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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 10:58
Big pirate

Je ne sais pas si vous avez suivi, mais notre asso de jeux Les Yeux dans les Jeux anime depuis ce mois-ci une émission radiophonique mensuelle sur Radio Active.

La classe !

L'occasion surtout pour nous de parler des jeux que l'on aime et que le public aime retrouver lors de nos différentes animations.

Parmi les "Jeux de Mômes" présentés lors de la première (et, de fait, dernière !! ) émission : Big pirate, succès découvert au printemps dernier et qui fait la joie des plus grands et des plus petits.

A ma droite, le Big pirate en question, capitaine au long cours et au grand chapeau qui tente de protéger les coffres au trésor chèrement acquis au cours de sa vie de boucanier. Grosse et belle figurine en plastique souple, ce capitaine est un vrai plaisir pour les yeux mais aussi pour les mains : à peine la boîte ouverte, on meurt d'envie de l'attraper et le triturer tant la matière choisie est agréable. Premier bon point.

A ma gauche, trois petits moussaillons qui n'ont qu'un seul but dans la vie : dépouiller le pauvre capitaine d'un de ses trésors en allant le lui piquer dans la grotte, sans toutefois se faire attraper.

Donc, en résumé : un joueur joue le Big pirate (en général, tout le monde veut l'incarner, donc le mieux est de partir du principe qu'il y aura autant de parties que de joueurs, comme ça pas de jaloux ! ) et les 3 autres les moussaillons.

La mécanique est simple : à tour de rôle, un moussaillon lance un dé (dont les résultats vont de 1 à 4) pour quitter la barque de départ et choisir le chemin par lequel il ira récupérer sa part de butin.

Ensuite, le Big pirate lance son beau gros dé noir (et souple) et essaie de rattraper les voleurs. Si un des résultats lui permet d'aller plus vite que les autres (un beau 5 tout en têtes de morts, piraterie oblige ! ), une autre des faces du dé le condamne à l'immobilité. Premier désavantage. Deuxième, et non des moindres : une fois engagée dans une voie, Big pirate ne peut faire demi-tour (pour s'en souvenir, il suffit de suivre la direction indiquée par son tricorne, rien de plus simple).

Les moussaillons ont, en plus, d'autres tours pendables dans leur besace : chacun dispose de 4 cartes joker :

- un perroquet, qui permet, une fois dans la partie (chaque carte est à usage unique) de doubler le résultat de son dé. Un bon moyen d'accélérer au moment opportun !

- trois palmiers grâce auxquels un marin peut se planquer derrière un arbre alors que ses secondes étaient comptées. Malin.

La partie s'arrête lorsqu'un des matelots à rejoint la barque chargé d'un trésor, ou lorsque le Big pirate a attrapé tout le monde

Facile.

Règles simples, parties rapides, intensité constante par la mécanique asymétrique qui fait jouer un joueur contre les autres : si Big pirate plaît autant, ce n'est pas pour rien.

En prime, le jeu est édité par Djeco qui, une fois de plus, fournit un matériel somptueux et d'excellente qualité.

Il n'y a plus qu'à jouer !

Champi Ludi

Big pirate
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 11:40
The Grocery T1

"Tu crois que tout ça c'est un jeu comme ton quizz à l'école ? Ouvre les yeux, Elliott !!"

Il a raison, Sixteen.

La vie est tout sauf un jeu à Baltimore.

Ou alors un jeu très dangereux.

D'un bloc à l'autre, les gangs se font la guerre pour un oui pour un non, surtout pour un bout de trottoir et quelques doses de drogues vendues en plus. Il n'y a pas de petits profits. Mais plus rien ne se règle à mains nues ou à la batte : armes automatiques et armes lourdes occupent le terrain, et les blessés de cette guerre de caniveau n'encombrent plus les urgences vu qu'ils ont été remplacés par des morts.

Plus simple, plus rapide, plus radical.

Le retour d'Ellis One, l'homme qui a survécu à la chaise électrique ("Et même avec leurs générateurs de secours, ils ont pas réussi à me griller !"), ne va rien arranger : une fois remises à l'heure les pendules de Mushroom et Lefty ("T'as transformé mon bizness en un putain de vidéoclub !") et après avoir rappelé, lors d'une brève mais mémorable partie de bowling, qu'il était bel et bien de retour, il a des vues sur l'immeuble au rez-de-chaussée duquel est installée l'épicerie ("The Grocery", dans la langue de TARANTINO) du père d'Elliott. Lequel ne veut bien sûr pas s'en séparer.

