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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 17:30

"Les idiots du village qui pensent que le bois doit respirer se trompent. Si vous voulez que le bois respire, fallait pas couper l'arbre."

Gilles PASQUI, charpentier.

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 11:09
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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 19:57
Petites coupures à Shioguni*

Il aurait dû fermer un peu plus tôt ce soir-là, Kenji, au lieu de faire griller des maquereaux. Ça lui aurait évité un bronzage "comme au restaurant" et bon nombre d'autres déconvenues : les mauvaises rencontres, une virée nocturne un peu trop inoubliable, de la tôle froissée et un tête à tête avec un hippopotame.

Comment ça "une vie décousue et un peu déjantée" ? Mais il n'a pas demandé grand chose, ce petit restaurateur. Juste de la tranquillité. Faut croire que la petite ville de Shioguni n'est pas si tranquille que ça, finalement.

Pourtant, les forces de l'ordre veillent de toutes leurs... forces, justement. Le commissaire (appelons-le commissaire) coordonne au mieux ses maigres troupes sur le terrain, dont la jeune et jolie MB350 et l'attentionné MB349 - à la fine moustache soignée. Parions que cette étrange nuit du 26 octobre restera longtemps dans leurs mémoires : une agression dans un restaurant, une rixe devant un tabac, un vol de camion - et de blouson ! - , des courses poursuites... Longue liste pour une courte nuit ! Sans parler du tigre en liberté, comme si un hippopotame ne suffisait pas...

Mais qu'est-ce qui les fait tous courir, au juste, ces gars en lunettes noires ou au blouson aux abonnés absents ?

Une petite brune. Tout à la fois avenante et étrange, dont la carte de visite en intrigue plus d'un : c'est pas commun d'associer son nom à un... hameçon.

De quoi accrocher le chaland et, convenons-en, le lecteur.

Car une fois mis le doigt dans l'engrenage de cette nuit à Shioguni, difficile d'en sortir : les scènes, brèves et dynamiques, s'enchaînent et nous entraînent de surprise en surprise, de rebondissement en prise de conscience, jusqu'au point final qui permet de mettre un terme à toutes les histoires croisées au cours de l'histoire.

Un coup de maître pour Florent CHAVOUET, que l'on connaissait surtout pour ses carnets de voyage du Japon. Avec Petites coupures à Shioguni, il met son incroyable talent et sa force graphique au service d'une fiction qu'il déroule de main de maître.

Son maître mot ? Brouiller les pistes, ce qui devrait être la moindre des choses lorsqu'on écrit un polar. L'auteur s'en donne à cœur joie en la matière, jouant sur la totale subjectivité de ce que peut être la réalité à partir du moment où elle n'est que relatée. Quoi de moins objectif qu'une œuvre ? D'autant moins si elles prend la forme d'un vaste recueil de témoignages ?

En effet, Petites coupures... raconte une enquête au long cours, rythmée par des extraits du carnets de l'investigateur, des notes éparses tentant de relier tous les fils, tous les personnages (et ils sont nombreux : un chauffeur de taxi, un technicien des réseaux téléphonique, un homme d'affaire dont la carte de visite traînait au mauvais endroit, une vendeuse de konbi, un jeune photographe noctambule...) et surtout de mettre de l'ordre dans une chronologie chaotique qui n'arrange pas les affaires du lecteur.

Véritable jeu de piste malmené par la subjectivité et la variété des versions, cette histoire est une vaste collection de faux-semblants.

Brillant.

Graphiquement, Florent CHAVOUET nous livre le meilleur de son art, alternant quelques intérieurs éclatés en mode "fish eye", des scènes de rue rappelant son amour pour le Japon et une galerie de portraits drôle et attachante.

Tous les personnes sont traités avec un soin égal et assortis de dialogues percutants tracés au pinceau avec l'élégance d'une calligraphie.

Certaines pages relèvent d'un savant assemblage et donnent à voir notes éparses, photos volées, cartes de visite ou étiquettes diverses, donnant à l'ensemble l'aspect d'un carnet de collecte des plus réalistes.

