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  • : La Tanière du Champi
  • : La Tanière du Champi se veut un lieu où l'on se sent bien pour lire (surtout des BD !), discuter, jouer... Au gré des humeurs, lectures, heures de jeu, j'essaierai de vous faire découvrir tout ce qui se cache sur les étagères poussiéreuses de ce petit mo
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Cases dans le vent

Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis quelques mois, je rédige des biographies d'auteurs de BD pour des l'encyclopédie en ligne des Editions Larousse.

Afin de vous permettre de retrouver plus rapidement l'ensemble de mes contributions, je vais essayer de les lister ici dans l'ordre de leur parution.

Bonne lecture, et n'hésitez pas à me laisser vos avis !

Champi à tout vent

David B. - Edgar .P. JACOBS - Bob de MOOR - Benoît PEETERS - François SCHUITEN - René GOSCINNY - Astérix - Manu LARCENET - HERMANN - Robert CRUMB - Osamu TEZUKA  - Jean-Pierre GIBRAT -





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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 23:09
Le Royaume T1

Après ma salve de chroniques BD de ces derniers temps, vous deviez penser que j'étais enfin sorti de ma léthargie. Puis silence, et vous avez dû penser que tout était rentré "dans l'ordre" (l'ordre du rien, en quelque sorte).

Il faut dire que la période est riche en festivals du jeu et que notre petite asso y passe beaucoup de temps.

Mais les lectures suivent leur cours, les livres s'accumulent, jouant des coudes pour être chroniqués les uns avant les autres, donc nous y voilà.

Le Royaume - précieusement conseillé par Paola, de Contrebandes, alors que je cherchais des BD avec des héroïnes atypiques - fait partie de ces bonnes surprises que l'on ne s'attend pas à trouver au rayon BD jeunesse si l'on n'y traîne pas assez souvent.

"Il était une fois un royaume paisible où il faisait bon vivre. C'était un petit pays oublié par ses puissants voisins et leurs guerres incessantes. Un charmant petit bout de terre sur lequel vivaient tout un tas de gens qui chaque jour jouissaient de ce que leur offraient la terre et le soleil..."

Rassurez-vous, le conte de fées s'arrête là.

Car le Royaume en question n'a pas besoin de voisins belliqueux pour être le théâtre d'aventures et accrochages : une décision de la Reine elle-même vient de mettre le feu aux poudres des canons du coeur de la famille royale.

" Où est le déjeuner ?!! Anne !

_ (ton glacial) Anne ne viendra pas ! Je l'ai renvoyée !!!

_ Renvoyée ?!! Mais pourquoi ça ?!!

_ (ton toujours aussi glacial) J'ai appris qu'elle passait ses nuits dans votre lit... Ce n'est pas convenable ! Je l'ai donc renvoyée !!!

_ Mais ... enfin ! C'est faux !!! Qui donc vous a raconté cela ?

_ (ton encore plus glacial, si tant est que ce soit possible !!) Des petits oiseaux !"

Le ton est donné. Oui, le Roi (car c'est bien lui qui donne la réplique à la Reine) partage bien sa couche avec Anne, mais c'est pour leur bien (ne me regardez pas comme ça, de travers, et lisez la BD pour comprendre, je ne vais pas tout vous raconter non plus, hein ?).

Et oui, surtout, les oiseaux parlent. Beaucoup. Plutôt mal. Et n'ont pas leur langue dans leur poche. En même temps, ils avaient annoncé la couleur dès la quatrième de couverture :

"Et on est dedans nous aussi ?

_ Bin ouais ! Qu'est-ce que tu crois ?

_ Whâ ! On est des vedettes ! On peut s'la péter !

_ A mort !!!"

Braves bêtes.

Donc Anne, mise à la porte bien malgré elle, se voit confier par le Roi un taudis une belle maison qu'elle entend transformer en auberge, car il faut bien vivre maintenant.

En chemin elle rencontre François le forgeron, gentil, un peu simplet peut-être, force de la nature, qui tombe immédiatement amoureux d'elle et entame une longue et douloureuse quête de son coeur. Avec une persévérance qui force le respect.

Elle croise aussi la route de tous les médisants de la ville (qui sont nombreux).

