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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 10:35
Diagnostics*

Agnosie. Claustrophobie. Synesthésie. Aphasie. Akinétopsie. Prosopagnosie.

On pourrait presque vous proposer de trouver l'intrus - et il y en a bel et bien un, d'ailleurs ! - au sein de cette liste étrange, intrigante et résolument médicale.

Car derrière chaque de ces mots chantants (sauf un, donc) se cache une affection (magie de la polysémie !) due à des lésions cérébrales.

Déficit de perception du mouvement. Impossibilité de reconnaître un objet. Trouble du langage. Trouble de la perception des sensations. Incapacité à identifier un visage connu (les définitions sont bien sûr données dans le désordre, non mais !).

Autant de maux qui peuvent frapper chacun d'entre nous suite à un choc (le plus souvent physique).

Autant d'histoires courtes mettant en scène des héroïnes dont le rapport au monde est à jamais bouleversé.

Pour Eva, l'univers n'est plus qu'un maelström visuel où tout fusionne, change, agresse.

Pour Soledad, le monde se résume toujours à quatre murs oppressants.

Pour Lola, les sons laissent une empreinte résiduelle dans l'environnement.

Pour Miranda, les mots n'ont de sens que s'ils sont écrits.

Pour (impossible de trouver son prénom), le mouvement n'existe plus que sous la forme d'instants figés.

Pour Olivia, rien ne ressemble plus à un passant qu'un autre passant.

Six maux, six mots et six personnages en butte à un environnement qui ne répond plus aux règles habituelles. Rapport aux formes, à l'espace, aux mots, au mouvement, à la ressemblance ou la dyssemblance (sic, et alors ?). Tout cela ne vous évoque rien ?

Des images qui s'amalgament, des cases qui enferment, des onomatopées et des bulles que l'on peut relire encore et encore, des mots écrits plutôt que prononcés, du mouvement résumé à des poses intermédiaires, un écart plus ou moins important à la représentation réaliste... Bienvenue dans le monde de la bande dessinée !

Chacune des maladies présentées dans Diagnostics rentre en résonance directe avec le médium bande dessinée, offrant ainsi aux auteurs l'occasion de marier le fond et la forme.

Tout porte donc à penser que Diego AGRIMBAU n'a pas seulement choisi les maux pour leurs noms exotiques mais surtout pour la manière dont ils pouvaient questionner les codes de la BD, et donc la manière dont la BD pouvaient les restituer de la meilleure manière possible.

Si la qualité des histoires est inégale (leur format bref les condamne à une certaine forme d'inachèvement, et le récit sur l'akinétopsie est clairement en dessous des autres) leur sujet comme leur traitement sont originaux et, par les jeux sur les codes qu'ils offrent, ne pouvaient que me séduire (je ne vous refais pas l'historique de mon attrait pour l'OuBaPo, rassurez-vous).

Graphiquement, Lucas VARELA ne saurait désavouer ses influences étasuniennes (et pas des moindres !) : CLOWES, MAZZUCCHELLI, BURNS sont tour à tour invoqués, conférant aux récits les ambiances décalées, froides et dérangeantes auxquelles ils nous ont habitués.

Le résultat est donc très efficace mais totalement dépourvu d'identité.

Saluons cette brillante collaboration de deux auteurs argentins, même si le potentiel narratif et graphique de Diagnostics n'a peut-être pas été complètement exploité.

Ultime remarque : je ne pense pas que les auteurs ont choisi de ne mettre en scène que des héroïnes par sexisme ou envie de dessiner des silhouettes féminines. Chacune d'entre elle, derrière son prénom aux consonances latines, n'est-elle pas simplement l'incarnation de ces affections à l'étymologie grecques ?

Champimages malades

(alors, cet intrus, vous l'avez trouvé ?)

Diagnostics*
Diagnostics*
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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 18:33
Prophecy T1

"Dérive de la société et anticipation". Tout un programme pour la nouvelle année sur K-BD ! Mais qu'à cela ne tienne, il m'en fallait plus pour me défiler.

Le mois déjà bien entamé par Punk Rock Jesus propose, entre autres, Prophecy T1. Le titre m'était déjà passé entre les mains au moment de sa sortie dans le cadre d'un Raging Bulles, mais je dois dire qu'il ne m'avait pas plus attiré que ça.

