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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 14:18
Juge Bao T2

Mon nom est Bao.

Juge Bao.

Figure historique, hiératique et presque mythique, j'ai marqué l'histoire de la Chine (du XI°s) comme je marque celle de la bande dessinée du XXI°s.

Imposant - il paraît que même l'empereur est à mes ordres -, sage et intransigeant, je n'hésite pas à enquêter partout où il le faut, même quand le devoir ne m'y appelle pas.

Ainsi je n'hésite pas à m'attarder dans la petite ville de Gong Xian pour y élucider une terrible série de meurtres alors qu'on m'attend depuis déjà un long moment à la capitale de province He Zhong, où la situation n'est pas très brillante non plus. Triste époque.

Je n'ai pas que ma barbe - mois de la barbe oblige, sur k.bd ! - pour m'aider dans ma lourde tâche : Zhan Zhao, Gongsun Ce et le jeune Bao Xing m'accompagnent. Leur rôle ? Il aurait fallu que je lise le tome 1 pour le savoir avec précision, mais tout me porte à croire que Zhan Zhao est mon homme d'action, Gongsun Ce mon médecin légiste et Bao Xing mon stagiaire. Les mystères de l'Orient sont impénétrables.

Leur secours ne sera pas de trop pour élucider le nouveau mystère auquel je suis confronté : celui du "roi des enfants" - comme l'indique la couverture. Une figure masquée (doublement masquée, même, comme si Minos et Minas avaient quitté Goldorak pour faire une incursion dans le monde de la bande dessinée en noir et blanc) et encapée dirige en effet les hordes d'enfants des rues pour surveiller, voler et bastonner tous ceux qui qui ne serviraient pas ses intérêts.

Juge Bao risque donc fort de goûter du bâton, lui qui reste envers et contre tout pour découvrir l'identité du meurtrier de la belle et jeune et brune et à la peau pâle Nuage Rouge. Non, Yakari est hors de cause, rassurez-vous.

Mais y a-t-il un lien entre ce meurtrier et le "roi des enfants" dont la principale activité, outre les passages à tabac et le vol à la tire, semble être l'extorsion de fonds auprès des marchands de la guilde locale ?

Mafia et serial killers du XI°s n'ont qu'à bien se tenir : sous ses airs d'inspecteur Derrick des rizières, Juge Bao ne s'en laisse pas compter et entend bien faire éclater la vérité au grand jour. Même si son ami de longue date le Juge Bai lui garantit que la ville dont il a la charge est tranquille. Dame Lian, qui s'inquiète pour la sécurité des jeunes orphelines qu'elle a prises sous son aile, n'aura pas fait appel au juge impérial pour rien.

Moitié panier de crabes, moitié sac de noeuds, la petite ville de Gong Xian offre le cadre idéal pour une enquête : divergences d'intérêts, bandes d'enfants en liberté, femme à la réputation sulfureuse, juge désorienté par la mort de sa femme... Tous les ingrédients sont réunis pour essayer d'embarquer le lecteur dans une aventure sinueuse aux nombreux rebondissements.

Et pourtant ça ne prend pas.

A quoi la faute ?

Au rythme étrange imprimé par un format (4 cases par page) qui syncope un récit par ailleurs bien souvent poussif ?

A l'emphase des postures, expressions et situations, qui laisse peu de place à la subtilité ?

A la rigidité d'un dessin surchargé de hachures et dont l'hyperréalisme fige la narration ?

C'est un bien étrange sentiment qui se dégage de cette lecture. Assurément Patrick MARTY aime la Chine, l'histoire et les polars. Assurément, Chongrui NIE maîtrise les techniques graphiques. Mais l'union de leurs talents donne un résultat assez froid, presque artificiel, en tout cas désincarné, comme si des acteurs forçaient le trait pour jouer des rôles manquant d'originalité.

Et ce ne sont pas les quelques scènes d'action qui viendront contrebalancer cet avis : poses outrées et compositions étranges n'arrangent rien à l'affaire. Sans compter la mise en page qui, souvent, par la taille des cases, nuit au sens de lecture. Problématique quand il n'y a que... quatre cases par planche.