Pendant ce temps, Washington rentre d'Irak, avec ses petits compagnons. Il est le seul à avoir voyagé assis, les autres ayant préféré rester couchés. Dans leurs cercueils.

"Tu parles, la plupart du temps y a rien dans les cercueils ! Les gusses, quand ils ont sauté sur une mine, y reste à peine de quoi remplir une boîte à chaussure..." (sic)

Sa grand-mère est placée dans un établissement trop cher pour elle comme pour lui, la maison familiale est en vente, personne ne le respecte... Washington n'en mène pas large. Mais un autre vétéran, lors d'une distribution de soupe populaire, l'aiguille vers "Reclaim Our Homes", mouvement d'aide et de protestation en faveur des plus démunis mené par Marnie Adams, femme d'un riche diplomate.

Ajoutons à cette galerie de personnages déjà bien dense les hommes de main, les paumés (dont les monologues et dialogues ont parfois un petit air de Amer Béton), les militaires reconvertis en miliciens (nuance), les pensionnaires de la maison de retraite, la nuée d'enfants et d'ados qui traîne autour de Sixteen, les néo-nazis, et les présentations sont presque complètes : The Grocery essaie de réunir tous les ingrédients de la série urbaine dense et sans répit.

L'univers violent et sans pitié construit par Aurélien DUCOUDRAY est riche de références souvent explicites : The Wire (notez le clin d'oeil sur un des écrans de télé, d'ailleurs), Requiem for a dream (la télé, encore et encore...), Pulp Fiction (la Bible citée à tout bout de champ par le tueur attitré d'Ellis One), et j'en manque sans doute un paquet. Toutes font mouche, bien sûr, toutes renforcent le réalisme de l'histoire, malgré une certaine impression de surenchère parfois, mais elles nuisent peut-être un peu à l'originalité du récit. Un petit air de "déjà-vu" flotte au fil des pages, même si c'est un air réussi et prenant qui nous permet de ne pas voir le temps passer malgré l'épaisseur (126 pages) de ce premier tome.

On peut être dérouté par la multiplicité des personnages et des situations à suivre, mais l'intensité générale l'emporte et le lecteur suit.

Graphiquement, Guillaume SINGELIN a opté pour un style étrange qu'il qualifie lui-même de "Muppet Show urbain" : lézards, oiseaux, "patates" tiennent lieux de protagonistes principaux. Une bonne manière de prendre de la distance avec la représentation de la violence, et de la rendre plus supportable, mais un moyen de semer la confusion chez le lecteur tant, parfois, certains personnages se ressemblent.

Le dessinateur réussit toutefois le tour de force de rendre ses créatures expressives, attachantes, résolument humaines.

Les décors savent s'imposer quand il le faut, disparaître quand les personnages prennent le dessus.

La couleur est souvent utilisée de manière expressive, rehaussant gestes ou inserts. Avec ses airs d'aquarelle (traditionnelle ou numérique, je ne sais), elle baigne Baltimore d'une sorte de pâleur désabusée qui colle parfaitement au récit.

Le découpage est efficace, les plans variés, et SINGELIN n'hésite pas à inclure une page de publicité, de fausses affiches de films ou un fac-similé de journal intime. Tous les outils du récit graphique sont convoqués à bon escient.

Intrigué par cet album lors de sa sortie en 2011, je n'avais toutefois pas franchi le pas. Le thème de novembre sur K-BD, "Label 619", d'Ankama, m'en donne enfin l'occasion.

Incontestablement, The Grocery est un album dans lequel les auteurs ont mis une bonne partie des images et des sujets qui les intéressent ou leur tiennent à coeur.

En parfaitement adéquation avec le monde dur et ultra-référencé de Mutafukaz (sous l'égide duquel le Label 619 a vu le jour), l'album de DUCOUDRAY et SINGELIN brasse la plupart des figures et des grands thèmes de l'étude de moeurs urbaines aux Etats-Unis qui caractérise le label. Mais autant RUN a décidé d'aborder le genre sous l'angle de l'humour et du surnaturel, autant le duo à l'oeuvre ici a pris le parti du réalisme et, de fait, de la violence sous toutes ses formes.

Un parti pris qui aurait pu être desservi par le dessin très décalé qu'ils ont choisi, mais qui au final conserve toute sa force malgré des personnages cartoonesques. Le détachement qu'il offre permet même de plonger plus efficacement dans la violence et d'en être d'autant plus submergé.