Elle s'attire surtout la protection des oiseaux ("Tu nous as bien fait marrer ! On t'adore !!! On te prend comme mascotte !!!") qui non seulement l'aident à ouvrir son petit commerce, mais surtout sont de précieux alliés face à la méchanceté des citadins, et de précieux espions donc les oreilles et les yeux traînent partout.

Pendant ce temps, au château, Anne a été remplacée par Berthe, femme d'une plus grande expérience (sic) qui sait agrémenter les royaux petits matins d'une haleine qu'on imagine fétide et d'un plat sans doute typique, le boulatch, donc la composition restera secrète tout au long de l'album, pour la plus grande joie du lecteur.

Regrettée par le Roi, sa fille et ses deux fils, Anne finira par recevoir leur royale visite, par des moyens plus ou moins détournés. Et non sans mal. Bien sûr, tout finit par un banquet, comme dans toute bonne BD qui se respecte, n'est-ce pas ?

Action, humour, légèreté, dialogues taillés au cordeau et à la serpe (oui, un exercice bien difficile) : le Royaume est un petit bijou à consommer sans modération.

Benoit FEROUMONT semble totalement accro à ses personnages, et les fait vivre avec une jubilation contagieuse. Les scènes d'action s'enchaînent sans temps mort, les oiseaux sont d'heureux provocateurs, et la BD, parcourue à toute vitesse tant le rythme est prenant, laisse un souvenir fort et frais particulièrement plaisant.

Le dessin, dynamique et efficace, sait aller à l'essentiel et compose une galerie de trognes particulièrement réussie. Personne n'est trop beau ou trop laid (sauf Thibault et Berthe, il faut bien en convenir...), tout le monde est attachant et expressif.

Une série comme on aimerait en découvrir plus souvent.

Quatre tomes déjà au compteur, deux "seulement" dans ma bibliothèque, ça laisse encore une petite marge de découverte et de bons moments.

Chouette.

Champimages qui fusent.

Le Royaume T1
Le Royaume T1
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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 21:22
Raging bulles à Toulon - 30 mai 2013

Le joli mois de mai, comme on dit, bat son plein, et déjà se profile au loin le dernier jeudi du mois plein de promesses de lecture !

Oui, c'est bien cela, le prochain Raging Bulles aura lieu sous peu.

Même heure, enfin presque, car nous avons décalé un tout petit peu l'heure. Donc rdv à 19h30.

Même endroit, car à la Cave de Lilith on y mange bien, boit bien, s'y sent bien, donc que du bon !

Toujours rue Paul Lendrin, toujours à Toulon.

La sélection du mois :

KAMAGURKA & SEELE Herr, Cowboy Henk, Ed. Frémok.

DUTREIX Romain, Impostures, Ed. Fluide Glacial Audie.

ADAM Benjamin, Lartigues & Prévert, Ed .La Pastèque.

LE LAY Delphine & HORELLOU Alexis, Plogoff, Ed. Delcourt.

KATSUMATA Susumu, Poissons en eaux troubles, Ed. Lézard Noir.

SNYDER Scott & TUFT Scott, Severed, Ed. Urban Comics.

De la variété, encore et toujours !

Bonne(s) lecture(s) et rdv autour d'un bon verre !

Champi bulles de mai.

(Désolé pour le nouvel habillage du blog, moins beau, moins pratique, moins tout en fait. La nouvelle version d'OverBlog n'est pas d'une prise en main facile. Je travaille à améliorer tout ça !!)

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 22:36
Avoir un grain
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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 18:59
Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain

Les cons ont-ils une tête de con ?

Les blondes sont-elles vraiment stupides ?

Pourquoi se cache-t-on pour déféquer ?

Les croyants sont-ils fous ?

Vous faites partie de ceux qui se posent régulièrement ces questions fondamentales ?

Ne cherchez plus : Questions idiotes et pertinentes sur le genre humain vous apporte les réponses que vous avez toujours cherchées.

36 réponses pour en finir (ou pas) avec les idées reçues, précise le sous-titre. 36 chapitres entre franche rigolade et effarement mitonnés par Antonio FISCHETTI (qui, en plus d'être docteur en physique, est journaliste pour Charlie Hebdo).

