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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 07:31
Raging Bulles à Toulon - 25 juin 2015

Dernier rendez-vous de l'année (2014-2015) pour notre riche et rebondissant Raging Bulles qui, une fois encore, va se voir affronter 6 titres en 3 affrontements au sommet.

Alors que La Favorite a fait l'unanimité le mois dernier (elle avait un nom prédestiné !) quel titre, ce mois-ci, aura les faveurs de notre impitoyables jury ?

Rendez-vous est pris

JEUDI 25 JUIN

A PARTIR DE 19H30

CHEZ JOSITHA

7 RUE DE CHABANNES

A TOULON

A vous de lire et de juger !

Humour de rire :

BLANDIN Marine & CHRISOSTOME Sébastien, La Renarde, ed. Casterman.

FABCARO, Zaï Zaï Zaï Zaï, ed. 6 Pieds Sous Terre.

Sombres demains :

LARK Michael & RUCKA Greg, Lazarus T1, ed. Glénat.

TSUTSUI Tetsuya, Poison City T1, ed. Ki-oon.

Vies d'hier :

DEBON Nicolas, L'Essai, ed. Dargaud.

REVEL Sandrine, Glenn Gould, une vie à contre-temps, ed. Dargaud.

Bonnes lectures !

Raging Bulles à Toulon - 25 juin 2015
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 17:55
Table ronde à Hyères - Histoires d'Histoire

Histoires d'Histoire - Quand la BD se tourne vers le passé

Fête du Livre de Hyères – 11 avril 2015

Table ronde avec José-Louis BOCQUET, Catel MULLER et Laurent SIEURAC.

Comment en vient-on à réaliser de la bande dessinée historique ?

CM : Ma première bande dessinée, Lucie (2000), était une œuvre de fiction. La mise en scène des personnages et de leurs relations était au cœur de mon travail mais, bien vite, je me suis rendu compte que ces histoires tournaient en rond. J'avais besoin de la Grande Histoire.

Dans un premier temps, cela a conduit à ma collaboration avec Christian DE METTER avec Le sang des Valentines (2004), dont j'ai assuré le scénario. Je me suis ensuite intéressée à des personnages réels, qui sont souvent bien plus incroyables que les personnages de fiction.

Avec Kiki de Montparnasse (2007) puis Olympe de Gouge (2012), José-Louis et moi nous sommes intéressés aux « clandestines de l'Histoire. »

Aujourd'hui, avec Ainsi soit Benoîte Groult (2014), je réalise ma première biographie d'un personnage encore vivant.

LS : Arelate est la mise en scène de personnages fictifs dans un contexte archéologique précis. Une manière de revenir sur un certain nombre de « fantasmes historiques » présents chez de nombreux lecteurs – et auteurs.

Ce projet est né de la rencontre avec un archéologue, Alain GENOT, et d'un constat : le traitement de l'Antiquité romaine en bande dessinée tournait en rond. Ainsi, la plupart des histoires se consacrent aux grands de cette époque, aux empereurs (dans Murena, par exemple).

Bien qu'Arles compte de nombreux monuments, elle n'a jamais accueilli aucun palais. Elle abritait surtout des petites gens. Le premier projet ne devait se consacrer qu'à ces petites gens. Pourtant, certains éléments que nous avions écartés au départ ont fini par revenir dans l'histoire, comme les gladiateurs. Nous nous étions rendu compte que le sujet était plutôt mal traité par la bande dessinée classique.

Nous sommes à la recherche d'une certaine vérité historique et d'une restitution du quotidien, avec une certaine forme de voyeurisme.

Votre souci est-il donc de restituer fidèlement une époque précise ?

J-L B : Mettre en scène de vrais personnages, comme nous l'avons fait, nécessite de réaliser de véritables reconstitutions, donc de disposer de véritables informations. Toutefois, nous ne cherchons pas à faire des reconstitutions scientifiques : le plus important reste de raconter une histoire.

Le problème quand un scénariste raconte certains passages nécessitant une certaine précision documentaire, c'est qu'ensuite le dessinateur doit la réaliser. Ainsi, pour un passage d'Olympe de Gouge, j'avais imaginé une scène se déroulant chez le coiffeur et utilisant le fait historique que certaines coiffeurs du XVIII°s à Paris étaient noirs.

