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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 17:54
Dans la prison

"Condamnation à trois ans d'emprisonnement pour détention illégale d'armes blanches, infraction à la loi sur le contrôle des explosifs.

C'est moi ? Vraiment ? J'ai du mal à y croire..."

Si l'on excepte le fait que les "armes blanches" citées page 18 sont représentées par des armes de poing page 32, et que ce sont ces mêmes armes à feu qui sont évoquées dans Avant la prison, du même auteur, voilà à peu près comment tout a commencé.

1994. Hanuichi KANAWA passe du statut de mangaka libre à celui de mangaka incarcéré, pour une histoire de détention illégale d'armes.

Le voilà donc confiné entre les murs d'une cellule à "la maison de dépôt "S" d'Hokkaido".

A l'aide d'une plume sans doute commandée grâce à la "fiche de demande d'achat de produits de consommation journaliers", l'auteur décide de rendre compte minutieusement de son quotidien et de celui de ses co-détenus,

A moins qu'il n'ait rien dessiné de tout cela durant sa détention :

"Dis... Tu ne veux pas dessiner un portrait à partir de ça... ?

_ Quoi ?! Et que fais-tu des inspections des cahiers ?

[Seules les photos de personnes sont autorisées. On a le droit d'en recevoir 10 par mois.]

_ Je dirai que c'est moi qui l'ai fait."

Passons.

Cela n'enlève rien au fait que Dans la prison relate avec précision cette expérience.

"Réveil : 6h40

Inspection : 6h50

Petit déjeuner : 7h

Début du travail : 7h40

Déjeuner : 11h40

Fin du travail : 16h20

Inspection : 16h40

Dîner : 16h50

Couchage : 19h

Sommeil : 21h"

Un rythme immuable, mesuré, cadencé, sous contrôle, sans temps mort, pour ne pas voir la vie passer.

"C'est déjà la pause du matin."

"Déjà l'heure du déjeuner."

"Le thé ? Déjà ?"

Tout semble se passer trop vite, ou en tout cas hors du temps.

Par la magie des rituels et leur répétition. Encore. Et encore. Et encore.

Rien de laissé au hasard. Aucune place à l'imprévu ou au désordre.

Corps et objets soumis à des règles strictes d'ordre et d'obéissance.

"Celui dont c'était le tour nettoyait l'évier après avoir vérifié que plus personne n'en avait besoin. Parce qu'il ne devait rester aucune goutte."

"Une fois le nettoyage terminé, on alignait les robinets.

Les coussins sont rangés. Bien.

La porte des toilettes est ouverte."

"Une fois le pas de la porte franchi vers le couloir, plus un seul pas n'était fait librement. Leur nombre était déterminé et compté."

Chaque homme et chaque chose à sa place.

Chaque mot aussi.

"S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! Je demande une autorisation !

_ Ca commence vraiment à me taper sur le système... "S'il vous plaît" à chaque fois... Ce n'est pas dans mes habitudes et c'est fatigant..."

Une vie de contraintes.

Mais doit-on attendre autre chose de la prison ?

Et pourtant, derrière ce contrôle et cette pression permanents, l'auteur considère qu'il bénéficie d'un traitement de faveur. Et il s'en veut.

"Il ne se passe pas un jour sans qu'on nous serve nos repas. C'est à se demander s'ils n'ont pas la corne d'abondance...

Même si on est des détenus provisoires, on reste quand même des criminels. Et dans ce sens , des croûtons de pain moisis avec de la soupe de pelures de légumes me paraîtraient amplement suffisants.

Avons-nous vraiment le droit le mener une vie pareille après ce que nous avons fait ?

Je ne ressens vraiment aucune volonté de punir ceux qui ont mal agi ou de s'en venger. Voilà qui doit rendre les victimes bien tristes, et en colère aussi.

C'est presque à la limite du supportable.

Au fond, on est un peu comme des coqs en pâte ici."

Etrange tableau idyllique d'un lieu qu'on imagine pourtant infernal.

Faudrait-il envier le sort de l'auteur ?