Les couleurs, tantôt crayon tantôt aquarelle, nimbent l'ensemble de la lumière tremblotante des néons de la nuit nippone.

Les mises en pages, très variées, réussissent à ne pas donner dans la surenchère mais dans le dynamisme et surtout l'ingéniosité, à l'aide de recadrages réguliers permis par les miroirs, fenêtres ou regards.

Du plaisir pour les yeux de bout en bout.

Qu'ajouter ?

Son prix du polar reçu lors du Festival d'Angoulême de 2015 est plus qu'amplement mérité et permettra, espérons-le, à un large public de découvrir le talent hors-norme de cet auteur dont les prochaines créations seront attendues avec attention.

Mention spéciale aux Editions Philippe Picquier qui suivent Florent CHAVOUET depuis ses débuts et qui n'ont pas hésité à se lancer dans la bande dessinée, portées par leur attachement à l'Asie.

Véritable enchantement foisonnant pour les yeux, Petites coupures à Shioguni est une réussite sur tous les plans, un polar drôle, étrange et prenant qui nous immerge dans un Japon crédible et attachant où rien ne se donne vraiment à voir du premier coup d'oeil. Plusieurs lectures sont nécessaires pour en apprécier toutes l'ampleur, ce qui nous conforte dans le fait que c'est un des albums de 2014-2015 à retenir absolument.

Une belle manière de commencer l'été sur k.bd.

Champimages plein les yeux.

Petites coupures à Shioguni*
Petites coupures à Shioguni*
Petites coupures à Shioguni*
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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 13:28
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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 14:52
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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 07:56
L'ours Barnabé

Teddy, Petit Brun, Bouba... Longue est la liste des ursidés qui peuplent le monde des images enfantines. A cette brune galerie s'ajoute, depuis quelques années, le blanc immaculé de son septentrional cousin, figure emblématique du tragique réchauffement climatique, comme on dit.

Dans un monde où la peau de l'ours se vend beaucoup plus qu'elle ne se chasse, Barnabé fait figure d'exception : il ne met sa force brute qu'au service de l'aide à autrui et sa curiosité légendaire à celui de la poésie. Il réussit même le tour de force (sic) de faire de sa puissante musculature un incroyable levier inventif lui permettant de réinventer son environnement avec ingéniosité.

Ainsi, l'hiver approchant, il déracine chaque arbre rencontré pour le replanter à l'envers, les racines devenant branches dénudées et les frondaisons feuillues gagnant l'abri du sous-sol.

Il fallait y penser.

Bien qu'attiré par la tranquillité, l'isolement et le repos, Barnabé demeure un ours très sociable et fréquente bon nombre de ses contemporains : des oursons dont il semble avoir parfois la garde, un lapin qui l'accompagne dès la couverture de cette Intégrale n°1, une araignée dont le sens architectural lui est d'un grand secours, et bien sûr les poissons dont il est friand, comme éléments décoratifs ou gustatifs.

Au rythme régulier d'un gag par planche, Barnabé explore prés, forêts, montagnes et cours d'eau pour en tirer la poétique moelle : les éléments (vent, pluie, neige souvent), les paysages (y compris les mers de nuages), la faune ou la flore (avec une préférence marquée pour les fleurs jaunes et les pommes) sont autant d'assistants pour ce rêveur pragmatique qui repense le monde en quelques cases.

Outre son imagination, Barnabé dispose, pour se faire, d'un ingénieux sens du détournement, d'un sens de l'observation poussé et d'une propension à l'absurde qui le place à l'abri de bien des contingences rationnelles.

Cet art du décalage en fait d'ailleurs un fin critique des idées reçues bien humaines et des certitudes de nos contemporains : plus qu'un simple rêveur à poils et à griffes, Barnabé est bel est bien, entre les mains de Philippe COUDRAY, un philosophe.

Attentif aux images et aux mots, aux doubles sens et aux raccourcis, cette bête loin de l'être nous démontre surtout la relativité des choses que le vont, des propos que l'on tient. Ses points de vue décalés nous offrent une distance salutaire au monde en nous le donnant à voir sous un autre angle. Reflets, ombres, caché/montré, retournements... La panoplie démonstrative mais jamais pontifiante est riche de tout ce que la nature lui met sous la patte.