Si les questions sont un peu provocatrices et alléchantes, les démonstrations (parfois capillotractées, il faut bien l'avouer !) font tout de même appel à de réelles études scientifiques effectuées un peu partout dans le monde qui apportent de vrais éclaircissements, ou en tout cas de vraies pistes de réflexion, sur les questions vitales soulevées.

Ainsi, à la question : "Combien faut-il être pour former une bande de cons ?", on trouvera parmi les éléments de réponse l'inquiétant passage suivant : "Imaginez que, tout seul, vous êtes certains de la bonne réponse. Si d'autres personnes pensent différemment, vous supposez qu'elles détiennent des informations que vous n'avez pas, et vous les suivez dans leur erreur. Deux personnes vous influencent plus qu'une seule, trois personnes plus que deux, mais au-delà de trois autres personnes, ça ne fait plus vraiment de différence. Comme si le groupe avait atteint sa capacité maximale de nuisance. Trois plus vous, cela fait quatre personnes."

Et le tour est joué !

Le reste est du même acabit, avec les renvois adéquats vers toutes les publications scientifiques évoquées.

Une bonne manière de se coucher moins con.

Champidiot mais pertinent ?

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 16:33
En Amazonie - Jean-Baptiste MALET à Contrebandes

Mardi 7 mai 2013 à partir de 18h30, à Contrebandes, Jean-Baptiste MALET viendra présenter ton livre En Amazonie, récit d'une plongée dans la jungle du géant de la vente de livres par internet.

Petit avant-goût :

"Pour ou contre Amazon. Ce n’est pas une querelle d’anciens et de modernes, vieux technophobes et jeunes technophiles. Ce n’est pas non plus une question d’ordre utilitaire, la percée du e-commerce, un clic domestique étant plus pratique qu’un déplacement vers des lieux où on n’est même pas certain de trouver ce que l’on cherche. Pour réduire la problématique et débattre sur ces deux seuls aspects, encore faudrait-il rendre toutes choses égales par ailleurs, c’est à dire soumettre l’enseigne aux règles juridiques, économiques et salariales qui s’imposent à la plupart de ses concurrents.
Contre Amazon : c’est une position éthique qui touche bien sûr à la lutte contre l’évasion fiscale et à la "concurrence libre et non faussée", mais aussi et surtout au Droit et à la justice socia
le."

La suite est à lire ici, en attendant, en attendant mardi.

En Amazonie - Jean-Baptiste MALET à Contrebandes
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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 08:51
Le loup des mers

J'ai écrit que le mois de juin sur K-BD serait celui des pirates ? J'ai été incomplet : il est placé sous le signe des "pirates et loups de mer". Une nuance de taille qui nous ouvre de plus larges horizons.

En matière d'horizon, RIFF REB'S s'y connaît : son adaptation de A bord de l'étoile Matutine, de Pierre Mc ORLAN, a marqué les esprits. Il ne pouvait trouver qu'un "merreau" (le "terreau" des marins ?) fertile sous la plume de Jack LONDON.

"La traversée de la baie de San Francisco n'était pour moi qu'une formalité. C'est dans un cottage niché à l'ombre du Mont Tamalpais que j'aimais retrouver mon ami Charley Furuseth pour y disserter de Nietzsche ou de Schopenhauer.

Si je n'avais pas pris l'habitude d'aller l'y rejoindre le samedi après-midi pour demeurer en sa compagnie jusqu'au lundi, je ne me serais pas retrouvé ce jour de janvier à naviguer dans les parages.

Comment aurais-je pu envisager, en cet instant, qu'une simple visite de routine allait refondre l'essence même de mon être ?"

Vous trouvez cette entrée en matière un peu emphatique ? Elle ne donne pourtant qu'un bien maigre aperçu de la suite des événements qui allaient bouleverser durablement et surtout en profondeur la vie d'Humphrey van Weyden, critique littéraire raffiné et à la culture livresque chevillée au corps.

Il ne faut en effet que quelques pages pour que le bleu glacial de ce matin d'hiver ne laisse la place à l'épaisseur brune de la tempête qui met un terme aux bons services du Martinez et à la vie tranquille d'Humphrey. Telle la main de Neptune, les lames fracassantes ont décidé de condamner l'homme de lettres à l'Enfer des mers. Pire que la mort l'attend en effet un long et douloureux séjour à bord du Fantôme, goélette où règne en tyran le capitaine Loup Larsen, colosse pourvu de "la tête d'un roi babylonien sur un corps de titan", brute épaisse nourrie de coups et de lectures.

