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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 11:17
L'âge de bronze T1

"Pâris ! Pâris, écoute-moi !(...) Les dieux m'ont envoyé une vision. (...) Si tu vas à Troie, tu ne rentreras pas chez toi. (...) Tu ne rentreras pas ! J'ai vu la guerre et le feu - l'horreur après l'horreur !"

La belle Oenone n'est sans doute pas guidée par ses seuls sentiments lorsqu'elle annonce ces terribles augures à son bien aimé Pâris après une de leurs farouches étreintes : l'avenir est sombre pour Troie, mais aussi pour la Grèce toute proche, si le jeune homme quitte le mont Ida.

Mais peut-on entraver le destin ?

Le gardien de vaches, pour récupérer le magnifique taureau que sa famille destinait à un sacrifice afin de s'attirer les bonnes grâces des dieux, mais que les envoyés du grand roi Priam ont réquisitionné pour un tournoi, décide d'aller participer lui-même aux épreuves sacrées pour remporter l'animal et ainsi permettre aux siens de partiellement recouvrer leur bien et ses bienfaits.

Son père, Agélaos, ne peut pas plus le retenir que la douce Oenone. Il décide donc de l'accompagner à Troie, la puissante cité où le jeune vacher n'avait encore jamais mis les pieds.

Pour cause.

Fils caché de Priam, écarté dès sa naissance du palais et voué à la mort, Pâris n'aurait jamais dû survivre, et encore moins retrouver son géniteur.

Mais le destin est en marche, à la merci des dieux, non des hommes. Et les avertissements des différents augures n'y font rien. Pas même ceux de Cassandre, la propre fille de Priam : "Rappelle-toi les mots de ton fils Esacos, né de Arisbé ta première femme, quand il interpréta pour toi le rêve d'Hécube : "L'enfant qui doit naître sera la ruine de Troie !""

La joie du roi de retrouver ce fils oublié lui fait négliger les signes pourtant répétés. Priam accueille Pâris parmi les siens et lui confie rapidement une mission sensible et de la plus haute importance : ramener Hésioné, sa propre soeur, du palais de Télamon, roi de Salamine , où elle vit recluse et loin des siens depuis que Héraklès lui-même l'emporta comme trophée après le sac de Troie - sac lui-même motivé par "une vieille rancune (...) à propos d'une paire de chevaux."

Avec sa fougue indomptable, Pâris prend la mer, aux côtés d'Enée, et fait voile vers les côtes hellènes. Sa route passe par Sparte, où demeure Hélène, la femme du roi Ménélas. La plus belle femme du monde...

La suite, vous la connaissez sans doute, plus ou moins en détails, tant elle a su traverser les siècles et nous parvenir, sans cesse renouvelée, grâce aux innombrables conteurs qui s'en sont emparés.

C'est d'ailleurs cette longévité et le fait que ce récit soit le fruit de centaines d'imaginations successives qui ont séduit Eric SHANOWER : "Le défi de modeler toutes ces versions disparates en une seule trame cohérente m'a fasciné, et je continue de penser que c'est la partie la plus intéressante de mon travail sur L'Âge de Bronze."

Plongeant aux innombrables sources de la Guerre de Troie (car c'est bel et bien d'elle dont il s'agit), creusant l'histoire de chacun de ses innombrables protagonistes, l'auteur a fourni un travail méticuleux afin de nous restituer ce qui pourrait le plus s'approcher d'une forme de vérité historique, si tant est qu'il y en ait une.

Car le propre de la Grèce antique est la richesse de ses mythes et la place qu'ils ont su se faire au sein de la trame historique.

Eric SHANOWER appuie son parti pris réaliste en ne faisant pas intervenir directement les dieux (contrairement à ce qu'HOMERE systématise dans l'Iliade) mais en laissant la part belle aux croyances, superstitions et rituels qui rythmaient la vie et les actes des Grecs et Troyens.

De plus, il nourrit chaque case de détails architecturaux, vestimentaires, décoratifs, artistiques... essentiellement inspirés de la céramique, qui confèrent à son Âge de Bronze un degré de véracité supplémentaire.