CM : une scène des plus simples mais qu'il fallait représenter avec une grande minutie ! J'ai donc consacré de longues heures à la recherche documentaire pour être sûre que le moindre objet, la moindre bricole seraient crédibles ! Quels miroirs, ciseaux, peignes, brosses... trouvait-on dans ces salons de coiffure ?

Plus largement, lorsque, comme nous l'avons fait, nous mettons en scène la vie entière d'un personnage, il faut tenir compte de toutes les évolutions qui se font dans son environnement : l'architecture, la mode évoluent plusieurs fois sur des décennies !

Nos recherches nous permettent également parfois de mettre à jours certaines « erreurs » historiques. Ainsi, quand José-Louis raconte le trajet qu'Olympe effectue entre Montauban et Paris, il met en scène la « turgotine », véhicule imposant dans lequel pouvait se jouer une métaphore de la lutte des classes. Mais il ne m'avait fourni aucun visuel. Et à force de recherches, j'ai pu constater, grâce à la reconstitution d'un véhicule conservé au Musée de la Communication de Riquewihr, qu'il y avait eu confusion et erreur de trente ans ! Olympe ne pouvait donc pas avoir employé ce mode de transport-là, et la belle métaphore imaginée par José-Louis tombait à l'eau.

LS : nous avons rencontré le même problème avec une scène de halage et le passage d'un pont. La reconstitution proposée par le Musée de l'Arles Antique ne tenait pas compte du chemin de halage. Nous avons donc fait appel à un architecte qui a proposé une solution crédible de pont avec un système de levage. Mais impossible de savoir si elle fut appliquée à l'époque.

D'une manière plus générale, la documentation pose d'autant plus problème que la période traitée est précise. Les tenues militaires en sont un bon exemple : elles changent parfois très vite et du tout au tout en très peu de temps !

Il en est de même pour les vêtements et les matériaux nécessaires à leur confection. Ainsi, les véritables « toges » que l'on associe à l'Antiquité étaient constituées d'une unique bande de tissu de six mètres sur deux. Il fallait donc disposer d'un matériau permettant de réaliser des morceaux d'étoffe aussi vastes ! Afin d'être au plus près de la réalité, nous travaillons sur ce sujet avec un archéo-styliste.

J-L B : nous avons rencontré des problèmes similaires pour Olympe. A la fin du XVIII°s, le stylisme apparaît, se crée, se développe, mais bien peu de documents nous sont restés sur le sujet. Et les historiens, jusqu'à une date récente, s'intéressaient peu à la vie quotidienne et bien davantage à la Grande Histoire.

LS : Graphiquement, j'emploie le sépia pour me faire plaisir et pour donner un côté ancien à l'image, mais il ne faut pas perdre de vue que l'Antiquité était très colorée, bariolée : les statues étaient peintes (comme dans les théâtres). Le blanc éclatant n'existait pas : il fallait blanchir les tissus à la craie, ce qui les rendait certes très blancs mais aussi très salissants.

Laurent, vous évoquiez les archéo-stylistes. Avec quels autres spécialistes avez-vous travaillé ?

LS : J'ai également travaillé avec un plongeur spécialiste de la céramique. Ses découvertes ont permis de comprendre comment le commerce du vin entre l'Italie et la Gaule a évolué à l'époque. Ainsi, la baisse du nombre d'amphores dans les épaves laissait penser que le commerce diminuait, que l'Italie n'exportait plus son vin. Pourtant, des pipettes et des amphores-échantillons ont été retrouvées dans certaines épaves. Des pipettes ressemblant comme deux gouttes d'eaux à celles que les viticulteurs emploient encore aujourd'hui pour prélever des échantillons dans leurs tonneaux. Or, à l'époque, les tonneaux étaient intégralement fabriqués en bois. Le mystère était donc éclairci : le commerce du vin entre l'Italie et la Gaule n'avait pas diminué. Les marchands avaient simplement remplacé les amphores par des tonneaux dont, aujourd'hui, il ne reste rien dans les épaves.

Mon travail de créateur se fait donc en parallèle avec la recherche, une recherche qui le fait évoluer. Difficile, dans ces conditions, de prévoir le nombre d'albums que la série comptera.