Loin s'en faut si l'on fait la liste des cauchemars et des obsessions qui l'assaillent : le manque (de cigarettes, notamment), la peur permanente du regard intransigeant des gardiens, le "mur de s'il vous plaît" qui finit par bloquer le mouvement le plus anodin...

"Lorsqu'on sortira d'ici, tu vas voir qu'on continuera à se lever et à crier "sil vous plaît" !

_ Pour le coup, tout le monde saura d'où on vient.

_ Moi, je sens que ça m'arriver, et que je vais crier sans la moindre retenue..."

L'isolement, surtout, malgré une vie en communauté plutôt "vivable."

N'apercevoir l'extérieur que par des fenêtres trop rares, ressasser la vie d'avant la prison comme un rêve qui s'étiole, redouter le retour à la réalité...

Et, par dessus tout, la bouffe. La bouffe. La bouffe. De plateau en plateau. De marmite en gamelle. Des plats variés qui semblent s'enchaîner sans fin, corne d'abondance au service d'une entreprise de gavage.

"Il est déjà l'heure de déjeuner ? Alors qu'on vient à peine de prendre le petit déjeuner...[...] C'est un peu comme si le fait de manger correctement en respectant les règles établies était notre travail."

Plus que monotone, la vie carcérale décrite par HANAWA s'apparente à un lent, méthodique et efficace dispositif d'oubli de soi.

Graphiquement, l'auteur est dans la lignée des auteurs de gekiga : un trait restituant fidèlement la réalité, des hachures pour donner de la matière, des visages souvent ingrats et une certaine noirceur générale.

Pas étonnant que le récit ait été prépublié dans la revue AX.

Les décors et les objets sont traités avec soin et détails, de la plus petite inscription à la moindre paire de geta. Un sens du détail qui frôle parfois l'obsession (la folie n'étant jamais bien loin).

Les corps sont davantage mis à rude épreuve graphique et l'étrange physionomie de HANAWA ajoute une touche presque fantastique à un récit déjà sur le fil tant l'univers carcéral semble relever d'une autre réalité.

Malgré le rythme lent et l'apparente placidité de la vie derrière les murs (on est bien loin de la série télévisée Oz !), Dans la prison réussit à distiller le malaise et l'effritement qui, insidieusement, envahissent les détenus, tout en les remettant pourtant sur "le droit chemin".

"Hier soir, on s'est couchés comme d'habitude à 21h...

Ce matin, on s'est levés à 7h40.

Et pourtant je pourrais dormir encore des heures et des heures.

[...]

Tous les sentiments de malaise qui sont au fond de nous remontent et imprègnent notre corps qui s'alourdit. Voilà pourquoi notre sommeil est encore sans limite.

Et puis, il nous arrive parfois de rêver de cochons...

Soleil

Ciel bleu

Terre

Vent

Bain de boue

à jamais étrangers."

Un titre qui a toute sa place pour le mois "derrière les barreaux" de K-BD.

Champimages enfermées.

Dans la prison
Dans la prison
Dans la prison
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 17:07
La colère de Fantômas T1

"C'est quoi un cinématographe ?

_ C'est UN cinématographe, et c'est la première représentation publique du spectac' le plus impressionnant qu'y soye possib' de voir à Paris ! C'est d'la photo qui bouge !"

Et pour bouger, elles bougent ces photos "à taille réelle" qui font rire le public après l'avoir effrayé (souvenez-vous, 1895, l'arrivée du train en gare de La Ciotat, tout ça...).

Elles bougent tellement qu'elles en contaminent le public : une femme en fuite pénètre dans la salle de spectacle, suivie par une sombre silhouette. Cris, coup de feu, émeute, face à face avec l'agent de police venu profiter du spectacle.

"Mais... qui êtes-vous ?

_ Je suis Fantômas."

Seize ans après ces tragiques événements qui coûtèrent la vie à deux innocents, l'histoire ne fait que commencer.

"Demain matin à 5H00, devant la prison de la Santé, Anatole Deibler, le bourreau de la République, allongera Fantômas sous les Bois de la Justice."