Sa fidélité aux récits antiques lui fait toutefois tomber dans certains travers qui rendent parfois sa bande dessinée un peu indigeste : le foisonnement des personnages et de leurs complexes généalogies, et l'intensité dramatique parfois un peu exagérée des situations et des postures et expressions.

Bien sûr, la Guerre de Troie met en jeu un contexte dense, sur une période étendue, avec des protagonistes majeurs issus de prestigieuses lignées : faire l'économie de certaines explications aurait certes fluidifié le récit mais l'aurait sans aucun doute rendu moins consistant. Le lecteur doit donc être attentif de bout en bout pour ne pas se perdre, quitte à se référer à la carte et l'arbre généalogique qui encadrent le récit pour se repérer dans l'espace et dans le temps. Au moins le dépaysement est au rendez-vous.

Bien sûr, la Grèce antique, berceau du théâtre et terre des dramatiques et héroïques destinées, offre un cadre propice à la grandiloquence des gestes et des visages. Mais la regards trop appuyés, les mouvements trop marqués, finissent par manquer de naturels.

Le classicisme du trait de SHANOWER participe d'ailleurs un peu de cette légère raideur : trait réaliste, encrage marqué, hachures un peu trop envahissantes parfois, si le résultat est virtuose, il manque un peu d'originalité et alourdit un peu l'espace par moments.

Plus contestable en revanche est le parti pris graphique adopté pour raconter l'attaque de Troie par Héraklès : les traits sont davantage caricaturaux, les attitudes presque cartoonesques, et le sérieux et la crédibilité de ce passage en pâtissent.

Le résultat global est malgré tout un noir et blanc de grande qualité, fruit d'un travail sans aucun doute considérable.

Difficile de ne pas saluer L'Âge de Bronze et la complète et complexe restitution qu'Eric SHANOWER nous offre : récompensé à juste titre et à deux reprises par un Eisner Award, l'auteur a non seulement réussi à condenser les nombreuses sources dont il disposait, mais il a également su s'affranchir d'un récit essentiellement mythique pour nous en faire entrevoir les aspects géopolitiques et économiques : luttes de pouvoir, alliances fragiles, hégémonie commerciale de Troie sur l'Hellespont, autant de ressorts crédibles à un drame dont le destin n'est peut-être pas le seul initiateur.

Cela faisait longtemps que je tournais autour de cette BD. Grâce au mois Akiléos de K-BD, j'ai franchi le pas. Ne me reste plus qu'à relire ce dense premier tome avant de m'attaquer à la suite.

La Guerre de Troie a bien eu lieu, tout au moins entre les pages d'Eric SHANOWER, et retrouver ces grandes figures qui bercent notre imaginaire depuis des millénaires est un vrai bain de jouvence. Comme quoi, mythe et réalité...

Champimages d'un autre âge.

L'âge de bronze T1
L'âge de bronze T1
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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 16:21
Dans l'abîme du temps

Comme bon nombre des rôlistes de longue date (tout cela ne me rajeunit pas !) je fais partie des hordes de lecteurs qui ont plus ou moins remis au goût du jour à la fin des années 1980 un auteur que les Français connaissaient alors peu, Howard Phillips LOVECRAFT, avec la sortie du jeu de rôle L'Appel de Cthulhu.

Profonde plongée dans l'univers tourmenté d'un auteur ayant imaginé des horreurs tapies aux frontières de notre conscience et de notre système solaire, le jeu invitait à découvrir les romans qui en étaient l'inspiration. Si l'originalité et la légèreté stylistique n'étaient pas toujours au rendez-vous, il faut reconnaître que "le maître de Providence" avait su cristalliser bon nombre de craintes de son époque, et susciter un goût et un courant qui allait perdurer après lui.

Les novellistes furent sans aucun doute les plus nombreux à lui emboîter la plume, mais les auteurs de BD ne furent pas en reste, surtout si l'on repense à certaines planches parues dans Métal Hurlant (Enki BILAL et son Bol maudit, par exemple).

Je ne chercherai pas ici à dénombrer l'ensemble des adaptations plus ou moins directes que LOVECRAFT a pu entraîner dans le monde de la BD, mais elles ont bien souvent comme critère commun d'être, au mieux, de stériles performances plastiques, et au pire de piètres illustrations d'un texte bien trop lourd.