Qu'à cela ne tienne, K-BD vaut bien que je revienne sur un livre - à défaut de revenir sur un avis, comme Bride Stories a pu vous le faire comprendre.

Tokyo, au printemps, après 2010.

Le département anti-cybercriminalité de la préfecture de police est sur les dents. Pas tant après les jeunes mettant en ligne du jeux piratés qu'à cause des vidéo qu'un certain Paperboy poste depuis quelques temps, provoquant une lame de fond sur la toile.

Son audience est encore faible, ses propos suscitent davantage de dégoût que d'enthousiasme, mais ses prophéties sont inquiétantes : "C'est depuis cette cellule puant la sueur que je vais changer le monde".

"Voici mes prévisions pour demain ! La cible du jour est cette entreprise responsable d'une intoxication alimentaire de masse le mois dernier. Non contents d'avoir envoyé plusieurs personnes à l'hôpital, ses dirigeants ont eu le culot de se réfugier derrière un vide juridique et de jouer les victimes devant les caméras ! Ces fumiers méritent une sanction ! Ceux qui ne respectent pas la nourriture... je me charge de les faire cuire à point !"

Le principal problème, lorsque le lieutenant Erika Yoshino découvre cette vidéo, ce n'est pas tant la menace directe qu'elle représente que le fait que c'est déjà la troisième que Paperboy poste.

Difficile de trouver trace des deux précédentes, supprimées au-delà du 5000ème visionnage, mais le département compte dans ses rangs quelques cracks en informatique capables de les retrouver - le fait qu'elles aient été reprises par d'autres internautes n'y étant sans doute pas pour rien.

Elles donnent matière à s'inquiéter aux forces de l'ordre, autant parce que les prophéties qu'elles annonçaient semblent s'être réalisées, que parce qu'il semblerait que l'engouement internautique pour Paperboy aille croissant... Il faut dire que le criminel (appelons un chat un chat !) joue la carte de la séduction en se posant en défenseur des opprimés et représentant des sans-voix - dont les rangs sont nombreux au Japon comme ailleurs.

La traque peut donc commencer, entre une police mise à mal par les talents d'informaticien de l'homme au masque de papier journal - d'où son pseudo - ou raillée par les fans du vengeur masqué, et cet esprit calculateur qui sait éviter les caméras de surveillance, multiplier les écrans devant lui et s'attirer les bonnes grâces d'un public toujours plus important.

C'est sans doute peut-être ce qui inquiète le plus les agents, d'ailleurs : la rapidité avec laquelle une réputation peut se défaire, mais aussi se faire, grâce aux réseaux sociaux et à leur réactivité.

Les messages de soutien s'accumulent, tout le monde attend ses prophéties avec de plus en plus d'impatience : le phénomène risque, par son ampleur, de devenir incontrôlable - quand bien même les arguments de Paperboy sont démagogiques au possible, s'appuyant certes sur la frustration légitime que bon nombre de "petites gens" peuvent éprouver face au broyeur d'une société humiliante et destructrice, mais quand même.

Autre épine de taille dans le talon des enquêteurs : le fait que les rares images montrant le criminel dévoilent... des silhouettes différentes.

"Ce serait un homme de plus ou moins 20 ans. Peut-être 30 ans... Voire dans la quarantaine... Taille estimée entre 1m65 et 1m70, voire 1m80... Il peut être mince, de corpulence moyenne, ou même un peu enveloppé, c'est bien ça ? Pfff... En gros, on nous demande de contrôle tous les hommes qui passent..."

Qui es-tu, Paperboy ? Quel chemin de vie a pu t'amener jusqu'ici ? Tsutsui TETSUYA lève peu à peu le voile, par petites touches, à l'aide de flashbacks qui ne seront pas sans rappeler, entre autres, XXth Century Boys.

S'appuyant sur les inquiétudes légitimes que tout une partie de la population - pas seulement japonaise - éprouve face aux nouvelles technologies, le mangaka a décidé d'en illustrer une des facettes les moins rutilantes : la mise en scène anonyme d'actes condamnables - quelle que soit leur justification - et l'engouement que cela peut provoquer. Sous prétexte d'incarner les invisibles et les sans-voix, Paperboy peut à loisir, presque sous les bravos, régler des comptes sans mauvaise conscience. Le justicier du XXI°siècle a bien piètre allure.