Petit bijou d'humour tendre et terriblement malin, L'ours Barnabé est servi par un dessin tout en simplicité qui découragera peut-être ceux qui le jugeraient trop enfantin. Ils passeraient alors à côté d'une brillante création qui n'a pas souffert des outrages du temps malgré son grand âge - Barnabé ayant fait ses premières apparitions dans les années 1980 !

Certes, les histoires ne présentent pas toutes le même intérêt, mais c'est sans doute le prix à payer pour une oeuvre d'une telle densité (compilée en trois intégrales !).

En ce mois de Boîte à Bulles sur k.bd, voici une belle occasion de découvrir ou redécouvrir cette perle poilue d'intelligence et de poésie amusée qui, sans en avoir l'air, nous invite à ne pas nous contenter d'appréhender le monde tel qu'on le voit et qu'on le nomme.

Vaste chantier.

Champimages à contrepied

L'ours Barnabé
L'ours Barnabé
L'ours Barnabé
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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 10:41
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 09:13
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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 07:31
Raging Bulles à Toulon - 25 juin 2015

Dernier rendez-vous de l'année (2014-2015) pour notre riche et rebondissant Raging Bulles qui, une fois encore, va se voir affronter 6 titres en 3 affrontements au sommet.

Alors que La Favorite a fait l'unanimité le mois dernier (elle avait un nom prédestiné !) quel titre, ce mois-ci, aura les faveurs de notre impitoyables jury ?

Rendez-vous est pris

JEUDI 25 JUIN

A PARTIR DE 19H30

CHEZ JOSITHA

7 RUE DE CHABANNES

A TOULON

A vous de lire et de juger !

Humour de rire :

BLANDIN Marine & CHRISOSTOME Sébastien, La Renarde, ed. Casterman.

FABCARO, Zaï Zaï Zaï Zaï, ed. 6 Pieds Sous Terre.

Sombres demains :

LARK Michael & RUCKA Greg, Lazarus T1, ed. Glénat.

TSUTSUI Tetsuya, Poison City T1, ed. Ki-oon.

Vies d'hier :

DEBON Nicolas, L'Essai, ed. Dargaud.

REVEL Sandrine, Glenn Gould, une vie à contre-temps, ed. Dargaud.

Bonnes lectures !

Raging Bulles à Toulon - 25 juin 2015
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 17:55
Table ronde à Hyères - Histoires d'Histoire

Histoires d'Histoire - Quand la BD se tourne vers le passé

Fête du Livre de Hyères – 11 avril 2015

Table ronde avec José-Louis BOCQUET, Catel MULLER et Laurent SIEURAC.

Comment en vient-on à réaliser de la bande dessinée historique ?

CM : Ma première bande dessinée, Lucie (2000), était une œuvre de fiction. La mise en scène des personnages et de leurs relations était au cœur de mon travail mais, bien vite, je me suis rendu compte que ces histoires tournaient en rond. J'avais besoin de la Grande Histoire.

Dans un premier temps, cela a conduit à ma collaboration avec Christian DE METTER avec Le sang des Valentines (2004), dont j'ai assuré le scénario. Je me suis ensuite intéressée à des personnages réels, qui sont souvent bien plus incroyables que les personnages de fiction.

Avec Kiki de Montparnasse (2007) puis Olympe de Gouge (2012), José-Louis et moi nous sommes intéressés aux « clandestines de l'Histoire. »

Aujourd'hui, avec Ainsi soit Benoîte Groult (2014), je réalise ma première biographie d'un personnage encore vivant.

LS : Arelate est la mise en scène de personnages fictifs dans un contexte archéologique précis. Une manière de revenir sur un certain nombre de « fantasmes historiques » présents chez de nombreux lecteurs – et auteurs.

Ce projet est né de la rencontre avec un archéologue, Alain GENOT, et d'un constat : le traitement de l'Antiquité romaine en bande dessinée tournait en rond. Ainsi, la plupart des histoires se consacrent aux grands de cette époque, aux empereurs (dans Murena, par exemple).

