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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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9 mars 2015 1 09 /03 /mars /2015 23:41

"Être, c'est être coincé."

CIORAN, Ecartèlement, 1979

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 17:57
Plageman*

(et oui, pour le coup, * peut faire office d'étoile de mer !)

La plage n'a jamais été le paradis des rêves bleus pour les vacanciers gringalets post-ados en mal d'aventures, de conquêtes, d'alcool facile et de filles à volonté, à moins que ce ne soit l'inverse.

D'autant plus dure est la côte, du sud comme de l'ouest, qu'elle se double de ces campings des flots dont le bleu fait écho à ceux qui ornementent au fil des réprimandes l'épiderme des gringalets sus-cités qui ont eu le malheur de chanter une note de trop une nuit de trop après avoir bu une bière de trop.

Il faut dire que "Traîne des couilles à deux mains" n'est pas forcément du goût des (bons ?) pères (paires ? ah ah) de famille qui aspirent au repos bien mérité de leurs congés payés tandis que la jeunesse se passe dans la bière tiède et la vinasse.

"Vous avez pas bientôt fini ce bordel ?"

Scène mille fois vécue (non, non, ne faites pas l'innocent !) qui se clôt toujours par le silence de la jeune horde sauvage face à la meute moustachue (forcément !), en tongs (la marque - de bronzage - de l'été !), antipathique, à gourmette et aux relents de pastis qui s'est massée autour/dans la tente des apprentis chanteurs.

Il n'y a pas de justice dans ce bas monde.

Vraiment ?

Pourtant, quelque part sur le littoral atlantique (sans doute) une figure se dresse, se drape (dans sa serviette éponge) et s'insurge contre la dictature du beauf : "Et moi je te dis, va te faire enculer gros connard."

Voix dans la nuit de la sauvagerie se dressant contre un soi-disant ordre naturel qui a érigé la raison du plus fort en table (pliante) de la loi.

Plageman est né : "Sachez que ce soir la lutte va s'organiser... Sachez qu'à partir de ce soir le beauf va souffrir !"

Le voilà, le héros des paréos criards, des parasols tordus, des crèmes solaires nauséabondes, le défenseur surtout des maigrichons pâlichons qui pensent qu'il était temps que leur jeunesse se passe suivant leur bon vouloir sans se soucier des aboiements de la "meute" autour des caravanes qui ne passent plus.

Pas de super-héros sans panoplie digne de ce nom : plutôt que d'opter pour le tuba trop "Snorky" ou le bob trop "Ricard", Plageman se façonne de ses mains encore balbutiantes (si, si !) un casque/masque à partir d'un ballon de beach volley parfaitement adapté à son anatomie crânienne et à même de protéger à la fois son identité et son visage.

Car la vie n'est pas simple pour le défenseur des opprimés des campings et du sable dans la raie, et en tant qu'apprenti-héros (Batman ne s'est pas fait en un jour !) il doit affronter bon nombre d'épreuves et de baffes : qu'il défende son coin de plage, son accès au supermarché ou la marée en hiver, le voilà en butte à une violence aveugle et particulièrement violente (sic).

Pauvre Plageman.

Car sous ce masque de dur des durs, de héros des châteaux de sable, de croisé des flux et reflux, se cache un coeur meurtri qui voit s'avancer la fin de la "belle saison estivale" avec angoisse.

Comme tout bon héros moderne donc torturé qui se respecte, Plageman va alors devoir faire face à son plus terrible ennemi : l'indifférence de la basse saison...

Mais quelle moustique tigre piqua Guillaume BOUZARD en cette année 1997 sans doute chargée en boissons tièdes et soirées illimitées pour qu'il crée ce héros tant attendu par tous ceux qui souffrirent de leur différence estivale dans leur chair trop exposée au soleil ?