Et le police alors ? Débordée par l'affaire - en tout cas dans le premier tome - elle est menée par une lieutenant dans le principal intérêt est sans aucun doute de donner aux lecteurs (nous nageons en plein seinen, ne l'oublions pas) de belles images d'une silhouette bien faite et des regards ténébreux séduisants (non, assurément non, j'ai du mal à croire que l'auteur fasse d'Erika Yoshino une militante pour l'égalité des sexes au Japon) un peu trop stéréotypés.

L'un des agents, moins au fait des nouvelles technologies que les autres, permet par ses questions d'apporter aux lecteurs quelques détails et connaissances en la matière. Toujours ce petit souci pédagogique propre à bon nombre d'autres japonais.

Graphiquement, le tout se tient avec efficacité mais sans personnalité. On pourra même de-ci de-là trouver des erreurs de proportions, mais passons.

Bilan ? A moins que la série n'aspire à courir au long de multiples tomes et ménage, de fait, de nombreux retournements de situations, elle semble déjà se livrer un peu trop dans ce premier opus. Bien sûr, le nombre de victimes à venir, les réactions des fans de Paperboy restent inconnus, mais de nombreuses clefs sont déjà données dans ce tome. Etrange.

En voulant s'attaquer aux angoisses de la société contemporaine, Tsutsui TETSUYA reste peut être un peu trop proche de ses modèles apparents (Naoki URASAWA, mais aussi Satoshi KON, dont la silhouette du "shonen bâto" de Paranoïa Agent n'est pas loin) et lasse tout de même assez vite : l'angoisse ne monte pas assez, l'enquête et les informations s'enchaînent de manière un peu mécanique, et j'avoue ne pas avoir envie d'aller plus loin.

Un tort sans doute, mais quand on voit la quantité de titres à lire, il est dommage de devoir attendre plus de 200 pages pour peut-être être surpris.

Une autre fois, donc.

Champimages qui cognent mais qui déçoivent.

Prophecy T1
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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 16:03
Sherlock Holmes - Détective Conseil

Ceux qui ont mon âge (n'insistez pas, vous n'en saurez rien !) et qui, comme moi, s'intéressaient déjà au monde du jeu, se souviennent peut-être d'une intrigante boîte couleur jaune pâle sur laquelle se détachait, en ombre chinoise, la silhouette d'un visage bien connu surmonté d'une casquette elle aussi bien connue : celle de Sherlock Holmes. Le jeu s'appelait Détective Conseil, datait de 1981, et il a pendant longtemps alimenté mes rêveries de joueur.

Puis de l'eau a coulé sous les pions (ah ah) et nous voici 30 ans après à découvrir une belle boîte en couleurs reprenant à peu de choses près le même nom : Sherlock Holmes - Détective Conseil.

Devenu adulte - ou presque - et responsable d'une association de jeux, je pouvais enfin me permettre de franchir le pas en me portant acquéreur de ce bel et lourd objet.

Quel festival de livrets, carte et annuaire ! Et des journaux ! Et un livre de règles ! Et... euh... et c'est déjà pas mal.

De quoi satisfaire envie et curiosité, et surtout de quoi regretter de ne pas avoir eu le jeu plus tôt.

L'histoire est simple : trop occupé pour traiter toutes les affaires qui se présentent à lui (en fait, c'est faux, il les résout aussi, en même temps et même mieux que nous, histoire de nous rappeler qu'il est le meilleur et que le mot "modestie" ne fait définitivement pas partie de son vocabulaire), Sherlock Holmes confie à Wiggins, un de ses enfants-informateurs devenu grand, et à ses acolytes (les joueurs) la résolution d'une affaire.

Quelques lignes écrites dans la plus pure tradition doylienne nous donnent les principales informations à savoir (la plupart du temps un lieu, une date, et le nom d'un mort), puis à nous de jouer !

Avec à notre disposition un plan et un annuaire de Londres, le journal du jour, et un livret d'enquête, nous devons démêler l'écheveau en suivant le moins de pistes possibles.

Qu'est-ce qu'une piste ?