Bien qu'Arles compte de nombreux monuments, elle n'a jamais accueilli aucun palais. Elle abritait surtout des petites gens. Le premier projet ne devait se consacrer qu'à ces petites gens. Pourtant, certains éléments que nous avions écartés au départ ont fini par revenir dans l'histoire, comme les gladiateurs. Nous nous étions rendu compte que le sujet était plutôt mal traité par la bande dessinée classique.

Nous sommes à la recherche d'une certaine vérité historique et d'une restitution du quotidien, avec une certaine forme de voyeurisme.

Votre souci est-il donc de restituer fidèlement une époque précise ?

J-L B : Mettre en scène de vrais personnages, comme nous l'avons fait, nécessite de réaliser de véritables reconstitutions, donc de disposer de véritables informations. Toutefois, nous ne cherchons pas à faire des reconstitutions scientifiques : le plus important reste de raconter une histoire.

Le problème quand un scénariste raconte certains passages nécessitant une certaine précision documentaire, c'est qu'ensuite le dessinateur doit la réaliser. Ainsi, pour un passage d'Olympe de Gouge, j'avais imaginé une scène se déroulant chez le coiffeur et utilisant le fait historique que certaines coiffeurs du XVIII°s à Paris étaient noirs.

CM : une scène des plus simples mais qu'il fallait représenter avec une grande minutie ! J'ai donc consacré de longues heures à la recherche documentaire pour être sûre que le moindre objet, la moindre bricole seraient crédibles ! Quels miroirs, ciseaux, peignes, brosses... trouvait-on dans ces salons de coiffure ?

Plus largement, lorsque, comme nous l'avons fait, nous mettons en scène la vie entière d'un personnage, il faut tenir compte de toutes les évolutions qui se font dans son environnement : l'architecture, la mode évoluent plusieurs fois sur des décennies !

Nos recherches nous permettent également parfois de mettre à jours certaines « erreurs » historiques. Ainsi, quand José-Louis raconte le trajet qu'Olympe effectue entre Montauban et Paris, il met en scène la « turgotine », véhicule imposant dans lequel pouvait se jouer une métaphore de la lutte des classes. Mais il ne m'avait fourni aucun visuel. Et à force de recherches, j'ai pu constater, grâce à la reconstitution d'un véhicule conservé au Musée de la Communication de Riquewihr, qu'il y avait eu confusion et erreur de trente ans ! Olympe ne pouvait donc pas avoir employé ce mode de transport-là, et la belle métaphore imaginée par José-Louis tombait à l'eau.

LS : nous avons rencontré le même problème avec une scène de halage et le passage d'un pont. La reconstitution proposée par le Musée de l'Arles Antique ne tenait pas compte du chemin de halage. Nous avons donc fait appel à un architecte qui a proposé une solution crédible de pont avec un système de levage. Mais impossible de savoir si elle fut appliquée à l'époque.

D'une manière plus générale, la documentation pose d'autant plus problème que la période traitée est précise. Les tenues militaires en sont un bon exemple : elles changent parfois très vite et du tout au tout en très peu de temps !

Il en est de même pour les vêtements et les matériaux nécessaires à leur confection. Ainsi, les véritables « toges » que l'on associe à l'Antiquité étaient constituées d'une unique bande de tissu de six mètres sur deux. Il fallait donc disposer d'un matériau permettant de réaliser des morceaux d'étoffe aussi vastes ! Afin d'être au plus près de la réalité, nous travaillons sur ce sujet avec un archéo-styliste.

J-L B : nous avons rencontré des problèmes similaires pour Olympe. A la fin du XVIII°s, le stylisme apparaît, se crée, se développe, mais bien peu de documents nous sont restés sur le sujet. Et les historiens, jusqu'à une date récente, s'intéressaient peu à la vie quotidienne et bien davantage à la Grande Histoire.

LS : Graphiquement, j'emploie le sépia pour me faire plaisir et pour donner un côté ancien à l'image, mais il ne faut pas perdre de vue que l'Antiquité était très colorée, bariolée : les statues étaient peintes (comme dans les théâtres). Le blanc éclatant n'existait pas : il fallait blanchir les tissus à la craie, ce qui les rendait certes très blancs mais aussi très salissants.