Ainsi, alors que mon récit devait se passer en bord de mer, la découverte de barques fluviales m'a fait préférer... le fleuve !

Au niveau des dialogues, j'essaie également de coller au plus près de la réalité historique. Ainsi, ceux de la scène du sacrifice votif dans un amphithéâtre ont été supervisés par un étudiant-chercheur.

Est-ce plus facile ou plus difficile de travailler sur des figurines historiques encore vivantes ?

CM : c'est très différent, bien plus rock'n roll ! Car il faut prendre en compte le regard de l'autre, qui compte beaucoup. Avec Benoîte GROULT, une véritable amitié est née, Benoîte s'est appropriée le projet et m'a, de fait, demandé de faire des retouches au niveau du texte, des images... Mais en faisant preuve de beaucoup d'humour et d'affection, donc ça a fonctionné !

Je travaille actuellement sur un projet avec Mylène DEMONGEOT. Elle aime la bande dessinée, elle m'apporte énormément de documentation, mais elle a également tendance à romancer à outrance certains passages.

On pourrait penser que vous êtes venue chercher des figures locales !

CM : ces deux rencontres se sont faites totalement par hasard.

J-L B : travailler sur et avec des personnages encore vivants relève d'avantage du recueil de témoignages que de la véritable exploitation d'un matériau historique.

Benoîte GROULT a veillé à ce que les reconstitutions soient les plus précises possibles.

A l'inverse, mes entretiens avec Georges LAUTNER (2000) m'ont permis de constater que chaque personne a une mémoire très sélective de sa propre vie. Dès que l'on creuse pour vérifier certaines dates, certains faits, on se rend compte que la chronologie est rarement respectée, qu'il y a des erreurs... « On n'est pas à quinze ans près ! » disait LAUTNER. Il ne faut donc jamais perdre de vue qu'il ne faut pas écouter son sujet d'étude !

Lorsque vous choisissez un sujet historique, le retenez vous uniquement pour ce qu'il représente de passé ou pour la manière dont il peut vous aider à interroger notre époque ?

J-L B : Nous choisissons des personnages qui ont un écho dans notre époque contemporaine. En l'occurrence des femmes libres.

Olympe de GOUGE a longtemps été occultée : elle était considérée par ses contemporains comme une hystérique ! Il a fallu attendre le bicentenaire de la Révolution Française, en 1989, pour que les historiens et les médias, en quête de nouvelles figures historiques, de nouveaux symboles, s'intéressent à elle.

Avec ce personnage, nous offrons une histoire classique, celle de la Révolution Française, exposée du point de vue féminin. Olympe n'avait jamais été jugée sur ses propres textes, sur ses pièces de théâtre. Il était imporant de la réhabiliter pour ce qu'elle avait fait et non pour l'image que l'on avait d'elle.

C'est un peu le même travail, mais de manière autobiographique, auquel Benoîte GROULT s'est livrée avec Ainsi soit-elle (1975) : en racontant sa propre histoire, elle donne un nouveau point de vue sur une époque, son époque.

Comment le public reçoit-il vos œuvres historiques ? Ces travaux permettent-ils à un nouveau public de découvrir les figures, les périodes que vous mettez en scène ?

J-L B : Avec Olympe, nous avons participé au Salon du Livre d'Histoire de Blois. Cette manifestation essaie de développer des outils de vulgarisation efficaces, et Olympe a été accueilli comme un bon outil pédagogique. De quoi faire écho à la justesse que nous ne cessons de rechercher dans notre travail.

LS : Arelate a été accueilli très favorablement dans les écoles et les classes de latinistes. Certaines œuvres du Musée de l'Arles Antique sont aujourd'hui très demandées un peu partout en France grâce au succès de la bande dessinée. De même, de nombreux lecteurs se déplacent dans les musées pour retrouver les objets découverts dans la bande dessinée.

Notre succès nous a également permis de nous raprocher de l'Institut National de Recherche Archéologique Préventive, avec lequel nous exerçons une veille archéologique : il nous prévient de toute découverte un peu atypique.

La bande dessinée a un grand intérêt en matière de vulgarisation.

J-L B : Elle a un double impact : celui du récit et celui de l'image.