Dans la foule qui assiste à cette délivrance, Jérôme Fandor, rédacteur en chef adjoint de La Capitale, et l'Inspecteur Juve, dont la moustache a bien blanchi depuis sa première rencontre avec l'homme en noir. Il a fallu bien des années aux deux hommes pour venir à bout de leur proie.

"Seize ans pour capturer un seul homme, il n'y a pas de quoi être fier !" Le commissaire Havard ne mâche pas ses mots, irrité qu'il est par le succès de son subalterne (depuis le temps que Paris attendait cette arrestation !).

Il s'en passerait bien du succès, Juve, mais celui-ci le rattrape !

"Je suis Louis Feuillade. Directeur artistique de la Gaumont. [...] J'aimerais conter vos aventures au cinéma !"

Et voilà, la boucle et bouclée.

On peut passer à autre chose.

Comme si Fantômas était du genre à laisser les fleuves couler tranquillement et longuement.

Aussi tourmenté que la Seine, il ne peut manquer d'y remonter (sur scène, ah ah) lors d'une représentation théâtrale de La tache sanglante, qui raconte justement ses aventures.

C'est que l'homme a le sens du spectacle !

Et le "Je me vengerai" qu'il a fait retentir dans son dernier souffle est encore dans tous les esprits. Peut-on vraiment faire disparaître l'incarnation de la peur collective ?

"Le 10 février 2011, Fantômas a eu 100 ans.

[...] Il est le premier super-héros de l'Histoire. Tous les hommes et toutes les femmes masqués qui éclaboussent les cases des comics américains (sic) et les écrans de cinéma sont ses enfants illégitimes. Le sang de Fantômas coule dans les veine de chacun d'entre eux.

[...] Pour ceux qui auraient encore un doute : oui, le père de tous les super-héros est un super-vilain.

Aujourd'hui, juste retour des choses, c'est à son tour d'envahir les cases de la bande dessinée."

Olivier BOCQUET n'y va pas par quatre chemins : avec La colère de Fantômas, il se plonge aux sources de la littérature feuilletonnesque du début du XX°siècle pour mieux en extraire la quintessence qu'elle distille depuis plus d'un siècle dans les fabriques super-héroïques.

Un peu comme Serge LEHMANN l'a fait avec La Brigade Chirique, mais en s'emparant d'un personnage plus connu du grand public : Fantômas.

Pourtant "pour beaucoup, le premier terroriste de l'ère moderne [...] n'est plus qu'un pitre au masque bleu, poursuivi par un clown, à bord d'une DS volante."

Il fallait donc réhabiliter l'homme, l'ombre, le mythe.

Lui restituer toute sa force, sa fougue, sa virulence anarchiste et destructrice.

Avec ce tome 1, il a brillamment réussi son pari, même si, malgré une action sans limite, des rebondissements permanents et des personnages hauts en couleur, il donne un tout petit peu l'impression d'avoir délayé son histoire, qu'on aurait pu souhaiter plus concentrée.

La folie dynamique de son récit trouve un parfait écho dans le trait et les couleurs de Julie ROCHELEAU : la dessinatrice tord les lignes ou les allège, vide les regards pour les rendre plus expressifs, joue de la caricature comme de l'abstraction avec brio.

Chaque image palpite, portée par une mise en couleur qui sait s'appuyer sur les flous ou sur les nettetés avec efficacité.

Les ambiances sont fortes, denses quand il le faut, et bon nombre de cases ont un petit goût de MATTOTTI particulièrement appréciables.

En prime le découpage est parfaitement maîtrisé, riche de toutes les expériences possibles, et les onomatopées, dont la BD contemporaine se méfie souvent, ont une place et un traitement de choix.

Saluons donc des deux mains ce travail à quatre (mains) qui non seulement nous donne à voir de la belle et bonne BD d'enquête et d'action, mais nous permet également de redécouvrir un mythe qui, le temps et les adaptations passant, avait perdu de sa saveur.