Laurent, vous évoquiez les archéo-stylistes. Avec quels autres spécialistes avez-vous travaillé ?

LS : J'ai également travaillé avec un plongeur spécialiste de la céramique. Ses découvertes ont permis de comprendre comment le commerce du vin entre l'Italie et la Gaule a évolué à l'époque. Ainsi, la baisse du nombre d'amphores dans les épaves laissait penser que le commerce diminuait, que l'Italie n'exportait plus son vin. Pourtant, des pipettes et des amphores-échantillons ont été retrouvées dans certaines épaves. Des pipettes ressemblant comme deux gouttes d'eaux à celles que les viticulteurs emploient encore aujourd'hui pour prélever des échantillons dans leurs tonneaux. Or, à l'époque, les tonneaux étaient intégralement fabriqués en bois. Le mystère était donc éclairci : le commerce du vin entre l'Italie et la Gaule n'avait pas diminué. Les marchands avaient simplement remplacé les amphores par des tonneaux dont, aujourd'hui, il ne reste rien dans les épaves.

Mon travail de créateur se fait donc en parallèle avec la recherche, une recherche qui le fait évoluer. Difficile, dans ces conditions, de prévoir le nombre d'albums que la série comptera.

Ainsi, alors que mon récit devait se passer en bord de mer, la découverte de barques fluviales m'a fait préférer... le fleuve !

Au niveau des dialogues, j'essaie également de coller au plus près de la réalité historique. Ainsi, ceux de la scène du sacrifice votif dans un amphithéâtre ont été supervisés par un étudiant-chercheur.

Est-ce plus facile ou plus difficile de travailler sur des figurines historiques encore vivantes ?

CM : c'est très différent, bien plus rock'n roll ! Car il faut prendre en compte le regard de l'autre, qui compte beaucoup. Avec Benoîte GROULT, une véritable amitié est née, Benoîte s'est appropriée le projet et m'a, de fait, demandé de faire des retouches au niveau du texte, des images... Mais en faisant preuve de beaucoup d'humour et d'affection, donc ça a fonctionné !

Je travaille actuellement sur un projet avec Mylène DEMONGEOT. Elle aime la bande dessinée, elle m'apporte énormément de documentation, mais elle a également tendance à romancer à outrance certains passages.

On pourrait penser que vous êtes venue chercher des figures locales !

CM : ces deux rencontres se sont faites totalement par hasard.

J-L B : travailler sur et avec des personnages encore vivants relève d'avantage du recueil de témoignages que de la véritable exploitation d'un matériau historique.

Benoîte GROULT a veillé à ce que les reconstitutions soient les plus précises possibles.

A l'inverse, mes entretiens avec Georges LAUTNER (2000) m'ont permis de constater que chaque personne a une mémoire très sélective de sa propre vie. Dès que l'on creuse pour vérifier certaines dates, certains faits, on se rend compte que la chronologie est rarement respectée, qu'il y a des erreurs... « On n'est pas à quinze ans près ! » disait LAUTNER. Il ne faut donc jamais perdre de vue qu'il ne faut pas écouter son sujet d'étude !

Lorsque vous choisissez un sujet historique, le retenez vous uniquement pour ce qu'il représente de passé ou pour la manière dont il peut vous aider à interroger notre époque ?

J-L B : Nous choisissons des personnages qui ont un écho dans notre époque contemporaine. En l'occurrence des femmes libres.

Olympe de GOUGE a longtemps été occultée : elle était considérée par ses contemporains comme une hystérique ! Il a fallu attendre le bicentenaire de la Révolution Française, en 1989, pour que les historiens et les médias, en quête de nouvelles figures historiques, de nouveaux symboles, s'intéressent à elle.

Avec ce personnage, nous offrons une histoire classique, celle de la Révolution Française, exposée du point de vue féminin. Olympe n'avait jamais été jugée sur ses propres textes, sur ses pièces de théâtre. Il était imporant de la réhabiliter pour ce qu'elle avait fait et non pour l'image que l'on avait d'elle.