LS : Les musées demandent des expositions à partir des planches de bande dessinée. Le genre offre une nouvelle entrée sur des sujets historiques. La bande dessinée, par ses spécificités, peut se permettre la fiction mais doit s'interroger en permanence sur les limites à ne pas franchir en matière d'interprétation. Tant que ce que nous proposons pourrait être vrai, ça passe.

J-L B : Cela explique l'évolution du regard porté sur la bande dessinée. Aujourd'hui, on la considère comme un outil de communication, comme un allié pédagogique.

LS : L'archéologie a elle aussi beaucoup évolué depuis les années 1970. Elle s'intéresse moins aux mosaïques, aux œuvres d'art qu'autrefois et davantage aux détails du quotidien.

José-Louis, dans la série d'interviews L'espoir dans la BD, tournée au Salon du Livre de Paris en 2015, vous dites que « l'Âge d'or de la BD, c'est aujourd'hui ». Pourriez-vous développer ?

J-L B : Je fais partie de la génération qui a connu les auteurs qui ont créé la bande dessiné moderne, dans les années 1970. J'étais alors un jeune fan qui suivait les auteurs, allait à leur rencontre.

Jusque dans les années 1980, les médias officiels ne s'intéressaient ni à la bande dessinée ni à ces grands auteurs. Les seules traces qu'il en reste aujourd'hui sont les travaux de fans comme moi. Personne d'autre ne recueillait la parole de ces auteurs.

Personne non plus ne s'interrogeait alors sur la conservation des œuvres originales, qui finissaient bien souvent piétinées dans les ateliers d'impression.

Il ne faut bien sûr pas perdre de vue que le contexte économique est aujourd'hui plus difficile pour les auteurs : la disparition de la prépublication dans une presse BD spécialisée au profit d'une parution directement en livre précarise la situation des jeunes auteurs (il faudrait d'ailleurs se pencher davantage sur le champ historique et économique de l'édition).

Pourtant, les jeunes lecteurs des années 1960-1980 n'ont pas cessé de lire de la bande dessinée. Ils lui ont ainsi permis d'atteindre une certaine reconnaissance : on peut aujourd'hui lire de la bande dessinée sans passer pour un débile. Ce qui n'a pas toujours été le cas !

De plus, la bande dessinée occupe aujourd'hui tous les champs éditoriaux : l'autobiographie, la bande dessinée historique... Et le lectorat s'est lui aussi affiné.

La bande dessinée a donc aujourd'hui un poids spécifique qui lui permet de s'exprimer en toute liberté.

Table ronde à Hyères - Histoires d'Histoire
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 14:18
Juge Bao T2

Mon nom est Bao.

Juge Bao.

Figure historique, hiératique et presque mythique, j'ai marqué l'histoire de la Chine (du XI°s) comme je marque celle de la bande dessinée du XXI°s.

Imposant - il paraît que même l'empereur est à mes ordres -, sage et intransigeant, je n'hésite pas à enquêter partout où il le faut, même quand le devoir ne m'y appelle pas.

Ainsi je n'hésite pas à m'attarder dans la petite ville de Gong Xian pour y élucider une terrible série de meurtres alors qu'on m'attend depuis déjà un long moment à la capitale de province He Zhong, où la situation n'est pas très brillante non plus. Triste époque.

Je n'ai pas que ma barbe - mois de la barbe oblige, sur k.bd ! - pour m'aider dans ma lourde tâche : Zhan Zhao, Gongsun Ce et le jeune Bao Xing m'accompagnent. Leur rôle ? Il aurait fallu que je lise le tome 1 pour le savoir avec précision, mais tout me porte à croire que Zhan Zhao est mon homme d'action, Gongsun Ce mon médecin légiste et Bao Xing mon stagiaire. Les mystères de l'Orient sont impénétrables.

Leur secours ne sera pas de trop pour élucider le nouveau mystère auquel je suis confronté : celui du "roi des enfants" - comme l'indique la couverture. Une figure masquée (doublement masquée, même, comme si Minos et Minas avaient quitté Goldorak pour faire une incursion dans le monde de la bande dessinée en noir et blanc) et encapée dirige en effet les hordes d'enfants des rues pour surveiller, voler et bastonner tous ceux qui qui ne serviraient pas ses intérêts.

Juge Bao risque donc fort de goûter du bâton, lui qui reste envers et contre tout pour découvrir l'identité du meurtrier de la belle et jeune et brune et à la peau pâle Nuage Rouge. Non, Yakari est hors de cause, rassurez-vous.