Laissons, comme l'ont fait les auteurs, la parole à tous ceux qui, au fil du siècle, ont rendu hommage à l'insaisissable homme en noir, et courons vers le tome 2, en l'espérant tout aussi bon, et peut-être un brin plus dense ?

"Fantômas nous enchante d'un bout à l'autre par sa désobéissance aux règles et par le courage instinctif par lequel il survole l'intelligence." (Jean COCTEAU)

"Fantômas surgit parmi cette littérature comme un des monuments les plus formidables de la poésie spontanée." (Robert DESNOS)

"On a pu écrire que ce siècle était une invention de Fantômas. C'est fort probable et tout continuer à le prouver." (Alexandre VIALATTE).

Champimages qui bousculent l'Histoire.

La colère de Fantômas T1
La colère de Fantômas T1
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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 16:03
Assis à six

Rudolf STINGEL, Untitled, 1994.

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 15:51
Wes Anderson centered

Simple, efficace, un peu facile parfois, mais tellement rythmé, et surtout au service de si belles images...

Wes Anderson Centered

(Et dans la même veine, n'oubliez pas ça !)

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 16:26
Une métamorphose iranienne *

"Mettez tout par écrit, depuis le début.

_ Dans le détail... Ça ne rentrera jamais !

_ Eh bien, résumez ! Et ne débordez pas du cadre !

_ Comment résumer cinq mois dans les limites de ce cadre ?"

Le cadre administratif auquel il doit se plier pour obtenir de l'aide ?

Le cadre de la BD par laquelle il essaie de rendre compte de l'enfer qu'il a traversé ?

Le cadre étroit et dur de la cellule dans laquelle le cadre d'un simple dessin a fini par l'envoyer ?

Tous dans les ca(dre)s, Mana NEYESTANI est coincé.

Coincé par le système iranien qui a décidé de le broyer, coincé par les systèmes internationaux qui ne veulent pas le laisser partir, coincé surtout par un hexapode rampant et luisant qui a décidé de lui pourrir la vie.

Printemps 2006. "Il commence à faire chaud à Téhéran." Pour animer la rubrique jeunesse du journal Iran Jomeh pour lequel il travaille, l'auteur décide de confronter son héros à un cafard car, la saison chaude approchant, sa maison en regorge.

"Il y a des parents azéris qui m'ont appelé pour se plaindre de l'histoire du cafard. Je n'y avais pas prêté attention, mais nous devons composer avec les sensibilités ethniques, tu sais.

_ Les sensibilités ethniques ?

_ Eh oui. Dans ce dessin-là, ton cafard prononce un terme azéri."

Un mot. Un simple mot mis dans la bouche d'un insecte dessiné et c'est toute une région d'Iran qui s'enflamme : le Nord, peuplé pour partie d'Azéris, d'origine turque.

Très vite des manifestations sont organisées, des boutiques pillées et la répression policière finit dans le sang.

"Le problème ne tient pas à un dessin ou à un journaliste. Le problème, c'est ce mépris que les intellectuels perses ont toujours nourri à l'égard des iraniens turcophones. C'est une vieille histoire."

Mais cela ne rassure pas le journaliste qui, de convocation en convocation, a fini au bâtiment 209 de la prison d'Evin.

"Formidable. Si le juge ne vous avait pas placés en détention, c'est un juge d'Azerbaïdjan qui l'aurait fait et vous auriez été transférés au sein d'une foule de protestataires."

Mana n'est pas dupe en entendant ces mots de la bouche de M. Maleki qui les accueille (lui et son collègue Mehrdad, lui aussi convoqué) au bureau du procureur général mais qui travaille sans doute pour le Ministère de l'Intérieur.

L'avenir lui donne raison : "Parlez-nous des dessinateurs iraniens que vous connaissez. Ecrivez donc tout ce que vous savez sur eux."

Tout est dit.

Son passé de journaliste pour "plusieurs journaux politiques réformistes et d'opposition", dans les années 90, le rattrape.

"J'ai toujours été un dessinateur très modéré. Le système ne peut-il pas me tolérer ?