C'est un peu le même travail, mais de manière autobiographique, auquel Benoîte GROULT s'est livrée avec Ainsi soit-elle (1975) : en racontant sa propre histoire, elle donne un nouveau point de vue sur une époque, son époque.

Comment le public reçoit-il vos œuvres historiques ? Ces travaux permettent-ils à un nouveau public de découvrir les figures, les périodes que vous mettez en scène ?

J-L B : Avec Olympe, nous avons participé au Salon du Livre d'Histoire de Blois. Cette manifestation essaie de développer des outils de vulgarisation efficaces, et Olympe a été accueilli comme un bon outil pédagogique. De quoi faire écho à la justesse que nous ne cessons de rechercher dans notre travail.

LS : Arelate a été accueilli très favorablement dans les écoles et les classes de latinistes. Certaines œuvres du Musée de l'Arles Antique sont aujourd'hui très demandées un peu partout en France grâce au succès de la bande dessinée. De même, de nombreux lecteurs se déplacent dans les musées pour retrouver les objets découverts dans la bande dessinée.

Notre succès nous a également permis de nous raprocher de l'Institut National de Recherche Archéologique Préventive, avec lequel nous exerçons une veille archéologique : il nous prévient de toute découverte un peu atypique.

La bande dessinée a un grand intérêt en matière de vulgarisation.

J-L B : Elle a un double impact : celui du récit et celui de l'image.

LS : Les musées demandent des expositions à partir des planches de bande dessinée. Le genre offre une nouvelle entrée sur des sujets historiques. La bande dessinée, par ses spécificités, peut se permettre la fiction mais doit s'interroger en permanence sur les limites à ne pas franchir en matière d'interprétation. Tant que ce que nous proposons pourrait être vrai, ça passe.

J-L B : Cela explique l'évolution du regard porté sur la bande dessinée. Aujourd'hui, on la considère comme un outil de communication, comme un allié pédagogique.

LS : L'archéologie a elle aussi beaucoup évolué depuis les années 1970. Elle s'intéresse moins aux mosaïques, aux œuvres d'art qu'autrefois et davantage aux détails du quotidien.

José-Louis, dans la série d'interviews L'espoir dans la BD, tournée au Salon du Livre de Paris en 2015, vous dites que « l'Âge d'or de la BD, c'est aujourd'hui ». Pourriez-vous développer ?

J-L B : Je fais partie de la génération qui a connu les auteurs qui ont créé la bande dessiné moderne, dans les années 1970. J'étais alors un jeune fan qui suivait les auteurs, allait à leur rencontre.

Jusque dans les années 1980, les médias officiels ne s'intéressaient ni à la bande dessinée ni à ces grands auteurs. Les seules traces qu'il en reste aujourd'hui sont les travaux de fans comme moi. Personne d'autre ne recueillait la parole de ces auteurs.

Personne non plus ne s'interrogeait alors sur la conservation des œuvres originales, qui finissaient bien souvent piétinées dans les ateliers d'impression.

Il ne faut bien sûr pas perdre de vue que le contexte économique est aujourd'hui plus difficile pour les auteurs : la disparition de la prépublication dans une presse BD spécialisée au profit d'une parution directement en livre précarise la situation des jeunes auteurs (il faudrait d'ailleurs se pencher davantage sur le champ historique et économique de l'édition).

Pourtant, les jeunes lecteurs des années 1960-1980 n'ont pas cessé de lire de la bande dessinée. Ils lui ont ainsi permis d'atteindre une certaine reconnaissance : on peut aujourd'hui lire de la bande dessinée sans passer pour un débile. Ce qui n'a pas toujours été le cas !

De plus, la bande dessinée occupe aujourd'hui tous les champs éditoriaux : l'autobiographie, la bande dessinée historique... Et le lectorat s'est lui aussi affiné.

La bande dessinée a donc aujourd'hui un poids spécifique qui lui permet de s'exprimer en toute liberté.

Table ronde à Hyères - Histoires d'Histoire
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