Un paragraphe dont la cotation renvoie à un des cinq quartiers de Londres retenus (NO - CO - CE - SO - SE) et un numéro (d'habitation).

Chaque lieu, chaque personnage en rapport avec l'affaire se voit gratifier d'une piste/un paragraphe et, au fil des interrogatoires et des découvertes, les enquêteurs en herbe doivent pouvoir comprendre qui, comment et pourquoi.

Le tout en se tenant à l'écart des innombrables fausses pistes qui émaillent chaque enquête, sinon ça ne serait pas drôle.

Cerise sur le gâteau énigmatique, il peut y avoir des indices dans plusieurs journaux différents : plus l'enquête choisie a lieu tard dans le temps (oui, il y a une chronologie précise et importante) plus nombreux sont les journaux dans lesquels vous pouvez vous plonger à la recherche de la moindre information.

En somme, Sherlock Holmes - Détective Conseil pourrait presque s'apparenter à un livre dont vous êtes le héros dont aucune issue n'est laissée au hasard et dont la prose rappelle davantage la littérature.

Des faits, des noms, des indices, parfois des énigmes en chair et en os (sous forme de codes à... décoder, par exemple), le tout parfaitement écrit et très prenant.

Quand l'équipe pense avoir découvert les tenants et les aboutissants, ne lui reste plus qu'à se confronter aux questions principales et secondaires posées en fin de livret d'enquête. Moins de pistes ont été suivies, meilleur le score pourra être.

Ne reste qu'à le comparer à l'immuable et arrogant "100" dont Holmes se gratifie à chaque fois.

Quel homme !

La boîte de base propose 10 enquêtes, des extensions officielles en proposent au moins 8 autres, le tout promet donc quelques belles heures de jeux en perspective.

Sherlock Holmes - Détective Conseil plaît même aux non-joueurs, et il ravira les lecteurs de polars ou les amateurs de certaines séries TV.

Elémentaire, non ?

Champi ludi.

Sherlock Holmes - Détective Conseil
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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 19:02
L'homme truqué

"Le progrès de l'esprit avant tout, Maurice ! Tant pis si nos tirages doivent en souffrir ! Et maintenant salut ! J'ai trente pages à écrire d'ici ce soir."

Les écrivains ne chôment pas en ce début de XX° siècle riche en prodiges et êtres prodigieux. Parmi eux, le plus intrigant est sans doute la Brigade Chimérique, apparue aux côtés de Marie Curie, la Reine du Radium, et héroïne de la Grande Guerre.

Achevée depuis peu, cette boucherie a vu naître bon nombre de héros, certes, mais a surtout laissé derrière elle un interminable cortège de cadavres et de mutilés.

Le Capitaine Jean Lebris en fait partie. Enlevé par des individus mystérieux au soir sanglant et boueux du carnage du Chemin des Dames, en mai 1918, il a vu sa cécité, provoquée par les schrapnells, plus ou moins guérie par un appareillage étrange qui lui ceint la tête.

Devenu "L'homme truqué", comme le surnomme la rumeur populaire, il sillonne les faubourgs au nord de Paris à la recherche de nourriture et de vêtements.

Traqué, impuissant, terrorisé, L'homme truqué vit comme une bête sauvage, loin de la lumière du jour.

C'est un autre habitué des ténèbres qui décide d'en faire sa proie.

"Pour l'instant, mes correspondants sur place ont réussi à étouffer l'affaire, mais si l'homme truqué continue de vaquer librement, je ne donne pas un mois à la banlieue nord avant de sombrer dans le chaos."

Or lui, Léo Saint Clair, le Nyctalope, garant de l'ordre public, ne pourrait le tolérer.

Avec l'aide de Marie Curie, il se lance donc sur les traces du fugitif. Afin de savoir s'il est un espoir ou une menace. Afin également de connaître l'origine de l'étrange machinerie qui lui tient lieu d'interface visuelle.

Quel plaisir de se replonger dans le merveilleux scientifique de l'Europe du début du XX° siècle ! Après les six excellents tomes de la Brigade Chimérique, Serge LEHMAN (sans Fabrice COLIN) et GESS (sans Céline BESSONNEAU pour les couleurs) nous entraînent de nouveau sur les traces des héros super-scientifiques qui firent les riches heures de la littérature et de la presse d'antan, même si l'époque était déjà rude pour le genre.