De son crayon magique - un beau carnet de croquis au fil de la pensée ouvre l'opus, montrant la vibrante création à l'oeuvre, la magie de l'idée se figeant soudain dans un trait sur la feuille ennemie de l'auteur vacillant face à l'inspiration volatile, si, si ! - l'homme brossa en quelques traits le portrait de celui que nous attendions tous, de celui qui allait enfin faire entendre raison à ces gros bras poilus qui considèrent que, quelques semaines par an, sable et galets sont leurs, alors qu'ils sont à tout le monde, même aux plus irritants des gringalets exilés sur la côte.

Vous jugez ses histoires insipides ? C'est que vous ne savez pas goûter à la philosophie de l'absurde.

Vous les trouvez graphiquement limitées ? Vous avez encore tout à apprendre en matière d'expressionnisme...

Le personnage-titre vous semble pitoyable ? Il n'est que le reflet d'une douleur et d'une incompréhension générationnelles. Non mais !

Alors certes, Plageman n'est peut-être pas le gagman du siècle ni le super-héros franco-français que nous attendions, mais qui mieux que lui pour magnifier les embruns, le sable qui pique et l'odeur du fruit de mers en fin de vie ? Qui pour défendre les victimes d'hier et d'aujourd'hui des injustices estivales ?

En sacrifiant son visage - avis médical à l'appui ! - il devient celui que nous pourrions tous être, drapé dans la cape-serviette qui enveloppa notre jeunesse au sortir de la douche ou du bain (de mer).

Parce que c'est un peu lui (BOUZARD habite toujours un peu ses personnages), parce que c'est un peu nous, Plageman occupe avec naturel la collection Monotrème de chez 6 pieds sous Terre, preuve, s'il en fallait, de sa bizarrerie partagée.

Nous sommes tous le Plageman de quelqu'un, mycoses faciales en moins.

Champimages à la plage.

(Et merci à Mitchul pour l'envoi de l'album !)

Plageman*
Plageman*
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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 10:09

"Vous ne verrez pas la vidéo de Mounir FATMI à La Villa Tamaris : se considérant victime de la censure du centre d’art, l’artiste marocain renonce à participer à l’exposition. Entretien.

Une polémique chasse l’autre. Quelques semaines après l’affaire « Zoulikha Bouabdallah » à Clichy-la-Garenne, c’est au tour du plasticien marocain Mounir Fatmi de se voir demander de remplacer Sleep no more, une vidéo figurant Salman Rushdie en train de dormir, par une autre pour une exposition collective autour du thème de la nuit, programmée en juin prochain à la Villa Tamaris Centre d’art de La-Seyne-sur-Mer dirigé par Robert Bonaccorsi."

La suite à lire sur Télérama.fr

Censure à la Villa Tamaris à La Seyne-sur-Mer
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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 15:36

"L'artiste James E. MURPHY a combiné l'heure du moment avec le code hexadécimal des couleurs Web."

Télérama.fr

"Au quatrième top, il sera rouge grenat..."

What colour is it ?
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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 10:09
Tango*

Découvert dans le pavillon chinois du Festival d'Angoulême 2015, cette bande dessinée - dont Tango n'est a priori pas le titre mais le nom de l'auteur, mais c'est le seul mot écrit en caractères alphabétiques - a le charme poétique et absurde des Intermezzo de Tori MIKI : peu de texte (tout au plus des titres - incompréhensibles pour moi, donc - qui ne sont pas toujours indispensables à la perception de l'histoire) et un trait minimaliste au service d'une grande poésie et d'une touche d'absurde, parfois.

Faisant surtout preuve d'un très grand sens de l'observation et d'une intense inventivité visuelle et graphique, l'auteur change un parapluie en cygne, deux femmes main dans la main en porte-monnaie, Albert Einstein en lion ou des oreillers en cochons.

Comme souvent dans ce genre d'exercice subtil, la compréhension ne saute pas aux yeux et demande un temps d'attention et d'observation qui nous rappelle combien une image mérite qu'on s'y arrête pour en capter tout le sens.