Mais y a-t-il un lien entre ce meurtrier et le "roi des enfants" dont la principale activité, outre les passages à tabac et le vol à la tire, semble être l'extorsion de fonds auprès des marchands de la guilde locale ?

Mafia et serial killers du XI°s n'ont qu'à bien se tenir : sous ses airs d'inspecteur Derrick des rizières, Juge Bao ne s'en laisse pas compter et entend bien faire éclater la vérité au grand jour. Même si son ami de longue date le Juge Bai lui garantit que la ville dont il a la charge est tranquille. Dame Lian, qui s'inquiète pour la sécurité des jeunes orphelines qu'elle a prises sous son aile, n'aura pas fait appel au juge impérial pour rien.

Moitié panier de crabes, moitié sac de noeuds, la petite ville de Gong Xian offre le cadre idéal pour une enquête : divergences d'intérêts, bandes d'enfants en liberté, femme à la réputation sulfureuse, juge désorienté par la mort de sa femme... Tous les ingrédients sont réunis pour essayer d'embarquer le lecteur dans une aventure sinueuse aux nombreux rebondissements.

Et pourtant ça ne prend pas.

A quoi la faute ?

Au rythme étrange imprimé par un format (4 cases par page) qui syncope un récit par ailleurs bien souvent poussif ?

A l'emphase des postures, expressions et situations, qui laisse peu de place à la subtilité ?

A la rigidité d'un dessin surchargé de hachures et dont l'hyperréalisme fige la narration ?

C'est un bien étrange sentiment qui se dégage de cette lecture. Assurément Patrick MARTY aime la Chine, l'histoire et les polars. Assurément, Chongrui NIE maîtrise les techniques graphiques. Mais l'union de leurs talents donne un résultat assez froid, presque artificiel, en tout cas désincarné, comme si des acteurs forçaient le trait pour jouer des rôles manquant d'originalité.

Et ce ne sont pas les quelques scènes d'action qui viendront contrebalancer cet avis : poses outrées et compositions étranges n'arrangent rien à l'affaire. Sans compter la mise en page qui, souvent, par la taille des cases, nuit au sens de lecture. Problématique quand il n'y a que... quatre cases par planche.

"C'est une ville bien tranquille et prospère que tu administres, mon cher Bai.

_ Tranquille et terriblement ennuyeuse, mon ami."

Tout est dit : Juge Bao est à mes yeux un récit "tranquille et terriblement ennuyeux."

Dommage.

Champimages décevantes

Juge Bao T2
Juge Bao T2
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 11:41

Il détaille, fourmille, annote, gribouille, liste, accumule, développe, enveloppe, ponctue, articule, empile, agite, étale, examine, dissèque, glose (surtout sur lui-même), adore les robots, lutte contre la chute de ses cheveux, partage son atelier avec "Lion", architecture, spatialise, éparpille, collecte, remplit, éclate, hallucine, bref, Mattias ADOLFSSON cultive ses obsessions du bout de sa plume avec humour, talent et amour des robots (oui, je me répète, mais lui aussi !).

On peut le croiser dans son petit village de Sigtuna (pour les suédophiles) mais aussi sur son blog et sur son site.

Vous n'avez donc aucune raison pour ne pas lui rendre visite !!

Mattias ADOLFSSON
Mattias ADOLFSSON
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 13:39
Houppeland T1

"Dans son manteau, rouge et blanc, sur un traîneau, porté par le vent..."

Ben dis donc, Graeme, elle est un peu lacunaire ta description ! Quid du bonnet ? De la hotte ? Des bottes ? Et surtout, surtout, quid de la barbe ??? Cette longue broussaille cotonneuse brandie comme un étendard, symbole de sagesse bonhomme, de vieillesse rassurante, de neiges éternelles aussi ?

Pas de feu sans fumée, pas de Père Noël sans barbe non plus, qu'on se le dise.

Et pas de jour sans Noël pourrait rajouter Didier TRONCHET en préambule à son déjà antique (pensez : 1997 !) Houppeland.

Bref, le lien entre barbe et Noël nous semblait tellement évident, à k.bd, que nous ne pouvions décemment proposer un mois de la barbe sans évoquer Houppeland.