_ Evidemment ce n'est pas une bande de dessinateurs mineurs qui menace la grandeur de notre système. Mais n'oubliez pas que vous êtes accusé d'avoir suscité des tensions parmi les communautés iraniennes et, par là même, d'avoir menacé notre sécurité intérieure. Imaginez qu'on raconte au juge que vous avez un passé en tant qu'opposant au système et qu'au fond vous avez toujours cherché à semer le chaos."

Et voilà.

La terrible machine est lancée.

Emprisonnement, isolement, interrogatoires, menaces, rien n'est épargné à Mana, à part la torture physique.

Son journal ne lui apporte aucun soutien (le directeur étant avant tout préoccupé par la sauvegarde de son poste), l'avocat qu'on lui a fourni ne sert pas ses intérêts non plus et, bien qu'il dise la vérité, cela ne convient jamais à un Ministère qui entend bien "compléter [ses] registres."

L'engrenage kafkaïen (d'où le titre) dans lequel le dessinateur est pris le broie lentement mais sûrement. Retrouver Mansoureh, sa femme, devient son seul horizon.

Un horizon qui ne constituera pourtant qu'une bien fragile étape.

La sortie d'Une métamorphose iranienne, en 2012, fut un véritable événement éditorial : autobiographie d'une descente en enfer, le livre déborde de thèmes polémiques et d'actualité.

Liberté d'expression, censure, tensions inter-communautaires, instrumentalisation, corruption, luttes d'influences, police politique, embrouillaminis diplomatiques... Pour un malheureux dessin réalisé en toute bonne foi Mana NEYESTANI se retrouva pris dans une incroyable escalade et vit sa vie basculer en quelques jours.

Condamnation, emprisonnement, manipulation, libération, exil... Chaque nouvelle étape ne faisait qu'empirer la situation, et l'auteur ne savait plus vers qui se tourner, quelles voies emprunter pour trouver une solution.

Epaulé par son épouse, l'auteur dut affronter bien des crises, surmonter bien des angoisses et accepter de vivre le pire pour chercher à survivre.

Son récit est aussi pour lui l'occasion de brosser les portraits de ceux, gardiens comme co-détenus, qui croisèrent sa route pendant ces longs mois de chaos.

Les premiers refusant de montrer leur visage ("Arrête de regarder vers moi. Ne te retourne pas"), les seconds plus ou moins imbriqués dans la complexe organisation de la vie en prison.

"Si jamais je tombe sur cet enfoiré qui nous a traités de cafards, je le décapite."

Pas de torture physique, certes, mais quand même...

Graphiquement, Mana NEYESTANI semble marcher sur les traces de Joe SACCO par son usage de la hachure qui confère au récit noirceur et gravité.

Pourtant, son traitement des visages, souvent un peu caricatural - signe distinctif de son métier de dessinateur de presse ? - n'est pas sans rappeler, aux antipodes, le déjanté Bill PLYMPTON. Etrange mais totalement pertinent.

Quant à son style "pour enfants", il a la simplicité universelle de bon nombre de cartoons.

NEYESTANI est donc une sorte de caméléon capable d'adapter son style à son récit, ce qui le rend d'autant plus efficace.

Sa construction scénaristique n'est pas linéaire elle non plus et dénote, par certaines petites touches de "montage parallèle" et de flashback ou flashforward, d'un souci de ne pas s'enfermer dans une chronologie trop rigide.

Chronique de l'horreur ordinaire, Une métamorphose iranienne brosse peu de portraits reluisants : peur, corruption, pouvoir faussent toutes les donnes. La patrie de droits de l'homme n'est pas épargnée. L'intégrité de l'auteur non plus.

Après nous avoir conduit en Guyane, le mois du "Bagne" (au sens très large) sur K-BD nous permet, avec l'œuvre de Mana NEYESTANI, d'évoquer de nouveau les questions de la liberté de la presse et plus généralement de la liberté, d'ailleurs.

Dans un monde où bon nombre de communautés sont malmenées, la plus infime goutte d'encre peut mettre le feu à bien des réserves de poudre, sans que la moindre caricature soit impliquée.