Petit ovni sans doute difficilement trouvable - mais voici son ISBN au cas où : 978-7-5086-4330-4 -, ce petit bijou poétique au format "paume de la main" et jaune comme un citron (comme chanterait l'autre) est à découvrir et à apprécier par petites touches, tout en douceur.

Champimages qui surprennent.

Tango*
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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 16:14
Carnet du Pérou

Carnet du Pérou - Sur la route de Cuzco.

Presque 10 ans (déjà !) après mon périple latino-américain, quoi de mieux que de voyager par auteur interposé sur les terres enchanteresses des Incas ?

"Je devrais être épuisé par les dix-huit heures d'avion, mais je suis surexcité, gonflé à bloc d'adrénaline.

Tous mes sens explosent.

Je ne m'attendais pas à être dépaysé dès l'aéroport."

Ah, Lima... Ses rues, ses monuments, ses habitants. L'auteur restitue avec une émotion et une véracité rares (comment oser se livrer autant !) tout ce qu'il vibre en ces terres lointaines et inconnues.

Etonnant de la part de FABCARO, qui signe cet ouvrage : lui qui nous avait habitué à l'humour bizarre (pour ne pas dire abscons) et parfois borderline semble soudain se rencontrer pour de vrai face à une population authentique, sans fard, dont la simplicité éclatante est une leçon de vie donnée à chaque instant.

"Il faut savoir évoluer. Je vais quand même pas faire de l'humour jusqu'à 80 ans."

A la bonne heure, amuseur ! Embrasser le monde, le vrai, en pleine face remet les pieds sur Terre et la tête sur les épaules.

"Après une rude journée au champ, les paysans aiment à se retrouver pour partager une petite liqueur de quinoa. (Ça les amuse beaucoup qu'un Européen s'assoie pour les dessiner)."

Derrière la fausse désinvolture de ces visages avenants se cache la lucidité de la philosophie du temps qui va.

Voyage salutaire, salvateur peut-être que l'auteur nous fait partager, au risque de trop exposer son intimité et les bouleversements qu'elle aura traversés à l'autre bout du monde.

Tiens, entre deux croquis volés et photos prises à la dérobée, FABCARO se met en scène. Ah la la, c'est plus fort que lui, ça. Mais bon, on lui pardonne : en nous parlant de lui, il nous parle de nous. Aujourd'hui son nombril brille un peu comme un miroir.

"Mais c'est pas des Péruviens que t'as dessinés... C'est des Mexicains..."

Ah, Lima... Ses rues, ses monuments, ses habitants souriants et leurs sombreros traditionnels.

Mais non, voyons, c'est simplement pour célébrer la fameuse "semaine mexicaine", tradition péruvienne de début juillet.

Tout s'explique !

Seules les mauvaises langues pourraient penser que l'auteur se serait permis de rédiger un Carnet du Pérou sans y avoir mis les pieds... Tout y est, voyons : les lamas, le pisco sour (miam), les lamas, une vieille gardant un troupeau, les lamas, le Machu Picchu, les lamas, une vieille gardant un troupeau, des enfants souriants, les lamas, la véracité vraie de vraie sans fard 100% authentique d'un pays comme on n'en fait plus, les lamas et Julio Iglesias.

La foule sifflote du Joy Division ? Et alors ?

Une célébrité locale, "Juan Hendrije, (...) joue de la flûte de Pan derrière la tête avant d'y mettre le feu" ? Voilà sans doute ce que l'on appelle la mondialisation.

Le récit de voyage s'interrompt le temps de l'annonce de la reformation des Pixies ? Qu'à cela ne tienne, l'auteur tient à ne pas s'enfermer dans un carcan. De quoi garantir sa liberté.

"S'être battu pour acquérir une liberté et que cette liberté, au final, devienne un nouveau carcan sans même qu'on s'en rende compte."

Argh.

"Ça fait dix ans que tu fais le même bouquin. Je me demande comment personne s'en est encore rendu compte."

Re argh.