S'il faut passer outre la densité du récit et regretter le manque d'originalité de bon nombre de scènes et de personnages, il faut toutefois lire The Grocery pour se laisser emporter par ce récit fleuve et dynamique, en espérant que les auteurs aient réussi à ternir l'exercice sur la durée.

Les tomes suivants nous le diront.

Champimages qui claquent.

The Grocery T1
The Grocery T1
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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 18:43
Les mots et les couleurs...

... ça ne se discute pas forcément, mais ça peut se montrer.

C'est en tout cas ce que Jaz PARKINSON s'affaire à démontrer sur son site internet.

Vous aurez ainsi tous reconnu, ci-contre, la fameuse Etude en rouge de Sir Arthur Conan DOYLE.

Somewhere, under the rainbow...

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 16:43
Carnets de voyage

Voyagez entre les étagères finement ciselée de Guy LARAMEE.

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 10:22
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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 09:57
Monsieu Pétitwell reprend tout à zéro

Tout est dit ici, le reste est .

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 10:49
Raging Bulles à Toulon - 31 octobre 2013

Les feuilles d'automne s'accompagnent de feuilles de BD richement illustrées dans le cadre de notre Raging Bulles mensuel.

Nouveau rendez-vous et nouvelle sélection pour ce mois d'octobre :

Jeudi 31 octobre 2013

A partir de 19h30

A la Cave de Lilith

Rue Paul Lendrin

Toulon

Au programme :

ALFRED, Come Prima, éd. Delcourt.

DAENINCKX Didier & MAKO, La Main rouge, éd. Ad Libris.

HERNANDEZ Gilbert, La Saison des billes, éd. Atrabile.

CRUCHAUDET Chloé, Mauvais genre, éd. Delcourt.

WATANABE Jun, Montage, éd. Kana.

MURPHY Sean, Punk Rock Jesus, éd. Urban Comics.

Bonnes lectures !

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 16:17
30 jours de nuit

« De : Expéditeur non spécifié

Le : vendredi 16 novembre 2001 , 04:04

A : Marlow Roderick

Objet : Aucun

MARLOW -

Reçu vos derniers courriers, mais j'ai été absent, dans l'impossibilité de consulter mes mails. Je n'approuve pas ces traces électroniques, mais vos idées ont piqué ma curiosité.

De ma vie, je n'ai entendu parler de Barrow. Si ce que vous dites est vrai, cela pourrait valoir le coup de se rassembler pour une action.

Salutations,

-V »

Barrow ?

« Barrow, Alaska...

Le 17 novembre 2001.

C'est la commune située la plus au nord des Etats-Unis, à 15 km au sud de Point Barrow, dont elle tire son nom.

[…]

Entre le 10 mai et le 2 août, le soleil ne se couche pas, et du 18 novembre au 17 décembre, il ne se lève pas. »

30 jours de nuit s'annoncent donc pour les habitants de Barrow. De rudes gaillards habitués au froid et à l'obscurité.

Pourtant, à l'aube de ce nouveau millénaire (si, si !), le crépuscule s'annonce dangereux. Sauvage. Mortel.

Les téléphones portables de la plupart des villageois ont été volés puis retrouvés brûlés au milieu des glaces.

Le centre de communications reçoit une visite nocturne des plus inhabituelles et des plus inquiétantes.

Cette année, la nuit ne s'abat pas seule sur Barrow.

Le silence aussi.

Qui précède de peu l'horreur et ses hordes de hurlements.

Une sombre procession a été aperçue s'approchant du village. Des silhouettes un peu lentes, un peu bancales, mais terriblement déterminées, et très bien organisées.

Marlow a bien prévu son coup.

Eben et Stella, le couple d'agents en charge de la sécurité de ce point septentrional de l'intouchable empire étasunien, n'auront sans doute pas assez de tout leur professionnalisme et de tout leur amour pour venir à bout de la menace qui le guette et qui va, peu à peu, décimer la population locale.

Pendant ce temps, bien plus au Sud, quelque part à la Nouvelle-Orléans, une femme et son fils veillent. Mais ils semblent bien loin, bien seuls et surtout bien faibles face aux monstres sanguinaires qui sont en marche pour le Grand Nord.

Tout porte à croire que, pour les habitants de Barrow, le jour est compté.