Le mois Akiléos sur K-BD proposant Dans l'abîme du temps adapté par Ian CULBARD, je me suis dit qu'il était peut-être temps de donner une nouvelle chance aux adaptateurs du névrosé père de Cthulhu. Après tout, il n'y a que les imbéciles, comme on dit...

Nous voilà donc projetés aux côtés de Nathaniel Wingate Peaslee, jeune professeur d'économie politique à la célèbre université Miskatonic d'Arkham, au début du XX°siècle. La vie suit paisiblement son cours pour cet érudit sans histoire lorsque des rêves étranges et de brèves absences commencent à la tourmenter. Signes avant-coureurs d'une amnésie foudroyante qui le frappe en plein cours et l'affecte durant près de 5 ans (de 1908 à 1913).

A l'issue de ce trou noir, Nathaniel s'éveille en compagnie d'un de ses rares proches à ne pas avoir pris ses distances avec lui durant la période : le Dr Wilson. Ce dernier lui explique alors ce qu'il a fait ces cinq dernières années : après s'être réveillé balbutiant et bavant, ne reconnaissant ni sa femme ni son fils, le professeur a montré "un vif appétit pour l'histoire, la science, l'art, le langage et le folklore...", avec "la curiosité d'un voyageur studieux venu d'une terre étrangère." Une fréquentation assidue des bibliothèques universitaires, des capacités de lecture hors-norme, un appétit de connaissances sans limites lui valent l'intérêt de nombreux psychologues ("un parfait exemple de dédoublement de personnalité") et la compagnie d'intellectuels encore plus nombreux.

Cette période intense fut accompagnée de plusieurs voyages aux quatre coins de globe, des pôles aux déserts, insatiablement.

Jusqu'à que Nathaniel annonce le retour prochain de ses anciens souvenirs, ne réalise un étrange assemblage "de tiges, de roues et de miroirs", et ne finisse par s'éveiller comme si son malaise n'avait duré quelques heures.

Longue est alors la route pour tenter de recoller les morceaux, de comprendre de quoi ces cinq années furent faites exactement, et surtout de savoir qui lui avait fait cela.

Avec l'aide de son fils Wingate, revenu à ses côtés, et hanté par des rêves aussi forts que des souvenirs, Peaslee met tout en oeuvre pour faire la lumière sur ses années noires. Il se lance alors dans des études de psychologie, et parcourt chaque nuit "une immense salle voûtée, (...) des couloirs de pierres cyclopéens, (...) plusieurs niveaux de caveaux noirs..."

Je vous laisse découvrir la suite par vous-mêmes, si vous ne la connaissez pas déjà, tant le thème a déjà été traité et re-traité dans la littérature ou au cinéma depuis.

Voilà d'ailleurs l'une des faiblesses des histoires de LOVECRAFT, et donc de ses adaptations : leur manque d'originalité. Oui, près d'un siècle après, on peut dire que les différentes nouvelles jaillies de sa plume ont plutôt vieilli, voire mal vieilli.

Le rythme n'est pas très palpitant, les rares révélations assez convenues, et le style (encore et toujours lui !) bien encombrant : les couleurs sont forcément "cyclopéens", les abîmes "insondables" et les horreurs "innommables".

Le mérite de l'homme de Providence est avant tout celui d'avoir créé un mythe, des créatures, un univers, que le jeu de rôle bien plus que les romans permettent de faire revivre avec intérêt (à ce sujet, jetez un oeil sur la jolie gamme développée par Sans Détour, vous m'en direz des nouvelles !).

Ceci étant, reconnaissons à CULBARD le mérite d'avoir opté pour un parti pris graphique original : une ligne plutôt claire, un trait semi-réaliste, des couleurs franches, loin des dessins hyper-réalistes et hyper-hachurés auxquels ses prédécesseurs nous avaient habitués. Mais ce contre-pied visuel n'est pas toujours très heureux, rendant les scènes froides plutôt qu'inquiétantes, et certains paysages assez vides, même si le dessinateur essaie de rendre l'obscurité dense et palpable.

