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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 11:40
Fenêtre sur Rhône
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 10:01
Adulteland

"Ne blâme pas le monde, ô ermite. La société est laide et déprimante, mais elle te laisse une place. Je salue ton retour."

Bien laide et bien déprimante semble en effet la société, la réalité même que dépeint Oh YEONG JIN dans son méconnu Adulteland : peu de pitié pour ces Coréens entre deux âges qui font le point sur des vies déprimantes, des alternatives douloureuses et/ou douteuses et des murs de béton partout autour d'eux.

Ne leur reste que l'ivresse à répétition ou quelques heures volées au bord de la mer pour tenter d'oublier ou de se sentir libre.

A qui parler, se confier ou demander de l'aide quand tout s'effondre, que l'on n'a plus rien, que les repères volent en éclat...

"Ces cinq dernières années ont été bien sombres. Quand j'étais désespéré, je n'avais personne à qui parler... Je dois vraiment être au bout du rouleau pour me confier à un robot !"

Telle est en effet la vocation, la vertu même d'Adulteland, étrange et attirant parc d'attraction implanté dans un petit port loin très loin de Séoul.

"Avec qui parlez-vous quand vous vous sentez seul ?"

A ceux qui n'auraient pas de réponse à apporter à cette question, Adulteland vous propose la compagnie de robots dernier cri parfaitement adaptés pour vous faire la conversation.

Cultivés, attentifs, réactifs, sensibles, presque intelligents et humains, ces êtres artificiels vous font rapidement oublier ce qu'ils sont pour simplement vous faire vous demander "qui" ils sont.

Dans un monde pressé à l'extrême - "hurry up, hurry up" - où l'épuisement et l'isolement semblent les seuls horizons, ces compagnons inattendus vous offrent l'humanité qui semble avoir déserté votre quotidien.

Pourtant, Yongbae a une femme et des amis à qui confier ses craintes, son épuisement, son vague à l'âme, ses incertitudes face à l'avenir.

Mais ce n'est pas si facile d'avouer ses peurs et ses faiblesses à ceux qui nous connaissent et nous côtoient.

Alors que face à un étranger - a fortiori robotisé - que craindre ? Surtout lorsque ce dernier semble faire preuve non seulement de compréhension mais aussi d'empathie, d'un peu d'humour, et surtout de philosophie...

Cruelle société que celle décrite par Oh YEONG JIN.

Une société qui fait pourtant écho à celle qui nous est donnée à voir chaque jour.

"Désolé, je n'ai pas pu te venir en aide quand tu en avais besoin.

_ J'aurais fait pareil à ta place. Comment réagir face à un clodo qui sent la pisse et qui vient te demander de l'argent ?"

Chacun pour soi, c'est déjà assez compliqué comme ça.

Et si une simple discussion avec une machine - aussi brillante soit-elle - ne vous suffit pas, si vous avez besoin de concret, d'action, d'investissement pour repartir du bon pied et reprendre place dans cette société qui vous a mis au rebut avant de vous jeter, n'ayez crainte : des solutions existent pour vous aider à entamer dans une vie nouvelle.

Vendre un organe, par exemple.

Et en plus il pleut...

Implacable analyste de son monde et de ses contemporains, l'auteur coréen aborde des sujets très sensibles et pose les questions qui fâchent.

Sans concession scénaristique ni graphique, il malmène le lecteur par son trait aussi : vacillant, déformé, il étire ou compresse les canons du dessin et campe des hommes aux visages caoutchouteux et des femmes aux mentons-promontoires.

Eludant bien souvent les décors, détourant d'un noir profond les silhouettes, Oh YEONG JIN ne nous laisse aucune échappatoire dans nos face-à-face avec des êtres difformes, broyés, mais pourtant attachants et familiers.

Le monde est moche, les humains qui le peuplent aussi, mais tout cela nous semble finalement bien naturel.

Et l'espoir dans tout ça ? Lointain, maigre, disparu peut-être.

Quel avenir pour Gangmo, son rein en moins et son bar en plus ?

Pour Seo dont la défunte femme revient pour le mettre face à ses choix ?