"C'est une ville bien tranquille et prospère que tu administres, mon cher Bai.

_ Tranquille et terriblement ennuyeuse, mon ami."

Tout est dit : Juge Bao est à mes yeux un récit "tranquille et terriblement ennuyeux."

Dommage.

Champimages décevantes

Juge Bao T2
Juge Bao T2
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 11:41

Il détaille, fourmille, annote, gribouille, liste, accumule, développe, enveloppe, ponctue, articule, empile, agite, étale, examine, dissèque, glose (surtout sur lui-même), adore les robots, lutte contre la chute de ses cheveux, partage son atelier avec "Lion", architecture, spatialise, éparpille, collecte, remplit, éclate, hallucine, bref, Mattias ADOLFSSON cultive ses obsessions du bout de sa plume avec humour, talent et amour des robots (oui, je me répète, mais lui aussi !).

On peut le croiser dans son petit village de Sigtuna (pour les suédophiles) mais aussi sur son blog et sur son site.

Vous n'avez donc aucune raison pour ne pas lui rendre visite !!

Mattias ADOLFSSON
Mattias ADOLFSSON
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 13:39
Houppeland T1

"Dans son manteau, rouge et blanc, sur un traîneau, porté par le vent..."

Ben dis donc, Graeme, elle est un peu lacunaire ta description ! Quid du bonnet ? De la hotte ? Des bottes ? Et surtout, surtout, quid de la barbe ??? Cette longue broussaille cotonneuse brandie comme un étendard, symbole de sagesse bonhomme, de vieillesse rassurante, de neiges éternelles aussi ?

Pas de feu sans fumée, pas de Père Noël sans barbe non plus, qu'on se le dise.

Et pas de jour sans Noël pourrait rajouter Didier TRONCHET en préambule à son déjà antique (pensez : 1997 !) Houppeland.

Bref, le lien entre barbe et Noël nous semblait tellement évident, à k.bd, que nous ne pouvions décemment proposer un mois de la barbe sans évoquer Houppeland.

"Oh ! Quelle bonne idée !

_ Il y a pensé !

_ C'est pour moi ? Il ne fallait pas !

_ Eh bin si je m'attendais !

_ Oh ! J'en rêvais !

_ C'est exactement ma taille ! C'est fou !"

Quel doux concert de satisfaction partagée ! Plaisir d'offrir, joie de recevoir, les convives autour de la table ne trouvent pas les mots pour évoquer leur plaisir : les paquets ont été échangés par dessus les victuailles et mets raffinés, l'émotion étreint les doigts qui délient les noeuds des paquets et les yeux émerveillés par un fer à repasser, une tour Eiffel sous globe, une encyclopédie ou... un chausse-pied en plastique rose...

"Vous appelez ça un... "CADEAU DE NOËL", Monsieur Fernandez ?

_ Je... Hem... Voilà, je n'ai pas eu le temps de... Alors...

_ Je vous rappelle que Noël est une FÊTE !... Que rien ne doit venir entacher, Monsieur Fernandez..."

Mais oui, d'ailleurs, c'est vrai : "Quel jour sommes-nous ?

_ C'est Noël aujourd'hui, Monsieur le Président...

_ Mais c'est merveilleux ! Le bonheur partout dans les rues illuminées... Les gens les bras chargés de cadeaux chamarrés... Les bambins aux joues rouges et avec de grands yeux qui pétillent...

_ Vous devriez être habitué, M. le Président... Vous l'avez décidé ainsi..."

Mais oui, Noël, Noël, la magie, les cadeaux, la joie dans les coeurs, les jouets par milliers... Le jour le plus attendu de l'année, jour de fête, de paix, de fraternité, de réconciliation, jour des Joyeux Drilles venus s'assurer que tout se passe pour le mieux, dans le respect de la tradition, de la loi, même !

Il ne faudrait pas que des rabats-joie s'en prennent à l'esprit de Noël et tentent d'entacher le moral de la population.

Tous les moyens sont bons, alors, pour lutter contre les chantres de la morosité :

"Il faut que je vous fasse subir un contrôle de bonne humeur...

_ Soufflez là-dedans sans résistance !"