Un homme à qui personne ne peut dire non et dont chaque phrase sonne comme un ordre auquel rien ne permet de se soustraire.

"J'ai une contre-proposition à vous faire. Mon second est mort, tout le monde va grimper, le mousse aussi. Vous prendrez sa place... 20 dollars par mois, nourri. Vous allez devenir quelqu'un et apprendre à marcher sur vos propres jambes."

Voilà comment on passe de la plume au couteau, de la paix à la mer, de la routine à la peur quotidienne, soumis aux caprices d'un capitaine qui distribue plus volontiers les coups et les humiliations que les encouragements ou les félicitations. Pourtant, tout le monde - ou presque - le suit aveuglément, tétanisé par l'effroi sans doute, mais aussi par l'admiration que l'on peut difficilement cacher face à un homme aussi colossal, complexe et efficace : parti mener une campagne de pêche aux phoques qui doit être fructueuse, Loup Larsen a la ferme intention de braver tous les caprices du Pacifique (qui porte si mal son nom !) pour arriver à ses fins. Et ce ne sont ni les quelques naufragés récupérés en chemin ni les quelques membres d'équipage perdus qui y changeront quelque chose.

Humphrey n'a donc d'autre choix que de se soumettre et de tenir, tenir, tenir, en serrant les dents, encaissant les coups, mais surtout en faisant face à toute la complexité du capitaine qui, nourri des mêmes lectures que son nouveau mousse, est un fin rhétoricien. Un sujet revient régulièrement sur le tapi entre les deux hommes - et c'est sans doute parce qu'il alimente ces joutes incessantes que le journaliste peut bénéficier d'une certaine protection (toute relative) de la part de Loup - : l'immortalité de l'âme, dont le journaliste est partisan, à l'opposé du marin, riche d'une expérience rare en la matière :

"Comment pouvez-vous pérorer sur votre âme immortelle et faire sur vous à la vue d'un couteau dans les mains d'un cuisinier ? Il ne peut vous causer le moindre mal, vous pousser dans le sentier de l'immortalité plus tôt que vous ne l'imaginez, tout au plus."

Ironique ? Pragmatique, plutôt. Homme de terrain contre homme de plume, homme de l'être contre homme de lettres.

"Je vais vous dire le fond de ma pensée. L'homme est un animal médiocre et sans l'apparition de la conscience, il aurait disparu de cette planète depuis bien longtemps. Mais le prix à payer, c'est la conscience de sa propre mort et c'est lourd ! Alors il a inventé l'idée d'immortalité pour accepter cette inévitable échéance et l'idée d'âme pour asseoir sa prétendue supériorité sur le règne animal."

Misanthrope peut-être, nihiliste sans doute, Loup Larsen a appris à vivre au jour le jour sans se défiler devant aucune de ses responsabilités, même s'il lui faut en passer par la violence ou par les terribles migraines qui le clouent sur sa couchette pendant plusieurs jours parfois. L'Enfer est partout.

Choc entre deux hommes, entre deux cultures, Le loup des mers tient autant du récit initiatique que du débat d'idées - même si l'on sait très vite de quel côté LONDON se plaçait ! - mais reste avant tout un récit d'aventure maritime : malgré la riche galerie de personnages convoquée à bord du Fantôme, seule la mer domine, dirige, donne le ton, fait et défait discours et destins.

Un mer que le dessin de RIFF REB'S sert à merveille : puissance, immensité, violence, impétuosité, majesté, le trait fort et dynamique de l'auteur fait mouche à chaque case. Les vagues sont vivantes, la mer respire, et les éléments, passant de l'apathie à la tourmente en quelques minutes, écrasent le misérable ballet des hommes.

Quelques grandes doubles pages ponctuent le récit de belles compositions en noir et blanc qui rappellent combien la mer est la seule maîtresse à bord.