Pour Yogi, le plus performant des robots, le plus clairvoyant des personnages ?

"Les humains sont vraiment bizarres. On dirait qu'à l'abri des regards ils creusent leur propre tombe en dégringolant toujours de plus en plus bas."

Adulteland.

Plus qu'un simple parc d'attraction : un miroir qui nous renvoie l'image à peine déformée du monde tel que nous l'avons rendu et qui nous le rend bien.

Doublé d'une réflexion sur l'humanité et l'intelligence artificielle.

Mais si tout cela n'était qu'un livre.

Au fond et à la forme dérangeants, mais juste un livre.

Juste.

Champimages sans concession.

Adulteland
Adulteland
Adulteland
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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:24

Nathan SAWAYA et l'expo The Art of the Brick.

Brick Artist
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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:17

Yves MARCHAND et Romain MEFFRE, archéologues du temps présent.

Images d'un monde oublié
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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:02
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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 08:52
L'homme qui marche*

"Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté". Telle semble en tout cas être la vie dans ce quartier où habitent l'homme en cravate et la femme au foyer.

Ruelles, ponts, escaliers, berges, trottoirs, cafés, bancs, parcs, arbres... offrent autant de haltes et de points de vue sur les toits, flots ou frondaisons qui composent le paysage impressionniste de l'environnement semi-urbain que Jiro TANIGUCHI nous donne à voir.

Gestes, regards et sons accompagnent - et appuient - cette marche d'un homme qui, candide des temps actuels (une actualité déjà vieille de 20 ans, il est vrai), découvre ou redécouvre son environnement théoriquement familier.

Un enchevêtrement de ruelles, commerces et petits pavillons qui dessinent un univers paisible et apparemment aisé où circulent écolières, mères de famille, grands-mères et chats errants.

La faune locale ne se limite pas aux félins, d'ailleurs : chiens, poissons et surtout oiseaux - ô métaphores de la liberté ! - peuplent les recoins de cet espace qu'on imagine presque hors du temps.

La flore n'est pas en reste, entre chêne "miyazakien" et cerisier - sakura dans la langue de KITANO, non mais, j'en sais des mots ! - forcément en fleurs, même en noir et blanc.

En 17 histoires courtes et avec un titre qui fleure bon la sculpture de GIACOMETTI, Jiro TANIGUCHI plonge avec le talent qu'on lui connaît dans ces petits riens du quotidien qui lui donnent du charme et une certaine forme d'exotisme.

Prenant le temps de regarder, s'arrêter, sentir et faire vibrer ses sens - par la caresse du vent ou de l'eau, par la morsure d'une ronce, par le déséquilibre d'un sol instable - son héros semble soudain s'ouvrir au monde et l'admirer, le découvrant comme il ne l'avais jamais vu.

Quelque part entre un recueil de nouvelles d'Anna GAVALDA et les 101 expériences de philosophie quotidienne de Roger POL-DROIT, l'auteur et son personnage semblent nous inviter à les suivre dans les méandres du banal, du familier, pour le réenchanter en somme. En renouant avec son âme d'enfant (pour marcher sous la pluie ou en équilibre sur un muret) ou de "délinquant" (en faisant le mur de la piscine municipale pour faire trempette au clair de lune).

Parfaits éléments pour inscrire cette lecture au programme de notre mois de la spiritualité sur k.bd.

Derrière la facilité ou la répétitivité de certaines scènes (peut-être ne faudrait-il lire L'homme qui marche que de manière homéopathique ?) et l'ambiance plutôt paisible qui s'en dégage, il semblerait toutefois qu'une certaine lecture en creux soit possible et dessine des pistes d'approche presque sociologiques...

Avant tout, qui est cet homme ? Seul représentant, ou presque, du sexe masculin, ses balades ne lui font croiser que des femmes de tous âges ou des hommes plus âgés. Sa tenue - costume, cravate, fines lunettes - le classe en apparence dans la catégorie des employés ou des cadres. Donc où trouve-t-il le temps de flâner ? Est-il en vacances ? Ou plus probablement fraîchement licencié ?