Ses mises en pages sont dynamiques, son trait assez souple, sa vision des créatures et architectures extra-dimensionnelles plutôt originale, mais malgré tout cela ne prend pas. A cause de la faible palette d'expressions des personnages ? Des textes trop lourds ? Des couleurs parfois trop criardes (certains bleus du ciel notamment) ?

Malgré les quelques originalités de cette adaptation de Dans l'abîme du temps, je reste pour l'heure sur ma faim et sur ma position à ce sujet : est-ce encore la peine d'adapter du LOVECRAFT sans en modifier rythme et textes ? Au vu de la richesse des développements proposés par le jeu de rôle (je sais, je ne cesse d'y revenir), je me demande s'il ne serait pas plus intéressant de scénariser de nouvelles aventures dans cet univers aux innombrables perspectives.

A essayer (si cela n'a pas déjà été fait !).

Champimages un peu passées d'âge.

Dans l'abîme du temps
Dans l'abîme du temps
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 16:21

Si l'on en croit Isaac NEWTON, même une chute bénigne ne peut être considérée comme sans gravité.

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 15:14
Le Nao de Brown

"Dans l'entrée de la maison de ma mère, il y a une photo de moi à l'âge de treize ans, suspendue dans l'un de ces cadres à clips bon marché. Je porte des lunettes de soleil blanches des années soixante-dix et un t-shirt Binky Brown fait par ma mère. Elle était couturière, du coup il n'a pas ce côté fait maison... Il est juste parfait.

Tous les copains qui ont pu visiter la maison de ma mère disent que je suis très mignonne et cool sur cette photo. A chaque fois, je souris et j'accepte gentiment le compliment.

Mais au fond de moi, je suis déchirée.

(...)

Je suis sûre que pour eux je suis cette mignonne métisse anglo-japonaise un peu "bohème"...

... Je suis la "copine exotique."

Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale."

Voilà la vie de Nao, ou tout au moins une bonne partie : lutter contre les pensées homicides qui l'obsèdent encore et encore jusqu'au silence, à la réclusion, à l'oubli du temps qui passe et des gens qui essaient de rester.

De retour à Londres après un douloureux voyage au Japon pour aller voir son père, Nao retrouve Tara, sa colocataire, infirmière bienveillante, et surtout Steve, ami d'école d'art perdu de vue depuis longtemps. Coup de chance, ce dernier lui propose de l'assister dans la boutique de produits dérivés de manga et d'anime qu'il tient, Peoploids ("Ah, des trucs d'adolescents..."), de quoi l'occuper et payer son loyer tout en lui laissant suffisamment de temps pour bosser sur ses projets d'illustrations.

De quoi également lui laisser du temps pour fréquenter le centre bouddhiste de son quartier. Elle y écrit un peu, y dessine beaucoup, et y médite autant que possible pour essayer de trouver un semble de paix.

Pas évident lorsque la moindre contrariété, le moindre élément perturbateur peut la faire basculer et envahir son imagination débordante au point de visualiser avec une précision morbide les atrocités que ses pulsions pourraient lui faire commettre.

Ne lui reste alors qu'à essayer de trouver refuge dans certaines pensées rassurantes : "Maman m'aime, je suis une bonne personne."

Mais peut-on vraiment vivre avec de telles obsessions ? Peut-on se construire et partager ?

La rencontre avec Gregory, réparateur de machines à laver débarqué par hasard dans la boutique, aidera peut-être Nao à trouver réponses à ces questions. Après tout, ce grand barbu ressemble au "Rien", un personne tiré de "ichi (...), un dessin animé bizarre de la TV japonaise." Il semble paisible, presque sage avec ses citations et sa petite pratique du bouddhisme (lui aussi), et dès le premier regard il bouleverse la jeune fille.

Mais sera-t-il en mesure de lui apporter la stabilité dont elle a besoin ?

Avec Le Nao de Brown, Glyn DILLON peint par petites touches la vie et les troubles d'une jeune fille hantée par un mal qui ronge son esprit et contre lequel sa lutte semble vaine - ou tout au moins des plus rudes.

Tiroir à couverts sous clef, moments d'enfermement, temps parfois suspendu, le quotidien de Nao ressemble à un champ de mines.