"La superscience ne plaît plus autant qu'avant.

_ Hélas, Verne doit se retourner dans sa tombe.

[...]

_ Je hais ces conversations d'auteurs."

Maurice Renard (à qui l'on doit déjà le prestigieux et inquiétant Péril Bleu) et J.H. Rosny (sans doute l'Aîné, si l'on en croit sa longue barbe ! Une moitié de la plume bicéphale a qui l'on doit, entre autres, La Guerre du feu) se croisent à peine qu'ils ne peuvent s'empêcher de disserter sur leur vie consacrée à l'écriture. Une vie dans laquelle TOUT ce qu'ils relatent a eu lieu : mondes perdus, menaces venues de l'espace, passe-murailles, pouvoir fantastiques... Tout est vrai ! Et l'est d'autant plus qu'une belle (ou tout au moins efficace) plume se met à son service.

"L'homme truqué a droit lui aussi à la littérature."

Bien plus, il a droit, plus d'un siècle après, à une superbe et nécessaire réhabilitation grâce à la verve passionnée et érudite de Serge LEHMAN.

Mêlant toujours avec brio fiction et réalité (l'Histoire, les artistes ne sont jamais loin), le scénariste remet au goût du jour un personnage méconnu du merveilleux scientifique de l'époque.

Afin de ne pas perdre les lecteurs de sa précédente incursion dans l'Hypermonde, il ne manque pas de mettre de nouveau sur notre route - et sur celle de son personnage principal - deux figures de la Brigade Chimérique : Marie Curie et Léo Saint Clair. La première est toujours "de ce monde" (si tant est qu'elle en ait jamais vraiment fait partie), le second est davantage mystérieux, moins enveloppé aussi, et pour l'heure un peu moins pathétique.

Les deux protecteurs de Paris, bénéficiant de la relative et récente accalmie de l'entre-deux guerres, doivent rester vigilants tant les menaces sont nombreuses et souterraines en ces temps troublés.

Qui sait si la vision hors du commun de L'homme truqué ne leur sera pas un précieux atout.

Graphiquement, GESS a conservé le parti-pris du trait gras et assez jeté qui, s'il nuit parfois à la constance de certains visages, maintient de bout en bout le dynamisme de l'histoire. Peut-être pourrait-on lui reprocher certains gros plans sur le visage de Marie Curie qui la font avant tout ressembler à une vieille guerrière, mais n'est-ce pas après tout ce que les auteurs ont voulu en montrer...

Le format un peu plus grand et large que dans la Brigade n'apporte pas grand chose au résultat : les belles pleines pages inter-chapitres ne le nécessitaient pas, et les cases n'en bénéficient pas plus que ça.

Une couverture souple aurait davantage permis de jouer la carte du "à la mode de l'époque" - et n'aurait pas été sans conséquence sur nos petits porte-monnaie, sans doute ! - mais la bibliophilie (qui aura ma peau !) a encore gagné.

"Tout est possible avec la superscience."

Même le retour en grâce de personnages oubliés du grand public et l'ouverture d'une porte vers l'incroyable bibliothèque de cette époque tourmentée qui a vu naître et croître bon nombre de mythes fantastiques et littéraires dont les descendants peuplent nos romans, films et jeux vidéo aujourd'hui (qui a dit que mes phrases étaient trop longues ?)

Remercions donc les auteurs pour leur travail d'archéologues de l'imaginaire et, en attendant leur prochaine incursion dans l'Hypermonde, replongeons-nous dans le superbe jeu de rôles développé par les éditions Sans Détour. Il nous reste tant à découvrir et à créer !

Champimages qui ne font rêver.

L'homme truqué
L'homme truqué
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:21
Many Moons

Des lunes autour desquelles un célèbre chat pourrait bien en rencontrer un autre...

Une oeuvre de Jitish KALLAT.

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 11:22
Kitchen punks

Comme un petit air de Fraggle Rock...

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 19:03
Skip the zombie

Il a sans doute déjà fait mille fois le tour du net mais au cas où, le clip de Nameless World, la nouvelle chanson de Skip the Use mise en images par Arthur DE PINS.

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 09:22
Ronde de jour

Le Rijksmuseum a rouvert ses portes avec panache !

