayé par d'autres, et parfois bien en peine pour distinguer ce qui est réel et ce qui ne l'est pas.

La critique naît de l'exposé (apparemment) objectif et surtout sans parti-pris (contrairement à Marjane SATRAPI, par exemple) qui est fait sur la vie libyenne puis syrienne, paradis déchus d'une certaine forme de communisme.

Et l'exotisme affleure parce que cette enfance "de l'autre côté de la mer Méditerranée" distille des petites doses de familiarité (petits soldats en plastique sur le tapis et robots géants à la télé) au milieu d'un océan d'incroyable (vétusté des immeubles, des rues, conditions de vie rudimentaire...) qui fait écho à ce que les actualités étalaient sur nos petits écrans français à cette époque.

Graphiquement, Riad SATTOUF use de ce minimalisme efficace que l'on pourrait presque appeler "Ligne de l'Association" et qui sert son propos en toute fausse simplicité.

Le trait est souple, toujours expressif, et ne surcharge jamais l'image.

Les aplats noirs sont rares (une chevelure, un vêtement, un carrelage) rendant l'univers du petit garçon moins agressif que celui de la jeune Marjane ou de la jeune Zeina (ABIRACHED).

Chaque pays dispose de sa monochromie (bleue pour la France, orangée pour la Libye, rose pour la Syrie), rehaussée parfois d'un éclat de rouge ou de vert vif pour souligner un détail ou une intensité (un livre, un jouet, un cri).

La quatrième de couverture est d'ailleurs très graphique, donnant à ces couleurs saturées un poids visuel et symbolique fort.

Témoignage frais et riche se voulant dépouillé de tout parti-pris (c'est en tout cas ce que laisse toujours supposer une narration à hauteur d'enfant), l'Arabe du futur doit peut-être son succès, au-delà de ses qualités intrinsèques (histoire, narration, dessin) à l'écho qu'il nous renvoie de l'actualité des dernières années, forte des "printemps arabes" et des guerres civiles qui continuent de faire la une de nos journaux et de faire trembler le monde bien au-delà des rivages de la Méditerranée.

Loin de toute forme de manichéisme, Riad SATTOUF brosse le portrait de sociétés et de personnalités complexes (à commencer par celle de son père, autant pétri d'envie de réussite sociale que d'idéaux) qui, à défaut de nous rassurer, nous éclaire sur nos proches voisins avec une certaine honnêteté.

A suivre dans le tome 2.

Champimages d'enfant sage.

L'arabe du futur T1
L'arabe du futur T1
L'arabe du futur T1
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 11:42
Raging Bulles à Toulon - 25 février 2016

Nouvelle étape dans notre série des Raging Bulles de la saison 2015-2016 : rendez-vous jeudi 25 février à partir de 19h30 à La Cave de Lilith à Toulon (rue Paul Lendrin).

Les titres retenus ce mois-ci :

Marcello D'SALETE, Cumbe, ed. Çà et Là.

Frédéric BEZIAN, Le courant d'art : de Byrne à Mondrian, ed. Soleil.

Camille MOULIN DUPRE, Le voleur d’estampes, ed. Glénat.

Serge LEHMAN & GESS, L'esprit du 11 janvier, ed. Delcourt.

Takashi NAGASAKI & Naoki URASAWA, Master Keaton Remaster, ed. Kana.

Valentine GALLARDO & Mathilde Van GHELUWE, Pendant que le loup n’y est pas, ed. Atrabile.

Bonnes lectures !

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