Mais alors, à quoi bon une telle débauche de talent ? Autant de références (Tintin en premier lieu, mais pas que), de styles (roman-photo, courbes statistiques, barre de recherche Google...), de guest-stars (Fabrice ERRE, JAMES, Gilles ROCHIER) et surtout de questionnements profonds, intenses, intimes ?

Ah, pardon, on dit "autocentrés".

Bref, vous l'aurez saisi (je pense !), Carnet du Pérou est tout sauf un carnet de voyage ordinaire. Un carnet de voyage intérieur, plutôt, une plongée dans le magma créatif d'un auteur qui, sous couvert de ne jamais se prendre ni ne jamais rien prendre au sérieux, nous livre sans doute bien plus sur ses doutes, ses errances et ses choix que l'on pourrait le penser.

Caméléon graphique, clown du contrepied, FABCARO rebat les sentiers déjà mille fois battus par les guides et carnets de voyage pour en pointer les travers (les paysages, les sourires, les odeurs, les ambiances et bien sûr les lamas !) et en faire un exercice d'auto-style prêtant à (sou)rire.

Laissons le mot de la fin à Rancho y Martinez, deux scarabées en proie à un profond doute existentialiste :

"En fait, j'ai juste envie de retrouver l'excitation. Depuis quelque temps, je suis en roue libre... Je m'appuie sur un petit savoir-faire et je m'en contente. L'impression d'être mort en fait..."

Beau sursaut que ce Carnet.

Reste à voir s'il aura été plus fort que la routine.

Champimages qui essaient de se suivre sans se répéter.

Carnet du Pérou
Carnet du Pérou
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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 23:44

Loin de moi l'idée de vous traiter d'anglophobes primaires en vous infligeant ce titre bilingue.

Loin de moi également la volonté d'afficher un quelconque snobisme polyglotte.

Je tenais simplement, tout simplement à vous indiquer par là que j'avais sur mes étagères l'édition en VO et l'édition en VF de cette excellente (et superbe !) compilation d'histoires courtes de Tom GAULD.

Strips (dans la plus pure tradition anglo-saxonne) ou images uniques, les histoires recueillies dans You're all just jealous of my jetpack allient concision et poésie, absurde et érudition. Littérature classique et science-fiction côtoient quelques belles abstractions prospectives (ou prospections abstraites) cherchant à imaginer l'architecture ou les supports d'écriture de demain, tandis que concepts (si ! si !) ou objets n'hésitent pas à prendre la parole (et le geste) pour vivre de folles aventures.

La folie douce de Tom GAULD, servie par un dessin élégant et minimaliste, fait parfois rire aux éclats , mais plus souvent sourire et un peu réfléchir par les décalages qu'elle provoque.

DICKENS, SHAKESPEARE, mais aussi bon nombre de voyageurs du futur n'ont qu'à bien se tenir : il se peut fort qu'entre un jeu vidéo et une crise créatrice, ils se rencontrent au détour d'un des improbables chemins narratifs défrichés par l'auteur.

Du grand art, en toute modestie.

Champimages en jetpack.

You're all just jealous of my jetpack / Vous êtes tous jaloux de mon jetpack*
You're all just jealous of my jetpack / Vous êtes tous jaloux de mon jetpack*
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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 17:59
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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 12:54
Raging Bulles à Toulon - 26 février 2015

La fin du mois approche à grands pas et avec elle la date de notre Raging Bulles de février.

Attention, notez bien le fait que pour cette édition nous retournons à la Cave de Lilith, rue Paul Lendrin !

Donc nous vous donnons rendez-vous

Jeudi 26 février 2015

A partir de 19h30

A La Cave de Lilith

(rue Paul Lendrin - Toulon)

Au programme :

MUGURUZA Fermin, CANO Harkaitz & ALDERETE Jorge, Black is Beltza, ed. Bang.

MASE Motoro, Demokratia, ed. Kaze.

GREENBERG Isabel, L'Encyclopédie des débuts de la Terre, ed. Casterman.