Notre mois des monstres suit son cours sur K-BD. 30 jours de nuit permet d'en aborder une nouvelle facette : après les monstres gentils de Zombillénium et les monstres étranges de Aberzen (et en attendant les monstres atypiques de Kitaro le Repoussant), voici les monstres les plus bestiaux et les plus sanguinaires de notre sélection : les vampires (rassurez-vous, je ne déflore pas le sujet en vous l'annonçant).

Steve NILES a décidé de dépoussiérer les vampires gominés de la grande tradition en les plongeant dans le grand froid et surtout la grande nuit polaire. Quel meilleur endroit pour ces prédateurs que cette partie du monde où le soleil disparaît chaque année pendant plusieurs semaines ? Il fallait y penser, et c'est que ce Marlow a fait, offrant ainsi à une vingtaine de ses congénères un terrain de jeu et surtout de chasse de toute beauté.

Les vampires de NILES sont sans état d'âme, cruels et joueurs, mus par leur faim dévorante et rongés par leur malédiction.

De la même veine (ah ah) que les vampires d'Anne RICE, John CARPENTER ou du World of Darkness (pour les amateurs de jeux de rôle), ces prédateurs sont inquiétants, sans pitié, sanguinaires et particulièrement difformes.

Ils ne marchent toutefois pas tous du même pas et les plus anciens, les plus prudents (sinon comment auraient-ils pu survivre aussi longtemps?) regardent Barrow avec une curiosité distante. Une meute, même d'anciens humains, n'en reste pas moins un groupe de bêtes sauvages obéissant seulement à la loi du plus fort.

Qui mieux que Ben TEMPLESMITH (que je ne présente plus ici, vous connaissez ma grande admiration pour ses travaux) pouvait mettre en scène une telle histoire et de telles créatures ?

La nuit polaire est vibrante et étouffante à souhait, les vampires, aux yeux rougeoyants et aux dents ruisselantes, sont terriblement effrayants, tout en gardant une touche d'humanité, et les visages apeurés des proies et des fugitifs oscillent en permanence entre la peur et la folie.

Avec son inimitable technique mêlant sans aucun doute photographie, acrylique, numérique, encre (un éclectisme qui n'est pas sans rappeler le génial Dave McKEAN), TEMPLESMITH pose décors et ambiances avec une force évidente, et anime sa galerie avec maestria. Les poses sont dynamiques, les visages criants de réalisme, l'horreur prend corps à chaque coin de case.

Si, depuis plusieurs décennies maintenant, le mythe du vampire a pris un coup de jeune sur de multiples supports et à de multiples époques, 30 jours de nuit fait partie des plus grandes réussites : l'histoire est dense, courte, très rythmée, les personnages sont attachants, et même si la « morale » est un peu trop évidente, la force des prédateurs et la faiblesse désespérée de leurs proie sont incroyablement restituées.

Je n'ai pas lu les tomes qui ont suivi, je n'ai pas non plus vu le film qui a été tiré de cet album, mais face à une telle qualité, à une telle maîtrise scénaristique et graphique, on ne peut que redouter d'être déçu par tout le reste.

Autant relire ce tome-là, qui n'avait sans doute pas vocation, au départ, à être décliné.

Champimages affamées.

30 jours de nuit
30 jours de nuit
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 11:34
Mou de la feuille

Cladonota benitezi de toute beauté.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:49
Aberzen T1

« Ras-le-bol des monstres...

Assez des mauvais rêves. Je veux simplement retourner chez moi. Voir mon village, ma mine et les arbres de quand j'étais petit.

Revoir une dernière fois tous ceux que j'aime. »

Il faut le comprendre, le pauvre Hotis. Il y a quelques heures, il était encore un mineur bien tranquille. Aussi tranquille en tout cas que peut l'être un mineur qui, quand il n'est pas assailli par de terribles cauchemars la nuit, doit composer le jour avec des galeries toujours plus profondes et dangereuses.

Ne manquait plus que la visite de Cassar, le propriétaire des mines, qui entend accélérer la cadence des ouvriers.

« Cette mine appartient à ta famille mais c'est moi qui la dirige et c'est donc moi aussi qui décide pour les miroirs. L'incident est clos. »

Les précieux et fragiles miroirs qui permettent d'apporter la lumière du soleil au plus profond des galeries.

Mais à force de creuser, on peut finir par tomber sur un os.

En l'occurrence une sorte de mur taillé en plusieurs facettes lisses et jointes. De quoi attiser la curiosité.