La paix n'est décidément pas pour demain.

Champimages qui rongent.

Une métamorphose iranienne *
Une métamorphose iranienne *
Une métamorphose iranienne *
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 10:54
Paco les mains rouges

"Mon nom c'est Paco !! Paco, vous m'entendez ?!"

"On n'allait pas me coller un surnom de gonzesse. Parce qu'au bagne, un blaze c'est presque plus dur à enlever qu'un tatouage."

Et des tatouages, il y en a des tas, "comme des bandes dessinées sur la peau" des condamnés au bagne.

Violeurs, voleurs, meurtriers, petites frappes ou grands caïds, les voilà tous dans le même bateau, direction la Guyane, sans grand espoir de retour.

"J'en revenais toujours pas d'avoir échappé à la guillotine. (...) Perpétuité en Guyane... Laisse-moi te dire que d'un seul coup ça prenait tout son sens."

L'Enfer vert sous des petits airs de Paradis.

Des petits airs qui ne durent guère.

L'enfer du palu, de la moiteur, des parasites.

L'enfer des co-détenus surtout, face auxquels il faut s'affirmer en permanence pour ne pas finir "bonniche" ou, pire, "môme".

Patrick, ancien instituteur, nouveau condamné, l'a vite compris : "Il y a des fois où la peur donne du culot." Alors il va voir Armand, dit La Bouzille, grand tatoueur mutique monté à Alger avec les "Joyeux" de Biribi. Pas des drôles. Des tatoués. Des tout brûlés de l'intérieur. Armand qui le marque à l'encre noire d'une "mort qui fauche" ricanante dans le dos.

Mais le tatouage ne fait pas l'homme : à peine mis pied à terre, Patrick se fait coincer dans les douches et violer par trois hommes.

"Bonne nuit pâquerette."

Surtout rectifier le tir vite fait pour ne pas devenir la petite fleur de tout Saint-Laurent.

Frapper vite, bien, fort et si possible rouge.

Patrick devient définitivement Paco et ses mains se teintent à jamais de la couleur de son surnom.

Personne ne l'a aidé, soutenu, prévenu, à part Pierrot, un Bourguignon comme lui, qui lui a fait glisser en douce l'instrument de la vengeance. Mais Armand, lui, n'a pas bronché.

Ne se fier à personne, jamais.

Donc Paco ne peut compter que sur sa belle gueule et son éducation, de quoi lui permettre de devenir garçon de famille pour Alberti, un broussard qui a dompté la jungle. De quoi passer le temps du moins mal possible, loin des violences pénitentiaires, mais jamais loin des magouilles indispensables à la survie dans un "pays" sans repos, sans douceur.

En apparence.

Paco les mains rouges nous entraîne donc dans la moiteur de la longue nuit des bagnards envoyés en Guyane dans les années 30.

Un pays de violence marqué par l'hostilité de l'environnement mais surtout des hommes : gardiens, colons, bagnards, même combat, chacun pour soi.

Pas facile de survivre dans un monde où "l'espérance de vie d'un fagot dépasse pas cinq ans."

Alors faut forcément être plus malin, plus fort, plus audacieux, plus égoïste et surtout plus fermé que les autres.

Pas de place pour le doute, encore moins pour les sentiments.

Juste penser à sa gueule.

Un univers dur et introspectif comme les aime Fabien VEHLMANN : peu d'espoir, des ambiances pesantes et des relations complexes entre les personnages. L'histoire semble très documentée et concentre le pire d'une période historiquement chaotique. Pourtant, le dépaysement provoqué par la distance nous plonge presque hors du temps, loin des affres de l'Europe de l'entre-deux Guerres, mais malgré tout en enfer.

Chaque pas, chaque souffle s'arrache de haute lutte, nécessaire pour "faire mentir les statistiques."

Paco puise dans des ressources insoupçonnées, mû sans doute par une force qui nous échappe encore mais à propos de laquelle la lecture du tome 2 nous éclairera peut-être.