Alors il souffle, le brave René Poliveau, et fort heureusement le ballon vire au rose.

Mais que diable est-il venu faire dans cette galère, lui si tranquille et à la vie si bien rangée ? Sont-ce les beaux yeux de la belle et brune Arlette Champagne qui lui ont fait tourner la tête ? Le voilà en tout cas pris dans un engrenage dont il lui sera difficile de sortir.

"Ouais ! On sèche le réveillon !"

Bien mauvaise pente que voilà, Monsieur Poliveau : d'abord on sèche, puis on finit par ne plus faire de cadeau voire, horreur absolue, par réveillonner aux sardines à l'huile et aux biscottes sans sel. Impensable...

Vous l'aurez compris, Didier TRONCHET nous apporte la preuve par l'absurde que le moindre totalitarisme (non, il n'y a pas de moindre totalitarisme), la moindre oppression, même celle de la joie, génèrent des climats anxiogènes et des pratiques asphyxiantes (fin de la phrase aux mots trop longs, promis !).

"J'ai puisé dans mes obsessions personnelles de Noëls ratés le principe fictif de Houppeland, cette société imaginaire qui décrète l'état de gaieté permanente. La joie obligatoire a toujours été pour moi un sujet de profonde stupéfaction. Enfant, j'ai vécu les préparatifs des réveillons comme une expérience angoissante, oppressante : s'amuser, pour Noël, devenait une obligation."*

Histoire fleuve - plus de 100 pages réparties en deux tomes - au regard des histoires courtes auxquelles l'auteur nous avait habitués jusque-là (Raymond Calbuth, Jean-Claude Tergal), Houppeland est "la rencontre entre un univers grotesque et les sentiments vrais des personnages."*

L'humour, marque de fabrique de Didier TRONCHET, "cette arme blanche qui m'a plus d'une fois sorti d'affaire dans ce corps à corps impitoyable avec la vie."*

Graphiquement, la "patte TRONCHET" s'affirme un peu plus dans cet album : des visages simples et très expressifs, des décors ni trop vides ni trop détaillés, un trait souple, vivant, et une mise en couleur expressionniste, qui cherche avant tout à poser des ambiances : le bleu-gris de la nuit, le jaune-vert du bureau, un simple coup d'oeil permet de saisir l'homogénéité de espaces et des séquences. "J'ai "jeté" les couleurs sur les personnages d'une façon complètement irréaliste mais en fin de compte plus narrative."*

Oeuvre patiemment mûrie pendant près de quinze ans - le temps que l'auteur se sente capable de prendre à la bras-le-corps une histoire d'une telle ampleur - Houppeland raconte avec un humour valsant entre l'acide et l'absurde une histoire d'amour et de résistance.

"Les femmes, mon gars, faut pas les comprendre, faut les aimer. Et quand y en a une qui t'aime, c'est Noël tous les jours !"

En couchant sur le papier ses angoisses et ses espoirs, Didier TRONCHET nous montre une nouvelle fois la force de l'humour, capable de traiter tous les sujets avec acuité tout en gardant une distance salutaire.

Un message toujours d'actualité en cette sombre époque de premier degré et de totalitarisme plus ou moins larvé.

Champimages par l'absurde.

* Citations de l'auteur extraites du dossier paru dans le tome 1.

Houppeland T1
Houppeland T1
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 08:00

Nouveau mois donc nouveau Raging Bulles en vue : 6 titres, réunis en 3 face à face (petite nouveauté du moment) pour débattre de l'actualité bande dessinée.

Nous vous donnons donc rendez-vous

JEUDI 28 MAI 2015

A PARTIR DE 19H30

CHEZ JOSITHA

7 RUE DE CHABANNES

A TOULON

Pensez à me contacter par mail pour me confirmer votre présence.

Au programme (et désolé pour la surabondance de titres en anglais !) :

Rencontre du 3ème type :

LE GOUËFFLEC Arnaud & OBION, Soucoupes, ed. Glénat.

Fabrice ERRE, Madumo, ed. Vide Cocagne.

Sex in the city :

LEHMANN Matthias, La favorite, ed. Actes Sud.

MAROH Julie, City & Gender, ed. La Boîte à Bulles.