Si c'était le cas, le voilà encore engoncé dans son costume et ses habitudes mais, sous le coup des redécouvertes qu'il fait et des expériences qu'il vit, il s'en départit peu à peu et redevient progressivement plus humain.

Un humain attentif à son environnement, à son prochain, et qui prend enfin le temps de vivre.

A moins que notre homme ne soit un artiste, épris de culture (française, bien sûr ! On est chez TANIGUCHI !), un architecte peut-être (au vu de ses lectures), qui s'imprègne chaque jour du monde qui l'entoure pour y puiser son inspiration.

Ceci étant, artiste ou pas, notre homme se promène pendant que sa femme-enfant fait la cuisine, sans doute le ménage, et l'attend au foyer, ne sortant qu'en sa compagnie.

Son rapport à la femme est d'ailleurs assez étrange, presque dérangeant quand on surprend ses regards en coin destinés au lycéennes assises ou de passage qu'il croise sur son chemin. Paternalisme bienveillant ou lubricité sourde ? Difficile d'y voir clair derrière les verres de ses lunettes.

Graphiquement, rien que de très classique : un trait majoritairement net, parfois vaporeux pour évoquer un ciel photographique ou un flou de myopie, et un noir et blanc tramé qui, les rares fois où le lavis le rehausse, prend une belle dimension plastique qui nous ferait presque regretter que l'ensemble de l'album n'ait pu bénéficier de ce traitement.

Découvert il y a 20 ans, L'homme qui marche m'avait laissé un souvenir doux et suspendu. Sans doute aigri plus qu'apaisé par le temps qui passe, je n'y ai pas retrouvé dans ma lecture d'aujourd'hui ces impressions paisibles.

Peut-être me manque-t-il un thé et un peu de temps pour, patiemment, marcher au côté de ce voyageur du quotidien, de cet explorateur de la proximité, de ce redécouvreur d'un monde admirable et agréable - si tant est qu'il le soit vraiment.

Champimages douces amères.

L'homme qui marche*
L'homme qui marche*
L'homme qui marche*
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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 10:30
Raging Bulles à Toulon - 24 septembre 2015

Eh oui, c'est la rentrée, et avec elle la reprise du Raging Bulles que vous attendiez tous.

Rendez-vous

Jeudi 24 septembre

A partir de 19h30

Chez Jositha

7 rue de Chabannes

A Toulon

Pensez à me faire connaître votre présence éventuelle par mail svp.

Au programme :

Tranches d'humour

GOOSENS Daniel, Combats, ed. Fluide Glacial

SAMOS, Le Roman d'un gland, ed. La Boîte à Bulles

WITKO Nikola & COMETE Claude, Space sérénade, ed. Fluide Glacial

Tranches de vie

DEMONGEOT Mylène, BOUILHAC Claire & CATEL, Adieux Kharkov, ed. Dupuis.

GOSSELIN Thomas, Blackface Babylone, ed. Atrabile

TANX, Velue, ed. 6 Pieds sous terre

Bonnes lectures !

Raging Bulles à Toulon - 24 septembre 2015
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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 10:40
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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 09:39

Si vous avez raté l'expo "Colorama - La splendeur perdue du Kodak way of Life", Télérama.fr vous propose une session de rattrapage, en panoramique comme il se doit !

Télérama en Colorama
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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 18:56
Goliath*

"Les Philistins réunirent leurs armées sur une montagne, les armées d'Israël campaient sur une montagne en face : une vallée les séparait."

Tentes, bannières, soldats et tours de garde : rien ne manque dans le campement philistin. Tension et surveillance sont de mises face à un adversaire que l'on ne voit pas mais dont on devine mouvements et intentions. Dont on imagine tentes, bannières, soldats et tours de garde comme le veut la logique de la guerre.

Attente et silence pèsent sur la vallée qui sépare les deux armées. Aucune ne bouge afin de ne pas s'exposer aux assauts de l'autre. Un statu quo parti pour durer, durer, durer...

Heureusement que les Philistins comptent dans leurs rangs un fin stratège : "Je pense avoir la solution pour nous tirer de cette impasse et gagner la guerre en deux semaines, en sacrifiant deux vies tout au plus."