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 17:54
Gen d'Hiroshima T1

« Jamais je n'aurais envisagé a priori de dessiner une chose aussi horrible que l'explosion d'une bombe atomique. C'est la mort de ma mère, en 1966 (après quatre années de souffrances terribles) qui m'y a décidé (…) J'étais très loin de tout cela, à l'époque. Je vivais à Tokyo dans le milieu de la BD, et soudain j'ai reçu ce télégramme m'annonçant la mort de ma mère. Je suis retourné immédiatement à Hiroshima. Ma mère a été incinérée. J'ai été extrêmement choqué parce que ses os avaient disparu. La coutume est, comme vous le savez, de retirer les os des cendres pour les conserver dans une urne. Or, les os des personnes atteintes par la radio-activité se consument complètement, il n'en reste rien. Je me suis mis très en colère contre cette bombe qui m'avait enlevé jusqu'aux os de ma mère. J'ai alors dessiné Gen d'Hiroshima pour nous venger, elle et moi. » (Keiji NAKAZAWA, « Entretiens », Cahiers de la BD n°74, 1987)

Il y a presque un an jour pour jour disparaissait Keiji NAKAZAWA, témoin malheureusement privilégié du drame atomique qui frappa le Japon en 1945.

Fils d'Hiroshima, NAKAZAWA vécut de plein fouet la violence des derniers mois de la Deuxième Guerre Mondiale sur l'archipel nippon et sa tragique conclusion.

En ce mois de décembre consacré aux auteurs disparus ces dernières années, K-BD a décidé de mettre à l'honneur, après MOEBIUS et TOPPI, le mangaka dont l'oeuvre-phare, Gen d'Hiroshima (d'abord connu en France sous le titre Mourir pour le Japon), est l'un des témoignages les plus poignants portant sur ce pays et cette époque.

"Le blé a germé et pousse à travers le givre, foulé plusieurs fois pendant l'hiver. Malgré cela, fermement enraciné, il pousse droit contre le vent et la neige afin d'offrir de lourds épis.

_ Mes enfants, soyez comme ce blé...

_ Je sais ce que tu veux dire, papa : il faut être fort même si on se fait piétiner. Mais on en a assez d'entendre ça."

S'ensuit une des nombreuses corrections que Daikichi Nakaoka administre à ses enfants tout au long de ce tome où, définitivement, il ne fait pas bon vivre.

Avril 1945. La guerre du Pacifique touche peu à peu à sa fin. Malgré des victoires anglo-étasuniennes toujours plus nombreuses et évidentes, le Japon s'entête et s'enlise dans le conflit.

Les matières premières manquent, les soldats aussi, et les biens de premières nécessité font défaut à la majeure partie de la population.

Comment, dans un tel contexte, une modeste famille peut-elle survivre ?

Par le sacrifice acharné et permanent de tous ses membres. Les parents travaillent d'arrache-pied nuit et jour pour livrer des geta (sandales) décorées. L'aîné a (bien malgré lui) abandonné ses études pour un poste dans une usine d'armement. Le cadet passe la plupart de son temps réfugié à la campagne, avec les enfants de son âge, loin de la cible potentielle que représente la ville. Les trois autres, les plus jeunes, partagent leur temps entre l'école, l'entretien du champ de blé familial et les mille menues tâches susceptibles de leur faciliter la vie et de grappiller quelques pièces ou denrées.

Difficile toutefois de s'acquitter de ses travaux quotidiens le ventre vide. Mais le riz est rare, les viandes et poissons hors de prix, les patates elles-mêmes manquent à l'appel. Les maigres repas sont bien souvent constitués d'un bouillon clair. La faim aidant, la tentation est souvent grande d'avaler le premier aliment venu. Quitte à le payer très cher :

" Tu devrais avoir honte ! Les soldats qui se contentent d'herbe et d'eau boueuse alors qu'ils combattent, eux, ont faim ! Honte à vous, enfants de l'empereur ! "

La faim, la honte et un soumission aveugle au pouvoir et à la figure impériale.

Dans un tel contexte, difficile de nourrir des idées pacifistes ou de faire passer l'intérêt de sa famille avant celui de la patrie. Les conséquences en sont toujours lourdes et violentes : réprimandes, coups, lapidations, arrestation, brimades... Rien n'est épargné à la famille Nakaoka, dont le chef ne peut plus réprimer son hostilité face à un endoctrinement absurde et destructeur.