Tales from the South :

FLOC'H Arnaud, Emmet Till, ed. Sarbacane.

AARON Jason & LATOUR Jason, Southern bastards T1, ed. Urban Comics.

Bonnes lectures !

Raging Bulles à Toulon - 28 mai 2015
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:34
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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 10:07
La gigantesque barbe du mal

Vous êtes ici.

Ni là, encore moins là-bas.

Juste ici.

Aux côtés de Dave.

Dans sa maison bien ordonnée bordée par une rue bien ordonnée menant à une ville bien ordonnée.

Ordre et beauté, symétrie et cadences bien rythmées.

Ici bat à une vitesse lente et parfaitement mesurée.

La peau lisse qui l'enveloppe ne tolère aucune aspérité.

Bien sûr la mer aux formes chaotiques frappe les berges avec une terrible irrégularité, mais autant ne pas l'entendre ni la regarder.

Autant rester au coeur d'ici, les yeux rivés vers les axes concentrés sur l'ordre et les citoyens ordonnés.

Par la fenêtre de sa salle à manger, Dave peut à loisir contempler un monde de passants : de la droite vers la gauche, de la gauche vers la droite, ils défilent le long de sa palissade ou sur sa pelouse, bien cadrés, recadrés, encadrés par les deux fois quatre carreaux qui constituent sa fenêtre. Une vie en cadres, en cases. Dave assume à la perfection et jusqu'au bout son statut de héros ordonné de bande dessinée.

Lui-même dessine, d'ailleurs, sur du papier qui aurait pu être quadrillé, mais personne n'est parfait.

Oh, le dessin n'est qu'un passe temps pour lui, rien de bien sérieux.

Son vrai travail l'est bien davantage : il traite les données brutes que A&C Industries lui communique et les met en graphiques pour le plus grand bonheur de ses collègues qui, soudain, y voient plus clair. Ou font mine de.

Dave écoute les Bangles, aussi. Eternal Flame. Au travail, chez lui, le jour, la nuit. Ca l'apaise et le transporte en toute immobilité.

"Ici bas, tout au bout du bout, à la lisière des choses, tout le monde a besoin d'un truc. D'une habitude. Un moyen de faire taire le tumulte. Quelque chose de prévisible et de familier qui empêche de penser à Là. Quelque chose qui, grâce à Dieu, fasse barrière au désordre des rêves."

Dave n'est pourtant pas un homme à tumulte. Mais le tumulte, par la mer toute proche - il habite à la lisière d'Ici, un peu moins loin de Là que ses concitoyens - ne le quitte pas vraiment.

Par la mer, mais aussi par cet unique poil qui décore son visage, entre le nez et la bouche.

"C'était sans doute le poil le plus étrange, le plus résistant du monde. Car qu'importe si on le rasait, l'arrachait, le coupait, l'extirpait, l'épilait, en moins d'une demi-heure, il avait repoussé. Exactement comme avant."

Dave n'est pourtant pas un homme à poil (ah ah). Ni à cheveux, d'ailleurs. De la tête aux pieds, et vice-versa, il est "lisse comme une boule de billard." Tout en peau.

Aucune aspérité.

De l'ordre, du propre, du net.

Pourtant, "sous la surface des choses, en-dessous de leur peau, se cache quelque chose que nul ne connaît."

Et ça, le pauvre Dave va l'apprendre à ses dépends.

La gigantesque barbe du mal raconte donc l'histoire étrange d'une invasion : celle d'un homme envahi par le tumulte, d'un visage envahi par les poils, d'un monde envahi par le désordre. Ici, si bien rangé, ordonné, millimétré, cadré, se retrouve confronté à ses plus terribles angoisses, ses cauchemars d'horizon, ce chaotique, imprévisible, protéiforme et éparpillé.

Une métaphore pour évoquer la routine contre le rêve - aussi inquiétant soit-il -, la vie d'une bonne part de nos contemporains contre une certaines forme de liberté : Stephen COLLINS ne cache pas son message bien longtemps - il a même tendance à l'appuyer.