Yves H. & HERMANN, Sans pardon, ed. Le Lombard.

SMOLDEREN Thierry & BOURLAUD Laurent , Retour à zéro, ed. Ankama.

ZEZELJ Daniel, Tomsk-7, ed. Mosquito.

Bonnes bulles !

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 15:17
Garduno, en temps de paix*

"A quoi tu penses ?

_ Non, à rien.

_ Tu as du mal à dormir encore...

_ Ca va..."

Ca ne va pas vraiment pour Philippe SQUARZONI, en fait, lorsqu'il entame ce projet, à la fin des années 90. L'occasion pour lui de dresser le long et lourd bilan des décennies écoulées et leurs conséquences sur le monde, la vie, sa vie.

"J'ai peut-être raté une marche. Il est peut-être déjà trop tard.

A quoi s'attaquer ? Par où commencer ?

Par soi-même. Ce serait déjà pas mal. Voilà bien un domaine où les difficultés, et celui qui est en cause, sont concrets.

Qu'est-ce que je fais aujourd'hui ? A part croire que je comprends ?

C'est bien ça le problème. Va trouver un angle d'attaque. Désigner un coupable... Quelqu'un qui soit la cause de tout ça.

Non, c'est juste la manière dont vont les choses. C'est un état de fait. Va lutter contre ça."

Malade de son siècle, de son temps, l'auteur ne sait par quel bout prendre le problème qui l'empêche de dormir (entre autres) : comment en est-on arrivé "là", et que faire pour en sortir.

Mais là, où ça ?

"Les pouvoirs publics ne sont plus qu'un sous-traitant de l'entreprise. Et démocratie rime avec démantèlement du secteur d'Etat, libre circulation des fortunes, enrichissement des privilégiés.

Accroissement des inégalités.

Selon le Financial Times tout le défi de la mondialisation consiste à "concilier l'intérêt public avec le libre-échange". C'est donc à l'intérêt public, c'est à dire notre intérêt, de s'adapter au marché ! La fin est soumise au moyen. On marche sur la tête !"

Constat amer, lucide et sans appel, pour peu que l'on prenne le temps de lister les faits et d'en chercher les causes (et les conséquences). Constat d'autant plus sombre qu'avec presque 20 ans de recul (1997 => 2015 : faites le calcul !) on peut s'interroger sur ce qui a vraiment changé depuis...

Patiemment, en s'appuyant sur l'Histoire passée, l'Histoire en cours, mais aussi sur ses nombreuses expériences personnelles, l'auteur essaie de démonter des mécanismes tellement profonds, retors et efficaces que le propos peut paraître outrancier, caricatural ou totalement paranoïaque.

Et pourtant.

En étalant consciencieusement les faits, en faisant entrer en résonance certaines dates, certaines guerres, certaines mesures prises aux quatre coins de la planète, Philippe SQUARZONI déroule une démonstration qu'il n'est pas le seul à faire et qui s'appuie sur des arguments objectifs et plutôt imparables.

Il brosse le portrait d'un monde qui, sous la botte de l'ultra-libéralisme présenté comme la seule voie à suivre, comme un dogme, presque une religion, n'en finit pas de diviser, exclure, rejeter, les riches toujours plus nombreux et plus riches se hissant toujours plus haut loin bien loin des pauvres toujours plus nombreux et plus pauvres.

"Soyons clair : le capitalisme est créateur d'un prolétariat vivant dans la misère la plus abjecte.

C'est ça le monde dans lequel nous vivons.

Un monde où le moindre geste de quelques privilégiés représente un véritable luxe pour l'immense majorité des hommes.

Comment vivre ça ?

Notre bien être n'est pas la garantie d'un bonheur à venir pour les populations du Sud.

Bien au contraire."