Heureusement qu'elle peut compter sur quelques îlots de stabilité pour essayer de se maintenir à flot : Tara, sa colocataire attentive et compréhensive qui a bien conscience des "devoirs" que la jeune métisse essaie de s'imposer. Steve, l'amoureux éconduit sans le savoir qui, par ses traits d'humour permanents, lui offre de beaux moments de détente - au grand dam de son mascara. Et les cercles noirs qu'elle trace au pinceau, entre deux respirations, et qui dessinent une profusion de machines à laver, comme une incantation...

Pour réaliser ce "saint Graal" (comme le définit la préface), l'auteur semble avoir mis au service de son histoire au long cours tout son talent narratif et graphique.

Le scénario enchaîne avec fluidité une multitude de scènes, et sait parsemer le paysage de petites détails qui réapparaissent, de temps en temps, sous la forme d'un récit parallèle presque mythologique qui se découpe sur fond noir.

Les dialogues sonnent tous justes, et le rythme adopté sait parfaitement donner le ton et le temps aux événements et aux personnages. On sent un implication totale de Glyn DILLON dans la construction de son projet.

Graphiquement, il a su adopter deux styles légèrement différents pour passer du monde réel au récit parallèle. Sans compter les hallucinations de Nao, ou en tout cas ses "projections", douloureux moments souvent traités sur fond rouge.

Lorsqu'elle bascule, l'héroïne adopte une large palette d'expressions toutes parfaitement rendues, allant du désespoir à la folie presque meurtrière : en totale empathie avec son personnage, on peut presque avoir l'impression que l'auteur bascule lui aussi, s'en prenant à la planche avec des crayons rageurs.

Les couleurs plutôt douces que DILLON utilise (de l'aquarelle ?) n'enlèvent rien à la violence de certains sentiments ou certains ressentis qui ne manquent pas d'éclater.

Quant aux traits et aux tons plus nets qui apparaissent lors des passages narrés, ils offrent une stabilité trompeuse et glacée.

En s'emparant du délicat sujet des troubles de la personnalité et de leurs conséquences sur leurs victimes et leur entourage, Glynn DILLON aurait pu tomber dans l'exagération ou le pathétique. Avec Le Nao de Brown, il a su garder un cap sensible et troublant, réaliste sans être morbide, persévérant mais lucide.

Si les quelques passages et considérations bouddhistes m'ont parfois paru trop longs ou redondants, ils font sans doute partie des étapes nécessaires sur le chemin de la prise en main de soi.

Au final, l'auteur a réussi à réaliser le récit ambitieux et complet auquel il aspirait, et Le Nao de Brown nécessitera de nombreuses lectures pour livrer tous ses secrets et ses subtilités.

Une preuve de plus de la pertinence et de la qualité des choix opérés par Akiléos, éditeur auquel nous avons décidé de consacrer notre mois de septembre, sur K-BD.

Champimages qui basculent.

Le Nao de Brown
Le Nao de Brown
Le Nao de Brown
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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 10:12
Fish and men

Anne-Catherine BECKER-ECHIVARD, La Leçon d'anatomie, 2003.

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 14:23
Le singe de Hartlepool

Les côtes de la perfide Albion ne sont qu'à quelques encablures du vaisseau du capitaine Louis-Armand Narraud quand une tempête éclate. Alors que Philip(pe), jeune mousse bilingue (pour son grand malheur) vient d'être expédié par-dessus bord, la foudre frappe le grand mât et le fier représentant de la Marine Impériale est engloutit par les flots.

Seuls deux de ses passagers survivent : Phiilppe, qui échoue dans une petite crique isolée, et Nelson, le chimpanzé qui faisait office de mascotte à bord, et qui portait en permanence un bel uniforme.

L'animal s'est échoué sur un littoral plus fréquenté et moins hospitalier : la plage principale de Hartlepool, insignifiant village dont la population, plus bête que méchante, se persuade d'avoir mis la main sur un ... Français. A la décharge de ces pauvres pêcheurs, ils n'ont jamais vu de Français... ni de singe, d'ailleurs.