Ses choix chromatiques - monochromatiques, pour le coup ! - renforcent le doux pessimisme, la triste inéluctabilité de son propos : l'ordre a vaincu, a tout vidé de sens, tout lissé, et quand le chaos s'invite, l'ordre sait réagir pour survivre...

Une lutte éternelle servie à la perfection par le trait comme par la mise en page.

D'une part, l'élégance de la ligne soigne à égalité les allées bien taillées et les vagues hirsutes. Aux premières une rigidité souple (si, si !), aux secondes des volutes hypnotiques, à l'ensemble une étrange alchimie entre rigueur et liberté. Le trait épais et charbonneux, les crayonnés plus légers qui s'invitent parfois, les hachures qui modèlent les espaces, n'y sont sans aucun doute pas étrangers.

D'autre part, la richesse des découpages accompagne, berce, module, rythme la narration : le mini-gaufrier de la fenêtre ordonne le monde qui passe, le temps s'étire, se suspend ou s'accélère au gré des petites ou immenses cases (brillantes ruptures d'échelle) et le chaos lui-même sait mettre à mal ces mises en pages bien ordonnées quand il s'impose.

A trop étirer le temps qui passe si peu, COLLINS finit toutefois par lasser son lecteur, et le rythme un peu oppressant devient une lourde lenteur.

De plus, en appuyant un peu trop son message, en ramenant souvent la métaphore à des considérations justes mais un peu terre à terre et surtout convenues - la vie contemporaine nous plonge dans l'anonymat et nous fait exécuter des tâches stupides tout en étouffant notre part de rêve - l'auteur dessert la magie de son ouvrage et nous fait presque soupirer "tout ça pour ça".

Bel ouvrage - cette couverture, ah ! cette couverture ! - aux dessins envoûtants, La gigantesque barbe du mal souffre peut-être de sa trop dense pagination au service d'un propos un peu galvaudé.

C'est dommage.

Il serait toutefois regrettable de ne pas se montrer curieux à l'égard de ce premier titre de notre "mois de la barbe", sur k.bd, un mois que nous espérons au poil (ah, ah).

Champimages plein le visage

La gigantesque barbe du mal
La gigantesque barbe du mal
La gigantesque barbe du mal
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 11:49

Thomas LAMADIEU repeint le ciel vu d'entre les immeubles.

Poétique et brillant.

Le ciel vu de la Terre
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 11:35
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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 13:24
Histoire de la Sainte Russie

Grande image barbouillée de noir aux bords ajourés de traces de plume ou de pinceau. Un noir vibrant, grouillant, qui ne tient pas en place, que l'on a appliqué avec un soin savamment bâclé.

"L'origine de l'histoire de la Russie se perd dans les ténèbres de l'Antiquité."

Quelques traits apparaissent alors difficilement sur le blanc d'un coin de page.

"Ce n'est que vers le IV° siècle qu'elle commence à se dessiner."

Une seule page et tout est dit : Gustave DORE est un génie, son Histoire de la Sainte Russie un chef-d'oeuvre, et en cette année 1854, alors que le genre "bande dessinée" ne sait pas qu'il a déjà 21 ans, l'illustre illustrateur (facile, je sais, mais au moins c'est fait) affiche une virtuosité qui n'aurait rien à envier à celle de Rodolphe TÖPFFER.

Mais reprenons par étapes.

De l'après Waterloo (1815) à la Guerre de Crimée (1853-1856) on ne peut pas dire que le relations franco-russes étaient au beau fixe : des conséquences de l'invasion napoléonienne à celles de l'expansionnisme russe, la guerre des frontières et des territoires se doublait d'une guerre des mots, des images, des idéologies. Sans autre raison qu'historico-géographico-politique (sic), le Français d'alors est, dans sa grande majorité, hostile à son cousin oriental : barbare, sanguinaire, despotique, conquérant... Le Russe, un couteau dans chaque main et un troisième entre les dents, en veut à la Terre entière et s'en prend avec la même sauvagerie aux deux côtés de ses frontières.

Bien informé, le Français d'alors ne saurait se faire un tel jugement aussi implacable sans de scientifiques et objectives lectures, telle que celle de La Russie en 1839 qu'Astolphe de CUSTINE (ne ricanez pas) publie en 1843.