" Vous croyez qu'on pourra se battre contre les Américains avec des morceaux de bambous ?! Ils nous auront eus avec des mitraillettes bien avant qu'on soit sur eux. Les Etats-Unis sont riches en ressources naturelles, ce n'est pas comme le Japon. Notre petit pays doit défendre la paix et l'amitié avec le reste du monde pour favoriser le commerce. C'est la seule solution de survie possible ! Le Japon ne doit pas faire la guerre ! Les militaires sont manipulés par les riches ! Ils nous ont entraîné dans cette guerre pour leur seul profit ! "

Un discours qui ne peut être toléré par un système jusqu'au-boutistes qui désinforme sa population, l'envoie au massacre (avec, entre autres, le corps des kamikaze) et a ancré dans les esprits de tous " la mort plutôt que la reddition ".

Malgré tout cela pourtant, la famille Nakaoka demeure soudée, notamment autour du ventre rond de Kimié pour lequel les autres n'hésitent pas à se sacrifier (encore et encore...). Les plus turbulents et touchants sur les deux plus jeunes garçons, Gen et Shinji qui, malgré la faim qui les tenaille, ne manquent ni de ressources ni d'énergie pour trouver de quoi manger, défendre l'honneur des leurs ou améliorer le quotidien familial.

Gen d'Hiroshima tient donc autant de la chronique familiale en temps de guerre que du documentaire historique sur la vie au Japon durant les derniers mois du conflit. Sur fond de privations générales et avec la violence physique comme premier moyen de communication (il serait intéressant de compter le nombre de coups que les deux jeunes frères reçoivent rien que dans ce premier tome) la vie n'est que chaos pour la plupart des habitants.

Un chaos pourtant bien relatif au vu de l'issue qui les attend.

Pourtant, même s'il critique dès la première page les leçons sans cesse ressassées par son père concernant le blé qui pousse malgré tout, Gen est une plante tenace qui avance dans l'adversité et garde le sourire en dépit des horreurs toujours plus grandes qu'il traverse.

Le ton du récit - réalisé entre 1973 et 1985 - est souvent exagéré et mélodramatique : les personnages passent de la colère tonitruante aux larmes en un clin de case, les étreintes succèdent aux coups en quelques secondes, et la vie des personnages ne semble pavée que de douleurs successives, au point parfois que l'accumulation en devient un peu indigeste.

Le tout regorge toutefois de détails particulièrement intéressants qui confèrent au récit un réalisme qui nous empêche de douter de la véracité de la plupart des scènes : présenté à travers le prisme déformant du regard d'un enfant, Gen d'Hiroshima tangue logiquement sur les mers de l'emphase et du mélodrame mais également sur celles d'une certaine forme d'objectivité naïve.

Graphiquement, NAKAZAWA ne s'écarte pas d'une ligne assez traditionnelle : les décors sont très fouillés, presque photographiques, et les personnages sont beaucoup plus caricaturaux dans leurs expressions, leurs postures et leurs propos.

Les hommes ont le visage carré et le menton fendu, les femmes des visages doux et ronds, les méchants des petits yeux de fouines, et les représentants du pouvoir, à quelque échelle que ce soit (chef de quartier, soldat chargé de l'entraînement, enseignant...) abusent de l'autorité dont ils sont investis.

Le tout brosse un récit facilement étouffant, qu'il est préférable de lire en plusieurs fois, autant pour mieux supporter la tension physique qui s'accumule au fil des pages que pour ne pas saturer face à un graphisme et une emphase un peu trop désuets.

Gen d'Hiroshima n'en demeure pas moins un récit fondamental dans l'histoire du manga au Japon et dans le reste du monde : un bon moyen de découvrir la vie des autres, les souffrances partagées, mais aussi les aspirations au pacifisme après l'horreur.

Un message porté par bien d'autres artistes de la génération de NAKAZAWA : Osamu TEZUKA, Shigeru MIZUKI ou Hayao MIYAZAKI.

Un message à ne jamais cesser de porter.

Champimages carnages.

Gen d'Hiroshima T1
Gen d'Hiroshima T1
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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 06:52
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