En fait si : le vieux Patterson a déjà eu affaire à ces "espèces de sales déjections d'hirondelle africaine bouffées par les vers" (je cite !), en 1759 au large de Québec. Il y a 55 ans. Mais sa mémoire est plus intacte que ses jambes restées là-bas : il est formel. Les Français puent, grognent, ont le corps recouvert de poils, et quand leurs pieds ne ressemblent pas à des sabots fourchus, ils ressemblent à des mains.

Devant une telle série de preuves, les villageois ne peuvent qu'en convenir : il s'agit bel et bien d'un Français, qu'il faut enfermer, faire parler si possible (qui sait s'il ne connaît pas des plans secrets d'invasion de l'île par l'armée napoléonienne ?) et ensuite pendre haut et court, cela va de soi.

Hartlepool a également la chance d'accueillir un médecin de passage, qui a très vite fort à faire pour soigner bon nombre des victimes du singe (l'animal ne s'est pas laissé capturer sans morsures !) et, surtout, de la bêtise locale. Ces soins l'occupent d'ailleurs tellement qu'il n'a pas le temps d'aller voir l'énergumène dont tout le monde parle et qui provoque une telle hystérie au village.

Son fils Charly, vite intégré aux jeux de enfants du coin, a quelques occasions d'apercevoir l'hideux prisonnier, et il se range à l'avis des autochtones. Seule Melody, la petite-fille du vieux Patterson, émet quelques doutes quant à son identité, mais qui écouterait une fille...

Voilà donc le triste cadre de l'histoire composée avec brio par Wilfrid LUPANO, à partir de faits en partie réels : la guerre, la bêtise, l'ignorance, et au bout du compte (et de la corde) une victime innocente.

Menant son récit d'une main de maître, il ne perd jamais le rythme, trousse des dialogues enlevés, qu'il parsème de fins traits d'humour et de belles brassées d'insultes colorées.

Peu de villageois sont là pour rattraper les autres, malgré une vague - et vaine - tentative de procès. Seul l'homme de science et de raison brandit quelque peu de clairvoyance.

Graphiquement, cela a été un vrai bonheur de découvrir, enfin, la première bande dessinée de Jérémie MOREAU, copain de longue date, un de mes premières compagnons dans le monde de la BD, tout cela ne me rajeunit pas.

Après avoir (brillamment) fait ses armes dans le monde du dessin animé, il est revenu à ses premières amours.

Toutefois, loin de tomber dans les travers de bon nombre de ceux qui, comme lui, passent de l'image mobile à l'image fixe, il a su s'affranchir de ses éventuelles habitues pour ne laisser parler que son imagination et son inventivité.

Le résultat est un trait merveilleux et vivant qui n'est pas sans rappeler certains grands noms de l'illustration et du dessin de presse, comme Ronald SEARLE ou Tomi UNGERER, notamment pour brosser la truculente galerie de portraits des villageois.

Passant de la caricature la plus hilarante à la finesse la plus touchante, il fait montre d'un grand talent et d'une large palette stylistique.

Les couleurs quant à elles - sans aucun doute de l'aquarelle - illuminent et dynamisent dessins et scènes, sans surcharge, tout en subtilité.

De travail d'artiste.

Habitué aux récits historiques, le scénariste a offert à son dessinateur, pour son premier album, une histoire originale et profonde que le trait et les couleurs ont su magnifier.

Comédie dramatique, conte social et philosophique, leçon de vie, Le singe de Hartlepool est un peu tout cela. Parfaitement dosé.

Jérémie MOREAU travaille actuellement sur un projet plus personnel, en noir et blanc, que nous attendons avec impatience.

Après un si bon début, la suite ne peut qu'être alléchante !

Champimages mouvementées.

Le singe de Hartlepool
Le singe de Hartlepool
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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 15:52
Prise de tête

Mark MANDERS, Working Table, 2012-2013.

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 15:49
Dr Jekyll...

John STEZAKER, Muse (Film Portrait Collage) XVIII, 2012.

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 14:53
Rayon de sommeil

Maria FRIBERG, Still Lives.

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 12:19
Face à façades

Jean-François RAUZIER, Vedute (série Bella Italia).

Un artiste à retrouver à l'Hôtel des Arts de Toulon à partir du 3 août 2013.

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