Graphiquement, Eric SAGOT semble se situer au carrefour de nombreuses influences que le cahier graphique accompagnant l'album confirme : une touche de BRÜNO sur un fond de BERBERIAN et une ombre de David B. composent un cocktail faussement naïf, élégant et efficace par le décalage qu'il provoque avec le propos.

Les visages sont simples et vont droit au but, les décors se font parfois abstraits, le tout est nimbé de tons sépias qui baignent l'histoire autant dans les brumes du souvenir quand dans les éclats de boue de la jungle guyanaise.

Raconté à la première personne à un auditeur encore inconnu, Paco les mains rouges nous plonge dans la violence de l'univers pénitentiaire sans jamais verser dans l'ultra-violence, le voyeurisme ou l'apitoiement : l'histoire, comme les personnages, doit avancer coûte que coûte, si possible sans larme verser et avec pour but un horizon pâle et lointain qu'il ne faut jamais perdre de vue sous peine de sombrer.

Chronique d'un fragile équilibre, Paco les mains rouges tient bon sur le tumultueux Maroni en emportant à son bord suffisamment de non-dits pour que l'on s'embarque aussi.

Espérons que le second volet du diptyque sera aussi subtil et mouvementé.

Champimages moites.

Paco les mains rouges
Paco les mains rouges
Paco les mains rouges
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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 16:02
Battling Boy T1 *

" Un cadeau ! Tu t'es souvenu que c'est mon anniv' demain ?

_ Ton anniversaire, oui... Et autre chose encore. Demain, c'est le Grand Tournant pour toi !

_ Mais papa... Je ne comprends pas... Y a rien dans le tissu. Où est mon cadeau ?

_ C'est ce tissu ton cadeau. Un cape de voyage ! ... Tu pars en rando !"

Et pas une promenade de santé : un rituel de passage à l'âge adulte, plutôt. A la dure. A la sauvage, même : faire face aux horreurs qui assaillent presque sans arrêt la mégapole d'Arcopolis.

Fallait-il s'attendre à moins pour Battling Boy, fils d'un dieu de la guerre ?

Finies les parties de ballon entre (divins) copains et gentilles prises de bec avec maman : Battling Boy doit devenir un grand garçon, coûte que coup.

Son essence divine suffira-t-elle ? Qu'à cela ne tienne : son père à tout prévu, lui confiant une valise contenant 12 t-shirts tous frappés d'un animal totémique : lion, cheval, taureau, T-Rex... Rien ne manque. Le tout accompagné de l'indispensable Encyclopédie des Monstruosités, précieux précis dans un monde où elles sont légion.

Battling Boy n'a qu'à enfiler le bon vêtement au bon moment pour recevoir les pouvoirs correspondants. Le tout est de faire le bon choix, adapté au monstre et à la situation.

Pas si facile quand on n'a encore jamais vraiment goûté au terrain ! Mais un jour ou l'autre il faut bien savoir se prendre en main : papa ne peut pas toujours être derrière.

L'arrivée du jeune garçon est plutôt une bonne nouvelle pour Arcopolis qui vient de perdre son héros attitré : Haggard West. Le héros de la science s'est fait descendre par Sadisto, le Boss et ses sbires emmaillotés (de bandelettes) et encagoulés. Le pays le pleure, sa fille aussi. Saura-t-elle prendre la relève ?

En tout cas, Battling Boy arrange bien les affaires du Maire dont l'armée commençait à être quelque peu dépassée par l'énorme et destructeur Humbaba. D'où qu'il sorte, ce nouveau héros sera du plus bel effet sur les écrans et lors des défilés. Ne reste qu'à l'exhiber comme un jouet.

Ce qui n'est pas du goût de tout le monde, surtout pas de Sadisto et encore moins de son Maître Ténébreux.

La rando du jeune garçon ne s'annonce pas de tout repos !

Vous trouvez l'histoire "hénaurme" et chaotique ? C'est ce qui fait son charme !

Un brin désuète ? Pas plus qu'une autre, en fait ! Et attendez d'avoir goûté au rythme effréné : aucun temps mort, de l'action partout et tout le temps sans jamais saturer, le tout servi par un dessin extrêmement dynamique.