Deux vies pour mettre fin à une guerre : quel roi hésiterait face à un si maigre prix à payer ?

"Il me faudrait juste un soldat, une armure, une lance, une épée et un bouclier, le tout sur mesure."

Et quelle mesure : celle de Goliath de Gath, aussi grand de taille que de cœur, enrôlé bien malgré lui dans l'armée mais "surtout [affecté] à la paperasse."

"Je n'ai rien d'un héros. Je suis une des pires lames de mon peloton."

Qu'à cela ne tienne, mon bon Goliath.

Ta mission est simple : chaque jour délivrer le même message à l'invisible ennemi qui fait face à ton armée et attendre, attendre, attendre, jusqu'à ce que, intimidé, l'ennemi capitule.

Simple. Efficace. Et peu coûteux en vie(s), en effet.

En plus, cette belle armure faite sur mesure n'est pas des plus inconfortables. Et ton jeune porte-bouclier, même s'il croit à la moindre rumeur te concernant, est d'une agréable compagnie.

"Le Philistin s'approchait matin et soir et s'adressait aux troupes d'Israël."

Matin et soir.

Soir et matin.

Du camp à la vallée.

De la vallée au camp.

Imperturbable, s'habituant presque à l'étrange décor rocheux qui l'accueille avec régularité, Goliath remplit sa mission. Sous le soleil, le vent, la pluie, le brouillard.

Délivré de l'étreinte de l'attente, le reste de l'armée se détend et en oublierait presque son champion.

Qui ne demande peut-être que ça lui aussi : retrouver la tranquillité. Pourquoi pas dans l'oubli ?

Tel Sisyphe qu'Albert CAMUS imaginait heureux, Tom GAULD se penche sur le biblique Goliath et lui imagine un caractère placide et une propension à la contemplation.

Loin de la force dévastatrice dont l'imagerie classique l'a souvent affublé, l'auteur fait de son personnage une montagne tranquille qui se contente de suivre les ordres mais qui aurait préféré se contenter de contempler la lune, les étoiles, les cours d'eau ou les cailloux.

"Qu'est-ce que c'est ?

_ Un galet... Tu le veux ?

_ Pourquoi je le voudrais ?"

Seul être sensible - poète ? - au sein de son armée il est tout désigné pour le sacrifice qui devrait permettre d'épargner "les siens" - et de leur assurer la victoire.

Lentement, mécaniquement, Tom GAULD se penche donc sur l'ensemble des circonstances et des événements qui ont conduit Goliath à faire face au non moins mythique David.

En s'attachant aux pas du géant et en prenant le temps de nous exposer son caractère et son regard sur le monde, l'auteur nous brosse le portrait d'un homme décalé en phase avec le monde plutôt qu'avec les hommes.

Un parfait candidat pour notre mois de la "spiritualité" sur k.bd.

Graphiquement, l'artiste déploie le trait dépouillé qui le caractérise : des visages minimalistes, des hachures bien placées et un parti-pris chromatique (noir-blanc-brun) qui renforce l'emprise du minérale sur cet univers figé dans l'attente.

Utilisé à la perfection, le langage de la bande dessinée fait résonner cadrages, angles de vues et ellipses avec la narration. Les quelques gaufriers sont toujours judicieux et les pleines pages pertinentes et effaces à souhait. L'histoire aurait même pu se clore sur la dernière d'entre elles, trois pages avant la fin.

Epurement de la forme au service de la clarté du fond : avec Goliath, Tom GAULD démontre sa maîtrise de l'art difficile, subtil et délicat de la simplicité.

En prenant l'histoire mythologique à contre-pied, il donne à son personnage principal le statut de héros philosophique qu'il n'avait jamais eu.

Pas étonnant qu'une partie du reste de son œuvre soit placée sous le signe de l'absurde.

Goliath mérite une attention de lecture similaire à celle des Intermezzo, non pas pour en capter toutes les complexes subtilités mais pour en apprécier la profondeur silencieuse.

Chronique de l'attente et du poids du destin, cette bande dessinée est à ranger parmi les œuvres magistrales.

Champimages du temps figé

Goliath*
Goliath*
Goliath*
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