"Oh ! Quelle bonne idée !

_ Il y a pensé !

_ C'est pour moi ? Il ne fallait pas !

_ Eh bin si je m'attendais !

_ Oh ! J'en rêvais !

_ C'est exactement ma taille ! C'est fou !"

Quel doux concert de satisfaction partagée ! Plaisir d'offrir, joie de recevoir, les convives autour de la table ne trouvent pas les mots pour évoquer leur plaisir : les paquets ont été échangés par dessus les victuailles et mets raffinés, l'émotion étreint les doigts qui délient les noeuds des paquets et les yeux émerveillés par un fer à repasser, une tour Eiffel sous globe, une encyclopédie ou... un chausse-pied en plastique rose...

"Vous appelez ça un... "CADEAU DE NOËL", Monsieur Fernandez ?

_ Je... Hem... Voilà, je n'ai pas eu le temps de... Alors...

_ Je vous rappelle que Noël est une FÊTE !... Que rien ne doit venir entacher, Monsieur Fernandez..."

Mais oui, d'ailleurs, c'est vrai : "Quel jour sommes-nous ?

_ C'est Noël aujourd'hui, Monsieur le Président...

_ Mais c'est merveilleux ! Le bonheur partout dans les rues illuminées... Les gens les bras chargés de cadeaux chamarrés... Les bambins aux joues rouges et avec de grands yeux qui pétillent...

_ Vous devriez être habitué, M. le Président... Vous l'avez décidé ainsi..."

Mais oui, Noël, Noël, la magie, les cadeaux, la joie dans les coeurs, les jouets par milliers... Le jour le plus attendu de l'année, jour de fête, de paix, de fraternité, de réconciliation, jour des Joyeux Drilles venus s'assurer que tout se passe pour le mieux, dans le respect de la tradition, de la loi, même !

Il ne faudrait pas que des rabats-joie s'en prennent à l'esprit de Noël et tentent d'entacher le moral de la population.

Tous les moyens sont bons, alors, pour lutter contre les chantres de la morosité :

"Il faut que je vous fasse subir un contrôle de bonne humeur...

_ Soufflez là-dedans sans résistance !"

Alors il souffle, le brave René Poliveau, et fort heureusement le ballon vire au rose.

Mais que diable est-il venu faire dans cette galère, lui si tranquille et à la vie si bien rangée ? Sont-ce les beaux yeux de la belle et brune Arlette Champagne qui lui ont fait tourner la tête ? Le voilà en tout cas pris dans un engrenage dont il lui sera difficile de sortir.

"Ouais ! On sèche le réveillon !"

Bien mauvaise pente que voilà, Monsieur Poliveau : d'abord on sèche, puis on finit par ne plus faire de cadeau voire, horreur absolue, par réveillonner aux sardines à l'huile et aux biscottes sans sel. Impensable...

Vous l'aurez compris, Didier TRONCHET nous apporte la preuve par l'absurde que le moindre totalitarisme (non, il n'y a pas de moindre totalitarisme), la moindre oppression, même celle de la joie, génèrent des climats anxiogènes et des pratiques asphyxiantes (fin de la phrase aux mots trop longs, promis !).

"J'ai puisé dans mes obsessions personnelles de Noëls ratés le principe fictif de Houppeland, cette société imaginaire qui décrète l'état de gaieté permanente. La joie obligatoire a toujours été pour moi un sujet de profonde stupéfaction. Enfant, j'ai vécu les préparatifs des réveillons comme une expérience angoissante, oppressante : s'amuser, pour Noël, devenait une obligation."*

Histoire fleuve - plus de 100 pages réparties en deux tomes - au regard des histoires courtes auxquelles l'auteur nous avait habitués jusque-là (Raymond Calbuth, Jean-Claude Tergal), Houppeland est "la rencontre entre un univers grotesque et les sentiments vrais des personnages."*

L'humour, marque de fabrique de Didier TRONCHET, "cette arme blanche qui m'a plus d'une fois sorti d'affaire dans ce corps à corps impitoyable avec la vie."*

Graphiquement, la "patte TRONCHET" s'affirme un peu plus dans cet album : des visages simples et très expressifs, des décors ni trop vides ni trop détaillés, un trait souple, vivant, et une mise en couleur expressionniste, qui cherche avant tout à poser des ambiances : le bleu-gris de la nuit, le jaune-vert du bureau, un simple coup d'oeil permet de saisir l'homogénéité de espaces et des séquences. "J'ai "jeté" les couleurs sur les personnages d'une façon complètement irréaliste mais en fin de compte plus narrative."*

Oeuvre patiemment mûrie pendant près de quinze ans - le temps que l'auteur se sente capable de prendre à la bras-le-corps une histoire d'une telle ampleur - Houppeland raconte avec un humour valsant entre l'acide et l'absurde une histoire d'amour et de résistance.