« Cette dalle, c'est un peu comme si on trouvait une mouche volant au fond de la mer. »

Le tête à tête entre maître et contremaître se poursuit donc devant cette paroi que les mineurs finissent par décider de percer. L'étroit boyau taillé à la hâte débouche sur une immense caverne sphérique au centre de laquelle trône, sur une sorte de piton rocheux, une sorte d'œuf en pierre.

Au-dessus se balance une grosse et inquiétante grappe d'œufs bien plus palpitants.

Ceux des Krékersès, affreux insectes caparaçonnés qui peuplent les galeries les plus reculées et dépeuplent les rangs des mineurs.

Surtout ne pas faire de bruit, s'éloigner à petit pas...

Mais l'éboulement provoqué par l'arrivée des mineurs n'a pas eu la discrétion requise. Déjà les coquilles suspendues se brisent, dévoilant un liquide visqueux et surtout d'innombrables et dangereuses protubérances chitineuses. De sombres heures s'annoncent...

Pendant ce temps, ailleurs (difficile de situer plus précisément ce lieu, alors ne faites pas les fines bouches !), le vieux Janko, Ana, Ono et Aberzen enfourchent leur monture pour suivre la pyrogemme qui vient de se mettre en activité.

« Partons sauver notre sauveur. »

Le voyage est long, périlleux surtout, car le sauveur en question semble très convoité : par la silhouette féminine tout de noir cagoulée qui suit l'expédition de près.

Par les horreurs scaraboïdes (oui, oui, un nouveau mot, mais le thème des monstres permet tous les barbarismes, non mais !) qui jaillissent de terre pour le cueillir.

La vie n'est décidément de tout repos nulle part.

Si l'on peut encore parler de « vie »...

Et les monstres dans tout ça ?

Peut-être serait-il bon de préciser qu'Hotis est un ours anthropomorphe, Aberzen un... insecte aux allures de robot ?, Bachel une femme dont la cagoule cache les horreurs d'une atroce mutilation, Janko un mammifère bipède à pelage bleu... Et je vous épargne la description des Krékersès dont le charme d'arthropode n'est pas du goût de tous...

Mais quelle mouche put bien piquer Marc N'GUESSAN, surtout connu pour Petit d'homme, en duo avec CRISSE, à la fin des années 90, pour s'engager dans une œuvre aussi déroutante qu'Aberzen ?

L'élégance du dessin, très attirante, risquait d'être un argument insuffisant pour convaincre le public d'affronter un scénario d'un abord plutôt difficile : des mondes parallèles, des morts qui ne le sont pas tout à fait, le tout sur fond d'invasion séculaire de différents univers...

Deux alternatives pour le lecteur d'alors : se laisser captiver par les mystères et plonger dans la saga pour en percer les secrets, ou abandonner face à l'apparente complexité. Vous vous doutez que je fais partie de la première catégorie...

Marc N'GUESSAN maîtrise un dessin parfaitement ancré dans l'air du temps (d'alors), proche de celui de « la fabrique Delcourt » d'où sortirent GIBELIN (qui signe ici la couleur), SPRINGER, WENDLING... De belles références.

Plutôt réaliste malgré un contexte fantastique, son trait confère à ses personnages et aux monstruosités qu'ils affrontent un air de « presque aussi vrais que nature » particulièrement inquiétant. On imagine bien l'auteur ayant longuement observé de véritables animaux avant de composer sa galerie des horreurs.

Les cases sont souvent chargées en détails, les pages chargées en cases et les dialogues ne sont pas en reste : tout concourt à la densité du récit. Histoire de faire passer un maximum d'informations en un minimum de temps. Tout le contraire d'une production à l'économie.

Les couleurs sont sobres, fonctionnelles, efficaces, loin de tout effet grandiloquent ou réducteur. Au service du récit, en somme.

Les caractères des personnages sont peut-être parfois un peu archétypaux, mais ils permettent de bien les caractériser (sic). Et l'auteur semble s'être consacré à tous avec le même attachement.

Récit un peu ovni du début des années 2000, lorgnant autant du côté de la fantaisie héroïque que du fantastique et de la science-fiction, Aberzen offrit à son auteur – et à ses lecteurs – 4 tomes rythmés chargés en action et en réflexions presque philosophiques.

Preuve, s'il en fallait, que le monstre et ses avatars offrent souvent matière à réfléchir.

Aberzen occupe donc une place de choix dans notre sélection d'octobre de K-BD, et la relecture de ce tome 1 m'a donné envie de me replonger dans le cycle entier.

Un titre à bien conserver sur ses étagères, donc.

Champimages entre les mondes.

Aberzen T1
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