Le dessinateur sait mettre cette force du trait et de la composition au service de toutes les scènes et surtout à celui de son fascinant capitaine, noir soleil d'un univers de tourmente : regard fou, rictus inquiétant, colère explosive, Loup Larsen est à l'image de cet océan imprévisible et extrême. Un homme entier au caractère d'acier dans lequel on croit reconnaître l'ombre de LONDON lui-même.

Adapter un roman, même "librement" (comme le rappelle la couverture), n'est jamais chose facile. Pourtant (et sans avoir lu l'oeuvre originale) toute la force des textes de l'auteur est là, tantôt dans la prose puissante de récitatifs et des dialogues, tantôt dans la composition des cases et surtout les expressions et les postures des personnages : RIFF REB'S a opté pour un semi-réalisme expressionniste quand il le faut qui dégage une aura extraordinaire.

Expressionnisme qui se retrouve dans le traitement des couleurs : chaque chapitre, à l'exception du premier, baigne dans une monochromie (les puristes parleront de bichromie...) qui imprègne les scènes d'une unique et puissante tonalité. L'auteur souffle ainsi le froid, le chaud et le glauque avec une densité et une intensité à couper le souffler.

Du grand art.

Vous me trouvez trop élogieux à propos de ce Loup des mers ? Pourtant, RIFF REB'S, en se frottant à un texte puissant d'un des auteurs à la plume les plus rugueuses et les mieux trempées de l'histoire de la littérature, a su magnifier les mots et les idées de Jack LONDON, ne se contentant pas d'illustrer le récit, mais lui conférant une nouvelle dimension.

"Jack LONDON a dévoré la vie avec l'appétit d'un gigantesque incendie" : ainsi en va-t-il également de Loup Larsen mais aussi du trait du dessinateur.

"Un auteur n'est pas seulement la somme de ses oeuvres et de ses actes, mais aussi celle de ses obsessions" : adaptant pour la deuxième fois consécutive une histoire de mer et de marins, RIFF REB'S nous montre combien il s'inscrit lui aussi dans cette lignée. S'il n'a sans doute pas vécu la vie houleuse et aventureuse de son prédécesseur, le dessinateur, comme l'atteste sa bibliographie, a toujours été mû par ses obsessions, et semble s'y est tenu.

Pour conclure, laissons la parole à Jack LONDON, découvreur insatiable, esprit éclairé, et sans doute homme rongé par les constats qu'il faisait sans cesse sur la société (on n'écrit pas Le peuple d'en bas sans raison) :

"Comme Hobbes, j'affirme que la pensée est indissociable de la matière qui pense.

Comme Bacon, j'affirme que le monde de sens est à l'origine de toute compréhension humaine.

Comme Locke, j'affirme que toutes les idées humaines sont attribuables au fonctionnement des sens.

Comme Kant, j'affirme l'origine mécanique de l'univers, et que la création est un processus naturel et historique.

Comme Laplace, j'affirme que l'hypothèse d'un créateur est inutile."

Un livre à lire absolument.

Champimages qui nous balaient.

Le loup des mers
Le loup des mers
Le loup des mers
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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 16:25
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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 16:17

Le monde sans fin d'I'm Google

Marabout - bout d'ficelle - ...
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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 13:19
Saga T1

Les premiers titres que j'ai pu lire de la sélection du Raging Bulles d'avril ne m'ont pas convaincu : Dans la paume du Diable est trop conventionnel, et l'héroïne d'Orchid est trop caricaturale. Dommage...

Heureusement que Saga, de Brian K. VAUGHAN et Fiona STAPLES, est venu relever le niveau.

Alana et Marko s'aiment. Tellement qu'ils attendent un heureux événement. L'attente ne dure d'ailleurs pas car l'accouchement a lieu dès les premières pages.

"Regarde, elle va avoir tes cornes.

_ Et tes ailes."

Il serait peut-être bon de préciser que Marko vient de Couronne, satellite naturel de Continent, "la plus grande planète de la galaxie", monde natal d'Alana. Deux nations en guerre depuis... fort longtemps, et qui ont exporté leur conflit aux quatre coins de l'univers y compris sur Clivage où la petite (mince, ils ne sont pas d'accord sur le prénom) voit le jour.

Les minutes qui suivent l'arrivée de la fillette ne sont pas de tout repos : "le singe mécano que j'ai payé m'a juré qu'on serait tranquille ici tout le week-end." Il faut croire qu'il a menti. Mais, comme il le reconnaît lui-même, "c'est une période de guerre".