"Les femmes, mon gars, faut pas les comprendre, faut les aimer. Et quand y en a une qui t'aime, c'est Noël tous les jours !"

En couchant sur le papier ses angoisses et ses espoirs, Didier TRONCHET nous montre une nouvelle fois la force de l'humour, capable de traiter tous les sujets avec acuité tout en gardant une distance salutaire.

Un message toujours d'actualité en cette sombre époque de premier degré et de totalitarisme plus ou moins larvé.

Champimages par l'absurde.

* Citations de l'auteur extraites du dossier paru dans le tome 1.

Houppeland T1
Houppeland T1
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 08:00

Nouveau mois donc nouveau Raging Bulles en vue : 6 titres, réunis en 3 face à face (petite nouveauté du moment) pour débattre de l'actualité bande dessinée.

Nous vous donnons donc rendez-vous

JEUDI 28 MAI 2015

A PARTIR DE 19H30

CHEZ JOSITHA

7 RUE DE CHABANNES

A TOULON

Pensez à me contacter par mail pour me confirmer votre présence.

Au programme (et désolé pour la surabondance de titres en anglais !) :

Rencontre du 3ème type :

LE GOUËFFLEC Arnaud & OBION, Soucoupes, ed. Glénat.

Fabrice ERRE, Madumo, ed. Vide Cocagne.

Sex in the city :

LEHMANN Matthias, La favorite, ed. Actes Sud.

MAROH Julie, City & Gender, ed. La Boîte à Bulles.

Tales from the South :

FLOC'H Arnaud, Emmet Till, ed. Sarbacane.

AARON Jason & LATOUR Jason, Southern bastards T1, ed. Urban Comics.

Bonnes lectures !

Raging Bulles à Toulon - 28 mai 2015
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:34
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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 10:07
La gigantesque barbe du mal

Vous êtes ici.

Ni là, encore moins là-bas.

Juste ici.

Aux côtés de Dave.

Dans sa maison bien ordonnée bordée par une rue bien ordonnée menant à une ville bien ordonnée.

Ordre et beauté, symétrie et cadences bien rythmées.

Ici bat à une vitesse lente et parfaitement mesurée.

La peau lisse qui l'enveloppe ne tolère aucune aspérité.

Bien sûr la mer aux formes chaotiques frappe les berges avec une terrible irrégularité, mais autant ne pas l'entendre ni la regarder.

Autant rester au coeur d'ici, les yeux rivés vers les axes concentrés sur l'ordre et les citoyens ordonnés.

Par la fenêtre de sa salle à manger, Dave peut à loisir contempler un monde de passants : de la droite vers la gauche, de la gauche vers la droite, ils défilent le long de sa palissade ou sur sa pelouse, bien cadrés, recadrés, encadrés par les deux fois quatre carreaux qui constituent sa fenêtre. Une vie en cadres, en cases. Dave assume à la perfection et jusqu'au bout son statut de héros ordonné de bande dessinée.

Lui-même dessine, d'ailleurs, sur du papier qui aurait pu être quadrillé, mais personne n'est parfait.

Oh, le dessin n'est qu'un passe temps pour lui, rien de bien sérieux.

Son vrai travail l'est bien davantage : il traite les données brutes que A&C Industries lui communique et les met en graphiques pour le plus grand bonheur de ses collègues qui, soudain, y voient plus clair. Ou font mine de.

Dave écoute les Bangles, aussi. Eternal Flame. Au travail, chez lui, le jour, la nuit. Ca l'apaise et le transporte en toute immobilité.