Homme de son temps au fait de l'information - il dessine pour bon nombre de journaux - et des connaissances, Gustave DORE se nourrit de l'abondante littérature sur le sujet pour réaliser, à 22 ans seulement, son Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la Sainte Russie (de son vrai nom complet).

On peut donc le suivre les yeux fermés - ou peu s'en faut - dans l'exploration de ce colosse aux pieds de glace qui surplombe l'Europe de sa longue et sanglante histoire.

"Les chroniqueurs les plus anciens rapportent que, vers l'an II ou II 1/2, le bel ours Polnor se laissa séduire par le sourire plein de langueur d'une jeune marsouine, et que de cette coupable union naquit le premier russe."

"Les anciens Russes adoraient Péroun, dieu de la paix, des moissons, des armées, de l'amitié, du commerce, de la guerre, de l'honneur, de la gloire, de la ruse, du mensonge et de l'orthodoxie, etc., etc., etc."

N'en jetez plus, la toque est pleine : difficile de trouver autre chose que des éclats de rire, des calembours poussifs (et je parle en expert en la matière), de l'humour sous toutes ses formes et une incroyable inventivité graphique entre les pages concoctées par l'auteur - et recomposées au gré des 4 éditions qui sont succédé de 1854 à 2014).

Cette belle histoire de la Russie est donc avant tout l'occasion pour Gustave DORE de s'en donner à coeur joie au niveau des mots (n'hésitez pas à revenir à plusieurs reprises sur ceux écrits en italique - hors locution latines - pour en chercher le double sens) et des images.

En la matière, outre certaines influences classiques - les innombrables lances dressées des innombrables armées ont un petit air de Paolo UCCELLO - les innovations sont nombreuses : cases noires ou blanches, simples silhouettes ou grandes taches pour "[cligner] l'oeil pour n'en rien voir que l'aspect général", l'auteur ne s'interdit aucune liberté pour son plus grand plaisir et celui de ses lecteurs.

Si la narration est empreinte des habitudes du feuilleton picaresque (répétition des situations, enchaînement presque frénétiques des événements) elle ne manque pas de modernité dans la manière dont elle interpelle les lecteurs (dès la 2ème planche), convoque le crayon ("[qui], s'arrête, scandalisé, devant les pages de Karamsin, et refuse de [...] rendre plus longtemps ses services") ou évoque l'éditeur ("maudit soit le jour où j'entrevis pour la première fois le visage d'un éditeur !")

Le seul point formel sur lequel on peut difficilement juger l'oeuvre est l'ordonnancement des cases - la mise en page, la maquette, ou quel que soit le nom qu'on lui donne - car il semblerait que chaque édition en ait eu sa version. Or, n'ayant que celle de 1996 à ma disposition, je ne saurais dire si elle diffère de peu ou de beaucoup d'avec les précédentes et la suivante.

Sous ses aspects avant tout humoristiques et fondamentalement novateurs, Histoire de la Sainte Russie appelle tout de même deux ultimes commentaires :

- oeuvre de son temps, elle n'échappe pas à certaines lourdeurs stylistiques, parfois, et de longs passages de texte nuisent un peu à la dynamique de la lecture (mais s'en priver serait perdre une partie du sel) ;

- oeuvre éclairée, elle laisse entrevoir, malgré ou grâce aux outrances, un certain avenir de la Russie tel que l'Histoire, depuis, a pu l'enregistrer.

A plus d'un titre, Histoire de la Sainte Russie a donc toute sa place dans votre bibliothèque et dans vos lectures : monument de la bande dessinée naissante, compilation d'images virtuoses et de textes intelligemment drôles, elle portraiture avec justesse l'excès dont le Français d'alors faisait montre vis-à-vis des Russes, mais sans doute aussi du reste du monde (il est évident que le Français d'aujourd'hui n'a plus les mêmes travers, n'est-ce pas ?).

Le mois russe de k.bd est une belle occasion de remettre ce livre sous les projecteurs, à la suite de ce que fit 2024 en 2014.

Champimages qui marquent l'Histoire.

Histoire de la Sainte Russie
Histoire de la Sainte Russie
Histoire de la Sainte Russie
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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 17:37
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