Fort heureusement, les nouveaux parents sont tous les deux recherchés, et la bande d'ailés aux trousses de l'une se retrouve nez à nez avec la bande de cornus sur les traces de l'autre. Avec en prime "le Robot Baron XXIII des Forces de la Coalition", pour faire bonne mesure. Suffisamment d'éléments pour composer un beau massacre et permettre à la petite famille de prendre la poudre d'escampette et d'aller arpenter, munie d'une misérable carte, les régions peu hospitalières de Clivage.

Un espoir demeure toutefois : aussi miteuse soit-elle, la carte indique une providentielle "forêt de la fusée", moyen idéal pour fuir la planète et, qui sait, trouver peut-être un havre de paix pour élever l'enfant.

Inutile de vous dire que tout cela ne se fera pas sans mal, entre le Prince Robot IV et les Indépendants La Traque et Le Testament lancés à leurs trousses, mais aussi entre les horreurs et les champs de batailles qui émaillent Clivage. Nos héros vont devoir enchaîner les sacrifices pour survivre.

La vie est une lutte, dans Saga, une lutte sans fin mâtinée d'une prophétie impliquant la fillette. Histoire que ce soit encore un peu moins simple...

Beau travail que nous livre ici Brian K. VAUGHAN, à qui l'on doit, entre autres, l'étonnant Ex Machina : il développe un univers riche et fouillé qui n'a pas besoin d'une postface pour être appréhendé (suivez mon regard...), renouvelant le fantastique et la science-fiction en les mariant avec inventivité. Le conflit manichéen que se livrent Continent et Couronne est certes un peu caricatural, mais permet de faire graviter autour de ces deux points centraux une foule d'individus et d'intérêts plus originaux (les Indépendants, mais aussi la Nation Robot en sont un bon exemple).

Le souffle épique qui balaie ce premier tome - et qui, comme dans toute histoire mettant en scène une prophétie, promet une suite très enlevée - se double, par l'apprentissage de la parentalité des deux héros, d'une histoire plutôt "humaine" (malgré les caractéristiques physiques de Marko et Alana) touchante et assez drôle.

En prime, la voix off - celle de leur fille - donne un autre contre-point au récit, servant d'heureux fil conducteur au lecteur.

Graphiquement, le travail de Fiona STAPLES est déjà moins enthousiasmant : conventionnel, il souffre parfois d'un usage trop voyant de l'outil informatique - au niveau de certains zooms ou effets de flou, par exemple.

L'image est dynamique, le bestiaire futuriste - y compris technologique - dégage un exotisme qui reste cohérent, mais le travail sur les visages est parfois un peu trop approximatif ou trop caricatural.

Au niveau des couleurs, je ne sais si la froideur de bien des cases - notamment des avant-plans - ne nuit pas à certains fonds estompés dont l'aspect souvent abstrait est du plus bel effet. Il faudrait peut-être choisir l'une ou l'autre de ces tendances, ou chercher à mieux les harmoniser.

Ne boudons pas notre plaisir : une bonne histoire, un dessin correct malgré tout, des dialogues bien tournés (une petite erreur case 4, page 25, soyez vigilants chers traducteurs !) au service d'un souffle et d'une originalité qui donnent envie de lire la suite, ça fait un paquet de points positifs !

Il faut maintenant espérer qu'elle sera à la hauteur.

Champi dans l'espace.

Saga T1
Saga T1
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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 15:52
Ratafia T1

Après le mois des femmes sur K-BD, voici que se profile à l'horizon (pour le mois de juin) un thème bien plus viril et poilu, moussaillon : j'ai nommé les pirates !

Intrépides, hirsutes, bagarreurs, parfois violents, parfois poètes, toujours imprévisibles, les "frères de la côte" seront les invités du site aux portes de l'été (eux qui fréquentent plus souvent celles du Léthé, hé hé).

Histoire de faire bonne figure, et surtout de casser quelques idées reçues, commençons par Ratafia, atypique série née en 2005 de la plume de Nicolas POTHIER, du crayon de Frédérik SALSEDO et du pinceau de Greg SALSEDO.