Comment avoir un regard aussi dur sur le monde ? Sans doute parce qu'ayant agi en ex-Yougoslavie, au Mexique ou au coeur du conflit israëlo-palestinien, l'auteur a pu constater par lui-même la récurrence des conséquences et donc des causes : dans un monde encore meurtri par les découpages coloniaux ("Toute société digère le génocide qui la fonde") c'est avant tout la misère qui dresse les populations les unes contre les autres et la recherche du profit qui fait ployer la multitude sous le poids d'une minorité.

"Améliorer la situation des 20 pays les plus gravement touchés [en matière d'alimentation et de soins] reviendrait à 5,5 milliards de dollars, c'est-à-dire le coût de la construction d'Euro-Disney."

No comment.

Que faire face à ce rouleau-compresseur lancé depuis des siècles (si, si !) et qui ne semble pas vouloir s'arrêter ? (Je vous laisse chercher par vous même les informations vous le confirmant, les sources fiables et scientifiques abondent, loin de toute forme de manipulation médiatique).

Philippe SQUARZONI se tourne alors vers le Mexique (d'où le titre de son ouvrage en deux tomes, Garduno d'un côté, Zapata de l'autre, deux mots pour un même espace partagé entre deux réalités) :

"[Les Zapatistes] ont été les premiers à relier la marginalisation des pauvres du Sud aux logiques de la globalisation économique. Les premiers à porter la lutte sur le terrain des marchés financiers et des logiques de libre-échange [...] Ils ont tout fait pour impliquer la société civile dans cette lutte mondiale."

Comment servir un propos aussi dense, complexe, touffu, sans sombrer dans la répétition visuelle et l'hyperréalisme graphique ?

L'auteur, dans cet ouvrage qui compte parmi les premiers de sa carrière, installe le système de narration qui est aujourd'hui sa marque de fabrique : un noir et blanc un peu dépouillé sans doute à base photographique et l'utilisation de nombreuses images d'archives puisées dans la vaste mémoire du monde.

S'il fait moins appel que dans Saison Brune aux marques, panneaux, symboles qui envahissent et caractérisent nos environnements urbains, il convoque une vaste galerie des cartes, objets, visages qui, par leur charge autant que par leur juxtaposition, font sens : quand à l'oisillon bec ouvert répond une main tendant un hamburger, les mondes, les codes s'entrechoquent pour délivrer un message d'une efficacité, d'un impact rares.

Cette facette graphique, par son réalisme léger et ses symboles appuyés, ne confère que plus de poids, plus de corps au propos, et nous conforme dans l'idée que le monde est pourri de puis longtemps et que ça semble mal parti pour changer (20 ans après, que dire, en effet ?).

Pourtant l'auteur, après avoir maintes fois fait le constat de son impuissance, réussit à ne pas baisser les bras (qu'il en a, de la chance !) :

"Voilà le nouveau défi.

Ne pas perdre de terrain.

Ne plus courber le dos.

Continuer à dénoncer les faux semblants du libéralisme.

Oui, la nouvelle économie n'est qu'une supercherie, un retour à la féodalité !

Il faut pouvoir développer ce contre-discours [...].

Le libéralisme ne peut pas survire si on le met à la lumière."

Je n'ai jamais lu (ou en tout cas pas encore) la suite de Garduno, en temps de paix. Peut-être donne-t-elle des pistes, des clefs, davantage d'espoirs.

Quant au fait de savoir si cette bande dessinée relève ou pas de notre thème de février sur k.bd, je ne peux qu'approuver : raconter l'Histoire la plus contemporaine, au-delà du simple aspect historique, d'ailleurs, permet, en démontant certains mécanismes aux terribles effets, de franchir la frontière entre connaissance et prise de conscience, puis entre prise de conscience et réaction.

"Juste avant de partir pour le Chiapas, j'ai écrit au Monde Diplomatique [...] Dans son édito, Ignacio Ramonet [qui signe la préface de la BD] proposait de lancer une association qui s'appelerait ATTAC."

Champimages qui secouent le monde.

Garduno, en temps de paix*
Garduno, en temps de paix*
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