"Ici bas, tout au bout du bout, à la lisière des choses, tout le monde a besoin d'un truc. D'une habitude. Un moyen de faire taire le tumulte. Quelque chose de prévisible et de familier qui empêche de penser à Là. Quelque chose qui, grâce à Dieu, fasse barrière au désordre des rêves."

Dave n'est pourtant pas un homme à tumulte. Mais le tumulte, par la mer toute proche - il habite à la lisière d'Ici, un peu moins loin de Là que ses concitoyens - ne le quitte pas vraiment.

Par la mer, mais aussi par cet unique poil qui décore son visage, entre le nez et la bouche.

"C'était sans doute le poil le plus étrange, le plus résistant du monde. Car qu'importe si on le rasait, l'arrachait, le coupait, l'extirpait, l'épilait, en moins d'une demi-heure, il avait repoussé. Exactement comme avant."

Dave n'est pourtant pas un homme à poil (ah ah). Ni à cheveux, d'ailleurs. De la tête aux pieds, et vice-versa, il est "lisse comme une boule de billard." Tout en peau.

Aucune aspérité.

De l'ordre, du propre, du net.

Pourtant, "sous la surface des choses, en-dessous de leur peau, se cache quelque chose que nul ne connaît."

Et ça, le pauvre Dave va l'apprendre à ses dépends.

La gigantesque barbe du mal raconte donc l'histoire étrange d'une invasion : celle d'un homme envahi par le tumulte, d'un visage envahi par les poils, d'un monde envahi par le désordre. Ici, si bien rangé, ordonné, millimétré, cadré, se retrouve confronté à ses plus terribles angoisses, ses cauchemars d'horizon, ce chaotique, imprévisible, protéiforme et éparpillé.

Une métaphore pour évoquer la routine contre le rêve - aussi inquiétant soit-il -, la vie d'une bonne part de nos contemporains contre une certaines forme de liberté : Stephen COLLINS ne cache pas son message bien longtemps - il a même tendance à l'appuyer.

Ses choix chromatiques - monochromatiques, pour le coup ! - renforcent le doux pessimisme, la triste inéluctabilité de son propos : l'ordre a vaincu, a tout vidé de sens, tout lissé, et quand le chaos s'invite, l'ordre sait réagir pour survivre...

Une lutte éternelle servie à la perfection par le trait comme par la mise en page.

D'une part, l'élégance de la ligne soigne à égalité les allées bien taillées et les vagues hirsutes. Aux premières une rigidité souple (si, si !), aux secondes des volutes hypnotiques, à l'ensemble une étrange alchimie entre rigueur et liberté. Le trait épais et charbonneux, les crayonnés plus légers qui s'invitent parfois, les hachures qui modèlent les espaces, n'y sont sans aucun doute pas étrangers.

D'autre part, la richesse des découpages accompagne, berce, module, rythme la narration : le mini-gaufrier de la fenêtre ordonne le monde qui passe, le temps s'étire, se suspend ou s'accélère au gré des petites ou immenses cases (brillantes ruptures d'échelle) et le chaos lui-même sait mettre à mal ces mises en pages bien ordonnées quand il s'impose.

A trop étirer le temps qui passe si peu, COLLINS finit toutefois par lasser son lecteur, et le rythme un peu oppressant devient une lourde lenteur.

De plus, en appuyant un peu trop son message, en ramenant souvent la métaphore à des considérations justes mais un peu terre à terre et surtout convenues - la vie contemporaine nous plonge dans l'anonymat et nous fait exécuter des tâches stupides tout en étouffant notre part de rêve - l'auteur dessert la magie de son ouvrage et nous fait presque soupirer "tout ça pour ça".

Bel ouvrage - cette couverture, ah ! cette couverture ! - aux dessins envoûtants, La gigantesque barbe du mal souffre peut-être de sa trop dense pagination au service d'un propos un peu galvaudé.

C'est dommage.

Il serait toutefois regrettable de ne pas se montrer curieux à l'égard de ce premier titre de notre "mois de la barbe", sur k.bd, un mois que nous espérons au poil (ah, ah).

Champimages plein le visage

La gigantesque barbe du mal
La gigantesque barbe du mal
La gigantesque barbe du mal
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 11:49

Thomas LAMADIEU repeint le ciel vu d'entre les immeubles.

Poétique et brillant.

Le ciel vu de la Terre
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 11:35
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