L'originalité de ce titre ? Disons que si vous avez toujours rêvé de voir des pirates danser en tutu sur du Mozart au clair de lune, rejeter à l'eau les trésors qu'ils mettent à jour, et enchaîner des calembours comme d'autres les crises de scorbut, cette série est faite pour vous !

Capitaine, capable de remporter une partie de kilo de merde grâce à un carré d'as (ce qui est tout à fait possible !) vient de toucher le gros lot : une beau gros bateau plein de voiles et de pirates. Ces derniers, fort étonnés de le voir embarquer sans un mot et prendre la mer à la force de ses seuls petits se rallient à lui lorsqu'il leur montre les neuf belles cartes au trésor qu'il a gagnées en même temps que le vaisseau. Enfin, huit, vu que la neuvième ne veut pas sortir de la bouteille dans laquelle elle a été soigneusement rangée.

Quelques minutes suffisent à Capitaine pour prendre ses marques à bord (et non ses barques à mort, roh, ne ricanez pas, l'album est lui aussi truffé de jeux de mots foireux !) et s'adonner à ses passions : la lecture, la peinture, la sculpture... Bref, l'art !

"Moussaillons, réfléchissez ! Abandonnons ces trésors ! Et nous serons enfin débarrassés de tout ce qui muselle notre créativité !"

Discours quelque peu surprenant pour Romuald, le second, qui, comme tout pirate qui se respecte, aspire aux pillages et à la fortune.

Qu'il se rassure, Capitaine, aussi farfelu soit-il, a parfaitement conscience que ses hommes sont épris d'aventure, de grand air, et surtout de coffres à déterrer. Il fait donc mettre le cap vers les bonnes destinations. Une fois qu'on sera allé récupérer sa femme, évidemment.

Mais la route n'est pas de tout repos, car le moindre îlot peut abriter les terribles Dos Fixes, le moindre tas d'or (des fous ?) peut être gardé par un amateur d'art et de tutus désoeuvré, et Charles, ancien propriétaire du bateau, n'entend pas laisser son détrousseur lui échapper.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour composer un sea movie étonnant : les personnages sont imprévisibles, les rencontres plutôt inattendues, et l'humour sous-tend le récit d'un bout (canier) à l'autre.

En arrosant le plat souvent réchauffé de la piraterie avec une bonne rasade de ratafia mais surtout d'humour absurde, Nicolas POTHIER a su renouveler le genre comme Marine (héroïne au long cours qui fit les riches heures du Journal de Mickey) à son époque. Gags visuels et jeux de mots ("Aïe, des pirates de l'Eire !") s'enchaînent avec fluidité, et le caractère quelque peu insaisissable de Capitaine permet au scénariste toutes les loufoqueries. Ce tome 1 n'est toutefois pas aussi virtuose et bien dosé en humour et aventure que De Cape et de Crocs (autre écrin à de bien beaux pirates), mais il fait mouche malgré tout.

Graphiquement, le duo SALSEDO, qui semble avoir lorgné à la fois du côté du dessin animé et des albums jeunesse, offre à l'histoire un trait rond et des couleurs légèrement patinées qui baignent décors et personnages dans une ambiance à la fois authentique et qui ne saurait se prendre au sérieux.

Le trait est dynamique, les personnages expressifs en diable, et leurs mimiques souvent comiques. On pourra peut-être regretter des couleurs parfois un peu sombres. Ainsi ne peut-on apprécier à sa juste valeur le ballet mozartien à fleur d'eau.

Ratafia fait partie des belles découvertes de ces derniers mois en matière de BD "jeunesse", ou faussement jeunesse, d'ailleurs (le Royaume, dont il sera bientôt question ici, est du même acabit) tant l'humour et les dialogues s'adressent à un public plutôt adulte. Comme quoi, comme en matière de piraterie, l'habit ne fait pas toujours le moine !

Suite de gags plutôt qu'aventure au long souffle, la série compte déjà 5 tomes. Je suis curieux d'en découvrir les suivants, à la fois pour profiter de nouvelles brassées de jeux de mots approximatifs (dont je raffole, vous vous en doutiez), de situations improbables, et d'un dessin très agréable.

Que demander de plus ?

Champi à l'abordage.

Ratafia T1
Ratafia T1
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