Paul POPE n'en est pas à son coup d'essai : à la table à dessin depuis le début des années 90, il est nourri d'images de tous pays et sa production déborde largement les cadres des cases (on lui doit quelques installations, une ligne de vêtements !) et les frontières de ses Etats-Unis natals (un de ses premiers travaux était pour... Kodansha !).

De cet éclectisme découle sans doute son style étrange, un brin suranné (mais les couleurs criardes y sont peut-être pour quelque chose !) mais résolument personnel et efficace : mouvementé et expressif, il s'accommode sans peine de quelques déformations anatomiques et d'une outrance presque permanente.

Mais qui a dit qu'un dieu en devenir devait faire dans la demi-mesure ?

Cocktail détonnant de rite initiatique, de baston, de grand-guignol médiatique et de sombre complot (sans oublier la petite touche romantique qui pourrait poindre par la suite), Battling Boy est la preuve que l'on peut digérer bon nombre de poncifs (oui, le père ressemble à Thor, oui, l'héroïne hérissée de gadgets a un petit côté Batman...) pour réaliser un récit finalement assez original mais surtout diablement prenant, dans lequel le lecteur en a largement pour son argent : les quelque 200 pages sont pleines à craquer et on en attend la suite avec impatience.

Que demander de plus ?

Champimages qui castagnent.

Battling Boy T1 *
Battling Boy T1 *
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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 15:59
Histoire de lard

Il y a à voir et manger chez Karsten WEGENER !

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 11:50
Les Trois Petits Cochons

"Qui craint le Grand Méchant Loup, c'est pas nous, c'est pas nous..."

Encore faut-il avoir de quoi se protéger de son souffle puissant.

C'est ce que vous propose de revivre Les Trois Petits Cochons, un jeu très malin de Laurent POUCHAIN.

Chaque joueur, à tour de rôle, va lancer 5 dés roses (rose cochon, bien sûr) : trois à motifs noirs, deux à motifs blancs.

Sur chaque dés : des portes, fenêtres et toits. Sur les dés noirs, une face supplémentaire : l'inquiétant loup.

Le nombre de motifs identiques obtenus après plusieurs lancers vous permet de choisir parmi les étages proposés au centre de la table :

- chaque niveau en paille nécessite deux motifs identiques

- chaque niveau en bois nécessite trois motifs identiques

- chaque niveau en brique nécessite quatre motifs identiques

Plus c'est solide, plus c'est difficile à obtenir.

Logique.

Si vous avez obtenu 2 têtes de loup, votre tour s'arrête là : de cochon-maçon vous vous changez en prédateur, et allez souffler sur la petite roue de destruction, après avoir désigné un joueur.

En fonction du secteur sur lequel l'aiguille s'arrête, vous détruirez les étages en paille (1 chance sur 2), en bois (1 chance sur 3) ou en brique (1 chance sur 6) de votre victime.

Le tout s'arrête quand un certain nombre de piles d'étages à construire est vide.

Chaque maison complète (les maisons incomplètes ne sont pas prises en compte, logique !) rapporte un point par petite tête de cochon indiquée dessus.

Et le tour est joué !

Si la mécanique n'est pas sans rappeler le méconnu Skyline, l'originalité du jeu tient à cette roue sur laquelle il faut souffler : immersion dans le conte traditionnel garantie.

Des petites gardes "objectif" permettent d'un peu pimenter le jeu.

Au final, un très bon jeu de dés pour les tout petits servi par un matériel de toute beauté.

En prime, un petit livret avec le conte des Trois Petits Cochons à découvrir.

Pour prolonger le plaisir.

Champi-ludi

Les Trois Petits Cochons
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 11:28
And now, something completely different

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les paradoxes scientifiques - notamment des mathématiques et de la physique - sans jamais oser le demander.

Certes c'est en anglais mais c'est clair car, comme tout le monde le sait, un petit dessin vaut mieux etc, etc...

Enjoy !

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